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8.8.11

Les Papiers de Jeffrey Aspern, de Henry James

J'aime beaucoup l'écriture d'Henry James, comme celle d'Edith Wharton, qui si je ne m'abuse était de ses amies. Lorsque René Depasse a mis en ligne Les Papiers de Jeffrey Aspern sur Litterature audio.com, je l'ai téléchargé sans attendre. L'histoire se passe à Venise, ce qui ne gâte rien : vous aurez peut-être remarqué que je m'intéresse autant à la littérature italienne qu'à celle qui parle de l'Italie.

Le narrateur, américain, cherche à mettre la main sur la correspondance supposée, et supposément scandaleuse, entre Jeffrey Aspern, illustre poète disparu sur lequel il fait des recherches, et Miss Juliana Bordereau, quasiment centenaire au moment du roman, et qui vit retirée dans un vieux palais vénitien sous la garde de sa nièce, Miss Tina.

Une première approche par courrier ayant été sèchement éconduite, il imagine de devenir le locataire des demoiselles, afin d'approcher des précieux documents. Contre toute attente, sa demande d'hébergement est acceptée, mais l'accès aux fameuses lettres n'est pas gagné pour autant : les premiers temps, il n'a même aucun contact avec ses propriétaires. Au fil du temps, il parvient cependant à nouer une relation avec Miss Tina, puis à approcher la vieille demoiselle.

Les personnages de ce court roman ont pour le moins des caractères originaux. Le narrateur masque sa totale absence de scrupule sous une galanterie surannée à l'égard de Miss Tina. Celle-ci se montre à la fois plus clairvoyante et plus sentimentale qu'on aurait pu le croire, tandis que Juliana ressemble à une vieille dame indigne, prête à tout pour défendre, à juste titre, sa vie privée, mais aussi pour assurer la situation financière de sa nièce après sa disparition.

L'auteur entretien un suspens psychologique parfaitement maîtrisé, jusqu'à la fin du livre, et le cadre vénitien ajoute sa touche magique.
Henry James analyse avec une finesse acérée les comportements de ses personnages, mettant en évidence, comme dans Portrait de Femme, les relations complexes entre les êtres, décortiquant avec subtilité la manière dont chacun compose avec sa personnalité et les usages du monde pour, peut-être, parvenir à ses fins...

Merci à René Depasse de nous avoir offert cette belle lecture.

15.12.10

Lendemain, d'Edith Wharton

Lendemain est un récit assez court, une nouvelle, mais on y retrouve bien les thèmes favoris d'Edith Wharton, qui fait partie de mes auteurs favoris.

Lydia, l'héroïne, est confrontée à la délicate question de l'émancipation, dans une société encore très corsetée par les règles de la bienséance, édictées par des femmes riches et nobles dont le souci est surtout de préserver leur position, et qui savent se montrer très cruelles avec celles qui "sortent du rang".
Comment sortir du conformisme sans mentir pour autant sur sa situation, et conserver sa vie sociale ? C'est la question qui torture Lydia. Car si elle est satisfaite d'avoir obtenu le divorce d'un homme ennuyeux, à la mère encore plus ennuyeuse,  doit-elle pour préserver sa réputation épouser l'homme qu'elle a suivi par amour ? Et le mariage ne détruira-t-il pas ce nouveau sentiment ? Être mariée, n'est-ce pas être "assujettie" ?

Autant de questions qui paraissent incongrues à Gannett, l'écrivain avec qui elle parcourt l'Europe. Lui a du mal à comprendre pourquoi Lydia veut rendre tabou jusqu'à l'évocation du mariage avec lui. Mais ce n'est pas un rustre, et, même si le sentiment amoureux s'émousse avec le temps, il a suffisamment d'estime et de respect pour elle pour la laisser libre, tout en lui conservant sa protection si elle décide qu'elle en aura finalement besoin.

J'aime beaucoup la chute, où, en peu de mots, Wharton sait tout éclairer des méandres du sentiment avec subtilité.

René Depasse, encore lui, vous en fait agréablement la lecture, à télécharger sur Litterature audio.com

1.3.10

Edith Wharton en livre audio

Hum, pas très présente sur ce blog en ce moment... Non que je ne lise pas, mais j'ai plusieurs lectures en parallèle, plutôt des bouquins "sérieux", que je mets du temps à terminer, et en conséquence à blogguer.

