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10.8.08

Quo Vadis ? d'Henryk Sienkiewicz

Je poursuis dans les Prix Nobel de littérature avec Quo Vadis ?, que j'ai eu envie de lire suite à notre dernier séjour à Rome. La connaissance de la topographie locale et la visite des sites antiques aident à mieux s'imaginer le décor de l'action, et le mode de vie des romains dans le courant du premier siècle après JC.

C'est en effet l'un des mérites du roman de Sienkiewicz : à quelques anachronismes près (que je ne suis pas capable d'identifier moi-même mais qui sont signalés dans la préface) il nous donne à voir un pan de l'histoire antique, documenté par ses propres séjours à Rome et la lecture de Tacite et Suétone, pour nous décrire les personnages et événements mémorables du règne de Néron.

Au coeur du roman, l'incendie de Rome, commandité par cet empereur décadent, en mal de spectacle et incommodé par les odeurs du quartier populaire de Suburre, puis la persécution des premiers chrétiens, accusés d'avoir mis le feu à la ville éternelle, et livrés en pâture au peuple de Rome, dans des jeux du cirque vraisemblablement sans égal en matière de raffinement dans la cruauté.

La trame romanesque est alimentée par les amours contrariées de la belle Lygie et de Marcus Vinicius, qui se convertira pour elle au christianisme en dépit du septicisme de Pétrone, auteur du Satirycon, oncle et mentor du jeune romain. Les rebondissements ne manquent pas, et tiennent le lecteur en haleine.

Sienkiewicz souhaitait surtout par ce roman faire oeuvre d'édification, et c'est parfois trop visible. Mais s'il fustige la décadence de la société romaine et de sa classe dirigeante, on le sent malgré tout fasciné par le raffinement de cette civilisation, jusque dans sa barbarie la plus abjecte.

L'incendie de Rome et les jeux du cirque qui s'ensuivent sont magistralement décrits, avec un luxe de détails par moments insoutenables, mais qui sonnent assez juste, en dépit d'un lyrisme parfois exagéré et passé de mode. Ce lyrisme touche à son paroxysme lorsque l'auteur décrit les manifestations de la foi chrétienne, la mort des apôtres Pierre et Paul, ou l'évolution des états-d'âme de Vinicius. Le jeune héros, bouillant guerrier voulant tout soumettre à sa force et à ses désirs, se transforme au fil du roman en "Agneau de Dieu" prêt à se sacrifier pour sa nouvelle divinité... mais surtout sans doute pour sa belle Lygie. On pense parfois à ... la Comtesse de Ségur, dans ces moments où chacun se repend de ses fautes, et où l'on se pardonne mutuellement en versant force larmes, en se promettant de vivre pour toujours dans les bons principes et les bons sentiments de la charité chrétienne.

Il faut cependant reconnaître que la plume est alerte et talentueuse, et sait rendre digeste ce qui pourrait être risible ou irritant. La munificience des romains, et en particulier le luxe inouï des festins organisé par César ou par ses courtisans, est magnifiquement décrit. On est ébloui, étourdi, jusqu'à l'écoeurement, devant l'incroyable débauche de ces fêtes. Mets et vins en abondance et de toutes les régions du monde, parfums d'épices exhaltés par les brûle-parfums, pétales de fleurs et pistils de safran répandus sur les dalles de marbre, incroyables orgies sexuelles jusqu'au petit matin, on reste parfois incrédule devant tant de richesse, de gaspillage et de licence.
Mais le dernier festin de Pétrone, comble de de raffinement mêlant le macabre à la musique et à la poésie, touche au sublime, et contrebalance de manière assez curieuse d'ailleurs lorsqu'on connaît les intentions de l'auteur, la narration des derniers épisodes de la vie de Vinicius, ou le dernier chemin des Apôtres vers leur Seigneur pour l'éternité. Aussi édifiant qu'il se veuille, Sienkiewicz reste jusqu'à la fin fasciné et séduit par le mode des vie des nobles romains.

Au final, cette fresque épique se lit comme un bon roman d'aventure. Au delà de la glorification de la foi chrétienne, il laisse aussi à réfléchir sur la civilisation en général, et les marques de sa décadence... Derrière le paroxysme du luxe et du raffinement pour quelques uns - encore visibles de nos jours dans les splendides vestiges de la Rome antique - , l'amoralité, la misère, la barbarie, et finalement la chute... Hum, celà aussi est éternel...

Si QuoVadis ? fut un best-seller international, pas de trace visible dans les blogs de lecteurs. Ce sont surtout des adaptations cinématographiques de l'oeuvre qu'on parle sur le web.

