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2.1.12

Le chien de Dieu, de Patrick Bard

Il paraît que certains lecteurs se baladent dans Rome avec le livre à la main pour visiter les lieux cités dans ce thriller ;-) Pour ma part, je n'aurai pas besoin de faire l'exercice : je commence à bien connaître la capitale italienne, et je visualise parfaitement les différents lieux dans lesquels évolue Antonin Fages, prêtre français égaré par les hasards de l'histoire dans la bibliothèque du Vatican, à la fin du 18ème siècle.

Hasard ? Participant avec trois autres ecclésiastiques à la subtilisation clandestine de quelques ouvrages et documents que les bibliothécaires veulent soustraire au pillage napoléonien, notre homme se retrouve en possession d'un curieux carnet manuscrit, en langue occitane. La langue natale d'Antonin justement. La curiosité est trop forte, et il profite d'un "incident" pour garder avec lui l'étonnant carnet, le temps de le déchiffrer, au lieu de le déposer dans le repaire secret choisi par les moines pour mettre les livres à l'abri.

Hasard ? Le carnet pourrait bien éclairer le mystère de la "bête du Gévaudan", dont Antonin a vu les ravages de près : Gévaudan et Margeride, notre actuelle Lozère, c'est sa terre natale, et la "bête", il a eu l'occasion de l'affronter, avant de migrer vers Rome, au moment où la terreur de Robespierre mettait les prêtres à rude épreuve dans les campagnes françaises.

Mais le manuscrit semble intéresser beaucoup de monde, beau ou pas, mais en tout cas déterminé à récupérer le carnet par tous les moyens, fussent-ils criminels. Antonin est donc obligé d'échapper à ses terribles poursuivants, tout en essayant de terminer sa lecture, d'élucider peut-être enfin le mystère de la bête meurtrière... mais aussi des intérêts que cet ouvrage pourraient servir ou desservir, et qui expliquent la rage que mettent ses poursuivants à lui filer le train.

Naviguant entre Rome et la Lozère, l'intrigue se faufile, comme le dit l'auteur, dans les interstices de l'Histoire, pour nous livrer un très bon moment de lecture, riche en péripéties, et suffisamment documenté pour que la fiction soit plausible... ce qui est loin d'être le cas de tous les romans à suspens. Alors, même si je suis forcément de parti-pris lorsque l'auteur est l'un de mes amis, j'ai été suffisamment entraînée par le livre pour le lire d'une seule traite, et ne peux que vous le recommander.

Côté blogueurs, je n'ai trouvé que deux critiques, une positive, l'autre mitigée. Mais sur Polars Pourpres, il est noté 8/10.

22.1.07

Carnets d'Europe, de Patrick Bard

Amusant de lire ce livre alors que je rentre des Etats-Unis : je m’aperçois que je connais finalement assez mal mon Europe, et que j’y serais linguistiquement bien moins à l’aise qu’Outre Atlantique. Me sentirais-je plus à mon aise pour le reste ? Hum, j’ai parfois l’impression que nous copions le pire de la civilisation américaine… et notamment ces approches de villes, ces centres commerciaux et ces aires d’autoroute dont Patrick évoque la laideur uniforme. En effet, on est de moins en moins dépaysé quand on voyage, du moins par les grands axes et si on évite les centres historiques.

Carnets d’Europe retrace les bribes d’un parcours de 2 semaines, de Brest à Brest. 8 000 km, soit plus de 500 par jour, il ne fallait pas trop traîner en route. J’aime les commentaires, régulièrement ironiques ou désabusés, souvent interrogateurs, toujours instructifs : ce garçon là connait mieux son histoire que moi. Je sais, c’est mon point faible : j’ai beau être convaincue que c’est indispensable de connaître l’histoire pour comprendre le monde dans lequel on vit, je n’arrive pas à la retenir… C’est pourquoi je ne voyage jamais sans un bon guide pour me rappeler celle des lieux que je traverse. Carnets d’Europe, à sa façon, pourrait en être un… même si je ne suis pas sûre de vouloir m’arrêter aux mêmes endroits… Pourtant, les postes frontières sont signifiants, tout comme la densité des supermarchés, leur contenu toujours pléthorique et de plus en plus semblable dans toutes les régions du monde. Mais je préfère les « beautés dont on ne peut rendre compte, surtout par la photographie », pour reprendre à peu près les termes du photographe lorsqu’il passe à Venise. Je ne sais pas si j’irais visiter Auschwitz. J’ai tellement pleuré en regardant Shoah de Lanzmann, que je me demande ce que je pourrais y apprendre de plus… et je me demande toujours si soumettre son regard à l’horreur, ce n’est pas finir par s’y habituer. Ce qui est sûr, c’est que je ne pourrais pas y faire de « photos souvenirs ». D’ailleurs, je hais les photos souvenirs…