En attendant un prochain compte-rendu de lecture, je voulais vous signaler la parution sur LibriVox d'un livre audio d'une de mes auteures favorites : "The Glimpses of the Moon" d'Edith Wharton, que j'avais lu en français (le titre est traduit "La splendeur des Lansing"). Je m'aperçois d'ailleurs que mon billet était assez laconique... ce qui laisse la part belle au lecteur pour découvrir l'histoire par lui-même ;-)

Voilà donc une excellente occasion d'entretenir son anglais, et de pouvoir lire un livre tout en faisant autre chose de ses dix doigts (du tricot ou du crochet par exemple pour ce qui me concerne...) : un met de choix pour nourrir mon lecteur mp3 lors des prochaines vacances.

LibriVox vous donne aussi les liens vers les sources écrites : les utilisateurs d'un Cybook Gen 3 peuvent donc, sur le même terminal, lire et écouter le texte en simultané.

Les plus généreux d'entre vous ne manqueront pas de verser une donation pour permettre aux bénévoles de financer les serveurs et la bande passante nécessaires à la diffusion de leur travail, qu'ils vous offrent en revanche gratuitement.

4.4.08

Un appartement à New-York, de Jane Smiley

Celui-là dormait sagement dans mes étagères depuis pas mal de temps... Si je me souviens bien, je l'ai acheté à la FNAC, et sans aucun doute parce qu'il était sur une table et que la couverture m'a plu (j'aime bien les couvertures des poches Rivages en général). Je ne connaissais pas l'auteur, qui a emporté le Pulitzer en 1992.

Bon, pas mon genre littéraire préféré, mais c'est un bon thriller psychologique, avec une histoire qui fonctionne bien, et des petits indices qui laissent deviner au lecteur, subtilement, que les choses sont en train de déraper.

L'histoire commence lorsqu'Alice découvre, en allant arroser les plantes de son amie Susan, les cadavres troués par balle de Craig et Dennis, dans les fauteuils du salon. C'est à travers les yeux d'Alice qu'on suit toute l'enquête, et l'histoire de cette bande de copains venus s'installer à New-York quelques années auparavant pour suivre justement Craig et Dennis, en passe de devenir un groupe de rock à succès... Je n'en dis pas plus, le plaisir du thriller, c'est de se laisser mener par l'intrigue. La fin est un peu "à l'eau de rose" à mon avis, mais bon, il faut bien que le lecteur se détende après ce qu'on lui a graduellement fait subir...

Ce qui m'a frappée dans ce livre, c'est la sensualité de l'écriture. Quand l'auteur parle de sexe, de manière assez personnelle et sans fard, mais surtout peut-être de nourriture. Ses personnages mangent tout le temps, préparent de la nourriture, en achètent, vont au restaurant, et les conversations sont ponctuées de descriptions comme : "Alice ne put réprimer un haussement d'épaule, tout en mordant dans un ravioli au porc, chaud et moelleux." Ou bien "Elle porta un morceau de veau à ses lèvres, s'arrêta en route pour humer les effluves, puis le posa sur sa langue. Citron, poivre, persil, la chair tendre et laiteuse, une sauce veloutée à l'assaisonnement mystérieux." Ou encore : "Devant elles furent disposées deux assiettes ovales brûlantes remplies d'un steak rouge sombre à l'aspect savoureux. La viande qui s'offrait à son appétit, simple, habituelle, alléchante, emplit Alice d'un sentiment d'abondance. Elle y piqua sa fourchette et le jus jaillit." Bon, j'arrête là, d'ailleurs vous êtes sans doute déjà parti visiter ce que contient le frigo. A moins que vous ne soyez totalement hermétique à ce type d'évocation. Personnellement, j'aime manger, et ça ne me laisse pas indifférente. Surtout lorsque l'auteur brouille savamment les frontières entre sexe et nourriture...

Si Lire fait une critique plutôt positive, les bloggeurs ne sont pas enthousiastes. Sur Lego ergo sum, MDV, qui s'y connaît en polar, se doutait de l'identité de l'assasin quasiment depuis le début (c'est vrai que je fréquente assez peu ce genre littéraire, donc je suis en la matière une lectrice assez naïve et "bon public"), Allie l'a carrément trouvé pénible à lire, La Panthère rousse déclare "sans plus", mais renvoie vers une critique plus positive, sur Association de lecture Bibliopoche.

A vous de voir. Moi, je vais replonger dans mes rayonnages pour trouver ma prochaine lecture.

4.2.07

Les Chroniques de San Francisco, d'Armistead Maupin

On m'en avait parlé, mais je ne les avais jamais lues. J'avais acheté le premier tome il y a un moment, en me disant prudemment que je n'étais pas sûre d'aimer... Je l'ai emporté avec moi aux Etats-Unis début janvier... mais je n'ai pas eu une minute pour lire, à peine les guides touristiques. Je me suis plongée dedans en rentrant de San Francisco... et je me suis dépêchée d'aller acheter les cinq tomes suivants : pas question de rester en panne au milieu d'une lecture aussi prenante ! J'ai tout dévoré en deux semaines. Maupin est très facile à lire, et c'est une lecture très distrayante.

Je suis d'accord avec les critiques mentionnées en quatrième de couverture, qui parlent d'une sitcom littéraire. C'est monté exactement comme une série télé, entremêlant le quotidien d'une petite dizaine de personnages, les chapitres s'interrompant toujours sur un suspens qui vous invite à poursuivre la lecture.

Les six tomes se déroulent sur vingt ans à peu près, du milieu des années 70 au début des années 90, et nous entraînent dans la révolution gay, jusqu'à la catastrophe du sida. Mais Maupin n'est jamais triste, à peine mélancolique parfois, et le plus souvent très enlevé. Les personnages sont bien campés, Les Chroniques mêlant des caractères assez ordinaires avec des personnalités plus marginales, tel le transsexuel qui est un peu la mère de toute la petite communauté... et le père biologique de l'un des personnages. Mais on y cotoie aussi la bourgeoisie locale, parfaitement déjantée, des gays et des lesbiennes évidemment, et on y voit se construire peu à peu une star de la TV, qui n'hésitera pas à tout sacrifier à son ambition.
Certains rebondissements sont totalement improbables, un peu moins peut-être dans le dernier tome, et j'aime assez personnellement que l'auteur ne se censure pas pour faire plus vraisemblable... sans arriver d'ailleurs à trancher vraiment sur ce qui l'est ou pas, la réalité dépassant parfois la fiction.

On y retrouve aussi le charme de San Francisco, "l'une des belles villes du monde", comme l'a dit l'un des collègues qui m'y accompagnait, et qui la connaît bien. Indéniablement, cette ville est attirante. Plus "cool" que New-York et néanmoins très vivante, moins fascinante peut-être que la grosse pomme, mais avec une douceur de vivre qui je l'avoue ne me déplairait pas, et qu'on saisit assez bien dans Les Chroniques de Maupin.

Les épisodes, initialement parus en feuilleton dans le San Francisco Cronicle, sont bien sûr devenus une série TV, pour les trois premiers tomes uniquement, et continuent de plaire aux lecteurs, si j'en crois les critiques que j'ai pu grapiller ici et là. On peut en lire une bonne quantité sur A à Z Guide de la bonne lecture. Chronic'art a aussi aimé. Le Temps a reparlé des Chroniques à l'occasion de leur sortie en deux volumes aux éditions de l'Olivier. L'Huma propose une intéressante interview de l'auteur, au sujet de son dernier bouquin, mais dans lequel on reparle des Chroniques. Enfin, l'auteur et l'ouvrage ont leur page dans Wikipedia.

10.12.05

Cosmopolis, de Don DeLillo

Je n'avais encore rien lu de cet auteur américain, dont j'avais cependant déjà entendu parler, et je me suis laissée tenter par l'édition de poche d'Actes Sud, dont le commentaire en quatrième de couverture m'a séduite.