Mais parlons photo, justement. Carnets d’Europe est autant un livre de photos qu’un carnet de voyage, comme j’aimerais savoir en faire d’ailleurs. Première expérience avec la photo numérique. Patrick se traite d’australopithèque en la matière. Moi, je trouve qu’il s’en sort bien, évidemment. Je suis d’accord avec lui : le numérique fait éclater les couleurs, parfois trop. Il en joue bien. Et finalement, ce n’est pas étonnant : le côté parfois presque artificiel de ces couleurs pétantes, outre qu’en effet il reflète bien les artifices de notre société de consommation et ce « grand marché européen » qu’il a traversé, rappelle par instant le caractère étonnant des photos peintes qu’il confectionnait il y a quelques années, donnant une vie étrange et fascinante à des tirages noir et blanc avec des encres de couleur… J’en ai encore dans mon bureau. Et je les aime toujours autant.

Bref, Carnets d’Europe est une balade que je vous conseille, deux heures de dépaysement dans la patrie qui est désormais la nôtre, et que, comme il le dit, nous connaissons si mal.


Aucune critique de lecteurs pour ce livre : il faudra donc vous contenter de la mienne et me croire sur parole !

Mais on peut voir quelques photos sur le site de Signatures, et en savoir plus sur Patrick Bard en passant par le lycée La Providence.

25.6.04

La Frontière, de Patrick Bard

Je lis assez peu de romans policiers, ce n'est pas mon genre littéraire préféré. Mais celui-là est assez bien ficelé, bien documenté, et basé sur des faits réels qui donnent à réfléchir. Ce pourrait être une sorte de version romancée du "No Logo" de Naomi Klein : nous sommes dans les "maquiladoras" mexicaines, à la frontière des Etats-Unis, où les ouvrières sont employées dans des conditions scandaleuses pour produire les objets de consommation du monde occidental, des vêtements de marque à l'électro-ménager.
Patrick Bard ne nous fait pas la morale cependant : il nous livre des faits, emballés dans une intrigue qui nous tient en haleine d'un bout à l'autre de l'ouvrage... et digne des meilleurs romans noirs (il a d'ailleurs reçu le prix Polar Michel Lebrun 2002). Ames sensibles, s'abstenir, ça baigne dans l'hémoglobine et les vapeurs toxiques !
J'avoue une petite faiblesse pour la langue de cet auteur-là... mais là je cesse d'être objective, car je connais personnellement l'auteur, et je savoure de retrouver sous sa plume des expressions que j'ai entendues dans sa bouche, il y a quelques temps déjà : pour dire vrai, je l'avais un peu perdu de vue ces dernières années... lorsque j'ai eu la surprise d'entendre sa voix sur France Inter la semaine dernière. J'ai donc foncé sur mon Google préféré pour voir ce qu'il me racontait sur cet ami-là... et il y avait de quoi !
Je le connaissais surtout en tant que photographe, et j'ai aussi fait l'acquisition d'un de ces derniers livres de photos "Transsibériens", dans lequel il nous livre trois voyages dans ces trains mythiques que je rêve d'emprunter un jour (le bouquin reste nettement plus abordable que le voyage...)

Pour en savoir plus sur Patrick Bard et ses oeuvres, voici quelques liens :
- Une interview de l'auteur sur Arts Sombres
- Une présentation de Patrick Bard sur le site de l'agence Editing
- Une présentation et quelques photos de l'ouvrage "Transsibériens" sur Chambres Noires

Bonne lecture !
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