L'œuvre est assez magistrale, cadrée et contrainte comme une pièce de théâtre. Unité de lieu : tout se déroule à bord - ou à l'immédiate proximité - d'une "strech-limo", ces limousines rallongées et luxueusement aménagées pour les richissimes de ce monde. Unité de temps : l'action se déroule sur vingt-quatre heures ou à peu près. Unité d'action : on peut dire sans se tromper ni trop déflorer le sujet que c'est le cheminement d'un homme vers une mort annoncée...
Sur cette base et en quelques 220 pages, l'auteur nous donne à voir tout à la fois New-York, notre monde contemporain, voire un peu futuriste (j'ai vérifié plusieurs fois à quelle date il avait été écrit, tant l'approche m'en a semblée pointue, prémonitoire... le bouquin se déroule en avril 2000, et a été écrit avant le 11 septembre 2001...), ses dérives, sa fausse légèreté, et la prise de conscience d'un homme. Les réactions et agissements du personnage principal sont tour à tour insolites et stéréotypées, ni tout à fait froides, ni sentimentales. Il inspire de l'intérêt, peut-être à cause de la vision aigüe qu'il a du monde, et de sa quête obscure d'une forme d'humanité, mais ni sympathie ni antipathie.

Quant à l'écriture de Don DeLillo, elle est carrément cinématographique. Avec une concision exemplaire (aucune ennuyeuse et interminable description), il plante si bien le décor qu'on voit littéralement l'action se dérouler sous nos yeux. Tout y est : décor, lumières, actions, acteurs, costumes...
Intellectuel, mais facile à lire et tout à fait captivant, c'est réellement un bon bouquin, une analyse de société qui à mon sens va plus loin que les habituelles critiques de la société américaine, la sempiternelle description du mal-être persistant de nos contemporains. Plus froide peut-être, plus distanciée sans aucun doute, et à ce titre assurément plus percutante.

Les critiques d'ailleurs sont bonnes, que ce soit dans Lire, dans L'Humanité - incluant une intéressante interview de l'auteur, sur le blog de lecteur Les carnets de JLK, ou dans le Washington Post (via RobWalker.net).

7.12.05

Le tour d'écrou, de Henry James

Je connaissais d'Henry James les gros romans, en particulier Portrait de femme, porté au cinéma par Jane Campion. J'avais noté la finesse d'analyse psychologique de l'auteur (un ami d'Edith Wharton, qui a la même finesse). Je n'imaginais pas qu'il ait pu la mettre au service d'une nouvelle quasi fantastique, comme "Le tour d'écrou". Dans ce récit raconté par la voix d'une gouvernante en charge de deux orphelins dans une maison de la campagne anglaise, il m'est arrivé plusieurs fois de relire une phrase, de revenir en arrière pour recouper des indices, me demander si j'avais rêvé, si la narratrice ou moi avait perdu les pédales... Jusqu'à la fin du récit, la narration posée et précise de la gouvernante, comme la subtilité des états d'âme des personnages - les siens en particulier, rendent crédible cette histoire de revenants pourtant tout à fait abracadabrante. Mais cette gouvernante nous apparaît comme une personne équilibrée, pragmatique, tout sauf fantasque en un mot, et les descriptions qu'elle donne des apparitions qui jalonnent le récit, comme les interprétations qu'elle fait du comportement des enfants, donnent une réalité tangible à cette histoire qui pourtant ne peut être réelle... Un excellent moment de dépaysement, une lecture qui intrigue et envoûte, comme les nouvelles de Maupassant. Je suis tombée dessus presque par hasard, dans une librairie d'aéroport ces derniers jours, alors que j'étais arrivée en avance et que j'avais besoin de me changer les idées après une semaine professionnelle chargée : un heureux choix, qui me donne envie de me plonger plus avant dans l'oeuvre de cet écrivain décidément très séduisant.

Peu de critique sur le net, juste un petit papier dans Lire à l'occasion de la nouvelle traduction, celle que j'ai lue d'ailleurs. Henry James est pourtant un classique... à lire sans modération !

6.6.05

Une relation dangereuse, de Douglas Kennedy

Annonçons tout de suite la couleur : c'est de littérature de gare dont il s'agit. Enfin non, de la littérature d'aéroport, puisque j'ai acheté ce bouquin à Orly il y a peu, après deux jours de déplacement professionnel si bien remplis que j'avais besoin... de me vider la tête ! Je suis donc entrée dans le premier Relais H que j'ai croisé, et quasiment fait "am-stram-gram" sur la tête de gondole. Mission accomplie : ça vide la tête. Et je vous promets que ça ne la remplit avec rien. Idéal pour se reposer, donc éventuellement comme lecture de plage, c'est bientôt la saison.
Deux mots sur l'intrigue ? Ah oui, quand même ! Deux "grands reporters" se rencontrent lors d'une "mission impossible"... ah ben tiens, il m'a tellement vidé la tête, ce bouquin, que je ne sais même plus où ! Peu importe. Les deux célibataires endurcis fondent comme neige au soleil, et démarrent leur idylle au Caire, point de rattachement de leurs missions de correspondants de presse. Elle "tombe enceinte" (j'ai horreur de cette expression... mais elle va bien dans le contexte, et elle me tombe sous les doigts, donc restons dans la facilité), ils se marient, et partent à Londres, où Monsieur s'est vu proposer un poste de responsable du bureau "étranger". Elle accouche d'un charmant petit "Jack"... et là, tout se corse. Enfin, pas tout de suite. L'exposé des affres de la dépression post-natale de la dame est un peu fastidieuse je dois dire, surtout pour de la littérature de vacances. Et c'est une façon un peu trop appuyée à mon goût pour introduire la suite. Un peu trop complaisant aussi pour l'autodénigrement féminin, même s'il est accentué par la maladie de la dame. Je vous passe sous silence le noeud de l'intrigue, il faut au moins ménager le suspens ! La dernière partie du livre est un procès "à l'américaine", même s'il se déroule à Londres, et c'est écrit pour le cinéma.

Quelques critiques sur le web ? Apparemment, tout le monde adore Douglas Kennedy, de Lire (qui néanmoins déplore comme moi la première partie un peu longuette) à Ecrits-Vains, en passant par Evene. A votre place, je ne lirais pas la critique de la Librairie Pantoute, qui dévoile presque tout le suspens. Côté blogs de lecteurs, ou plutôt de lectrices, Mes Livres est d'une inconditionnelle de Kennedy, et seule la Bibliothèque d'Alie descend le livre en flèche. Je ne serais pas si sévère, quoique loin d'être enthousiaste comme les précédents !
Mais celà me rappelle que j'ai sur une étagère de ma bibliothèque l'édition originale de "L'homme qui voulait vivre sa vie", que m'avait conseillé un de mes libraires favoris à l'époque de sa sortie. Je l'avais oublié dans les rayonnages, mais je vais le ressortir : après tout, je changerai peut-être d'avis sur cet auteur américain qui semble si prisé !

11.2.05

Extase, de Susan Minot

C'est fou tout ce qui peut se passer dans la tête d'un homme et d'une femme durant une fellation... Mais non, il ne s'agit pas d'un texte érotique, contrairement à ce que pourraient laisser penser le titre du livre, et mon introduction ! C'est plutôt une réflexion sur les raisons qu'on a d'aimer l'autre, y compris et surtout peut-être à cause de ses failles. Pourquoi accepte-t-on une relation bancale ? Pourquoi ne quitte-t-on pas l'autre ? Pourquoi ne parvient-on pas à choisir entre deux amours ?
Parce que l'amour est un perpétuel compromis entre deux êtres éminemment imparfaits, pleins de paradoxes et parfois de lâcheté, parce qu'au fond on ne sait pas ce qu'on peut attendre de l'amour, ce qu'on pourrait trouver (et offrir) de mieux que ce qu'on a déjà, ou que l'on croit avoir.
Ce sont toutes ces questions que (se) posent les personnages de Susan Minot, dans un texte court et facile à lire qui rassemble néanmoins la majeure partie des interrogations de notre époque sur la relation ce couple. Je l'ai préféré aux nouvelles du recueil "Une vie passionnante"... dont le titre était pourtant prometteur, mais qui m'a laissé comme un goût d'inachevé à la fin de chaque nouvelle. Les personnages de son roman sont à mon avis mieux campés. Et l'auteur sait dire leur "petite voix intérieure", ce qui permet au lecteur de se mettre dans la peau des personnages, et de mêler sa propre voix aux leurs... car les questions qu'ils posent, les remarques qu'il se font, nous nous les sommes tous formulés un jour ou l'autre.

Dans l'ensemble, le livre a plu aux critiques, de l'Express à Lire en passant par Le Temps. Elle laisse les lecteurs un peu plus perplexes sur ZazieWeb, un site de lecteurs que je ne connaissais pas encore.

13.1.05

Bartleby le scribe, d'Herman Melville

Ceux qui ont lu mes dernières notes de lecture savent combien je suis émue lorsqu'on m'offre des livres... parce que c'est rare que quelqu'un ose me proposer ainsi ses propres lectures... Mais un de mes jeunes lecteurs dont la culture littéraire continue de m'esbaudir l'a fait, avec une gentillesse qui m'a beaucoup touchée, pour introduire notre première conversation "IRL". Et je me suis évidemment précipitée sur ces pages : j'ai commencé par Melville, que je connais mal je l'avoue, hors le célèbre "Moby Dick" qui a fait trembler tous les adolescents.
Cette nouvelle nous plonge dans un tout autre univers. Nous sommes ici dans les méandres de la conscience d'un homme de loi new-yorkais du 19ème siècle, qui ma foi ne trouve rien dans ses textes pour se dépêtrer d'une situation embarrassante, mais au contraire semble trouver une sorte de délice à se laisser envahir... Et l'étrange scribe Bartleby va devenir au fil du temps la bonne et la mauvaise conscience de ce conseiller à la Cour de la Chancellerie, sans que le scribe pourtant ne dévoile rien de son mystère... Un bref mais étonnant voyage dans l'âme humaine, à s'offrir en Folio (je découvre que le livre existe en édition bilingue, pour ceux qui voudraient en profiter pour travailler leur anglais...) ou bien encore en CD, pour se l'entendre lire par Daniel Pennac, dont c'est la nouvelle préférée. Tiens tiens... que d'intentions dans ce cadeau, et décidément quel oeil attentif que celui de ce lecteur là... que je remercie en tous cas de me faire faire de telles découvertes.

Pour compléter, quelques commentaires sur ce livre, qui semble-t-il a donné lieu à bien des analyses, ma foi beaucoup plus fouillées que la mienne... Commençons par la jolie page de c'est le livreur, avant d'aller jeter un oeil au compte-rendu d'une soirée "café littéraire" autour de ce livre.

9.11.04

The dying animal, de Philip Roth

Je n'avais jamais rien lu de Philip Roth, et tant qu'à faire, j'ai commencé par le dernier, et en anglais. Les critiques sont assez sévères. La plupart, influencés sans doute par l'image qu'ils ont de Roth qui traîne une réputation sulfureuse, y voient essentiellement une histoire de sexe (de plus), et la dernière lutte d'un homme vieillissant avec les affres du désir, de la jalousie, et la peur de la mort... donc en quelque sorte un sujet "bateau".

Certes, au début du livre, je me suis dit : "Quel muffle! Et si cette jeune Consuela (une de ses étudiantes de 24 ans lorsqu'il en a 62) le plante comme il le craint et l'anticipe, ce sera bien fait pour lui !". Elle le plante en effet. Et il en est malade. A en raconter n'importe quoi sur la libération sexuelle des années 60 et son fils qui n'a rien compris à rien. A se branler tout seul devant son piano (restons dans l'ambiance et le langage très cru de l'auteur). Je n'ai éprouvé aucune compassion - fidèle à mon premier ressenti, et peu d'intérêt sur les banalités qu'il débite à propos de la révolution sexuelle - en ça je rejoins la plupart des critiques.

Là où tout change, c'est à la fin du livre. Quand Consuela revient vers lui, malade d'un cancer du sein qui causera l'amputation totale de la magnifique poitrine qui fascinait David Kepesh. Là, je trouve la réflexion intéressante sur la perception du temps, du passé, de l'amour, modifiées par l'approche de la mort. Tout à coup, les deux personnages deviennent proches... même si c'est peut-être pour de mauvaises raisons. Je ne sais pas trancher en effet entre la sincère compassion de l'homme vieillissant pour la jeune femme malade, et l'éventuel sentiment de revanche de l'abandonné sur celle qui l'a hanté, et qui contre toute attente risque de disparaître avant lui... Mais il est là, il veut être là, le dernier à être là, pour la tenir dans ses bras, confesser ses peines et ses regrets, consoler ses terreurs. Et tout d'un coup je l'ai trouvé beaucoup plus respectable.

Quand au style, j'ai évidemment un peu plus de mal à en juger en anglais. Mais dans l'ensemble, ça m'a paru assez puissant, parce que c'est direct, que l'auteur ne mâche pas ses mots, et j'aime assez cette manière d'interpeller le lecteur.

D'autres critiques ? Voici la présentation de l'éditeur et les critiques des lecteurs sur Amazon, la critique mordante de L'Express Livres, la critique "désolée d'être sévère" d'Evène, les critiques plus favorables de Critiques Libres (j'aime bien ce site).

28.8.04

The DaVinci code, de Dan Brown

Voici ce qu'on peut qualifier de "bon polar" : de la littérature américaine contemporaine typique, le genre de best-seller qu'on imagine déjà en prochain film à succès. Tous les ingrédients sont en effet réunis, autour d'une intrigue à rebondissements, "bien ficelée" il faut le dire, sur un thème qui défie le temps, la "quête du Graal". Nos chevaliers modernes disposent bien sûr de toute la connaissance historique accumulée au cours des siècles et des moyens contemporains pour accéder à l'information, physiquement ou virtuellement. L'intrigue se déroule en Europe, comme il se doit dans tout roman américain qui se pique de culture et d'histoire : Paris, Londres, et un charmant petit bout d'Ecosse qu'on a envie d'aller visiter après la lecture... mais le héros qui trouve le fin mot de l'histoire est bien sûr américain. Un universitaire nommé Richard Langdon, qui semble avoir déjà été mis en scène par Brown dans "Anges et Démons", spécialisé dans l'étude des symboles religieux, flanqué d'une séduisante jeune femme française, Sophie Neuveu, experte en cryptographie, et d'un rocambolesque Lord Anglais qui a dédié sa vie à la quête du Graal, vont démêler pour nous les fils de l'intrigue, nous livrant au passage d'intéressantes (et apparemment véridiques) informations sur plusieurs personnages, oeuvres d'art ou d'architecture, qui font partie de notre patrimoine culturel. Le profil psychologique de nos héros n'est en revanche que rapidement brossé : ce sont des archétypes comme on en rencontre dans tous les romans américains de cette sorte... mais ce n'est pas vraiment ce qui compte le plus dans ce genre de lecture. Je saluerai plutôt l'astuce de l'auteur, maître dans l'art de construire des énigmes, et solidement documenté, ainsi qu'une agréable plongée dans un univers mythique qui continue de faire rêver (je fus adolescente une fervente lectrice de littérature médiévale, et donc des Romans de la Table Ronde), et une "jolie fin", comme l'a qualifiée mon homme (qui s'est paresseusement contenté de lire la traduction française...), séduisante et astucieuse elle aussi, même si elle sacrifie un peu trop aux critères des "happy-ends" du cinéma américain...
Bref, un bon moment de détente. Sans doute pas le "chef d'oeuvre" suggéré par le battage qu'on a fait autour...

24.5.04

La splendeur des Lansing, d'Edith Wharton

Au travers de ses différents romans et nouvelles, Edith Wharton nous propose une vision assez précise de la société occidentale, américaine et européenne, du début du XXème siècle. On y voit très bien se dessiner la naissance de la société "moderne" que nous connaissons. Les personnages sont la plupart du temps écartelés entre les valeurs morales anciennes, et l'aspiration à une plus grande liberté, de moeurs et de mouvement, souvent aussi au désir de puissance et de réussite. Je ne sais pas si elle avait déjà conscience de ce que deviendrait notre société, du résultat de cette transformation qu'elle nous donne à voir "en direct". Mais je trouve intéressant, presque un siècle plus tard, de plonger dans les racines du changement, de vivre les dilemmes et les questionnements de ses personnages... ou au contraire leur inconscience, qu'elle fouille d'une plume acérée, et sans complaisance.
"La splendeur des Lansing" n'échappe pas à la règle, et offre donc le même intérêt que le reste de l'oeuvre (ou du moins ce que j'en ai déjà lu). Elle nous plonge dans un de ces "suspens psychologiques" dont elle a le secret, et on a souvent envie de chuchoter à l'oreille des personnages pour leur livrer les pensées des autres protagonistes, et leur éviter de tout gâcher par un comportement trop guindé... ou parfois au contraire trop "libertaire" et "bravache". Mais pour une fois, les personnages de ce livre agissent pour finir dans le sens de leurs sentiments profonds, méprisant les règles établies de leur environnement social. Donc, exceptionnellement, on a droit à une "Happy end", sans mièvrerie aucune cependant (Wharton est tout sauf mièvre), mais au prix d'un vrai choix, qui, à peine transposé, reste à mon avis tout à fait d'actualité !
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