On pourra cependant s'informer sur Sienkiewicz via Evene, lire chez Aelius Philologus une comparaison du traitement de la personnalité de Néron dans différentes oeuvres littéraires dont Quo Vadis ? et approfondir l'étude de l'oeuvre via le travail personnel de recherche d'un internaute qui le propose sur le site quovadis.oeuvre.free.fr.

Et chez Fabula, on apprend que l'un des traducteurs de l'oeuvre, Albin de Cigala, a commis une suite intitulée Urbi et Orbi, qui suit les deux héros Lygie et Marcus Vinicius, après la mort de Néron. Bon roman ou pur commerce ? A vous de voir, si vous n'en avez pas assez d'aventures épiques et antiques.

12.4.08

Le carnet d'or, de Doris Lessing

J'ai fini Le carnet d'or hier soir, et c'est sans doute la chose la plus importante que j'ai faite cette semaine.
Je suis toujours un peu sceptique et ironique quand je lis sur une 4ème de couverture des phrases comme "On ne dira jamais assez combien ce livre a compté pour les jeunes femmes de ma génération." Mais le livre une fois refermé, je capitule : oui, c'est une lecture fondamentale, non seulement pour les femmes, mais pour les hommes aussi.

Dans la préface écrite par l'auteur, quelques années après la parution du livre, elle s'étonne que les lettres de lecteurs qu'elle reçoit ne mentionnent en général qu'un des thèmes qu'elle y a traités, et elle cite : l'engagement politique, les rapports entre les sexes évidemment, et la maladie mentale.
J'y vois surtout une quête d'identité, la quête du sens de la vie, qui est évidemment un thème universel même si l'histoire qu'elle raconte, en partie autobiographique si j'ai bien compris ce que j'ai lu notamment dans le papier que Libé lui consacrait au moment où elle a reçu le Nobel (j'en parle ici), est tout à fait singulière.

Le parcours d'Anna est celui d'une romancière qui décide de cesser d'écrire après son premier roman, qui a connu suffisamment de succès pour qu'elle puisse encore vivre sur ses droits d'auteurs des années après, bien qu'ayant refusé les adaptations cinématographiques et télévisuelles qu'on lui propose régulièrement. A part ça, Anna est communiste et divorcée, avec une petite fille. C'est une femme émancipée, et j'avoue avoir été surprise de voir les libertés que prenaient déjà les femmes dans les années 50. Oui, je fais partie de ces idiotes (Lessing dixit) qui pensaient que la libération sexuelle datait plutôt de la fin des années 60.

Le livre est d'une modernité étonnante, soulevant des questions qui sont toujours d'actualité, avec un regard d'une acuité rare. Même si le contexte a évolué. L'état du monde et son cheminement politique posent plus que des questions, et l'on se demande en tant qu'individu où s'engager pour faire changer les choses. La question des relations entre les hommes et les femmes n'est pas davantage résolue, qu'il s'agisse de l'application de droits égaux, ou de trouver le bon équilibre dans le domaine privé. Dans l'ouvrage de Lessing, tout cela interfère évidemment fortement avec la quête de sens d'Anna, qui s'approche tout au bord du gouffre de la folie en essayant de comprendre et de faire "l'expérience" d'identités multiples qui pourraient lui permettre de trouver sa place dans l'univers, et des raisons d'espérer en demain...

L'écriture est dense et riche en images, tout en restant très fluide et facile à lire. Très fortement interpelée par toutes les questions que se pose l'héroïne, j'ai eu la sensation en lisant que l'auteur me laissait libre, malgré la richesse du livre, de mener ma réflexion et mon questionnement personnel en parallèle, au fil de la lecture. Une expérience intense, que je recommande vivement à tous les lecteurs.

Je note au passage que l'édition de poche est étrangement en réimpression depuis que Lessing a décroché le Nobel. Mais les éditions Albin Michel ont en revanche trouvé le temps de réimprimer l'édition originale. Bon, je ne regrette pas mes 24 euros, mais je trouve quand même le procédé un peu gros !

Voyons maintenant ce qu'en pensent les lecteurs.

Premier constat : on ne lit plus beaucoup Lessing, au moins parmi les bloggeurs... à moins que les papiers de la presse ne noient leurs billets dans les résultats de requête.

Second constat : les avis sont mitigés. Sur Le Club des rats de biblio-net, les notes oscillent entre 3/5 et 5/5. Papillon ne lui décerne que 3,5, mais par contre je suis assez contente d'avoir découvert son blog, car elle semble partager pas mal de mes goûts littéraires. Karine lui met 6,5... mais sur 10, et a trouvé le livre long.

Certaines (plus de lectrices que de lecteurs selon toute apparence) trouvent la structure du livre compliquée, et le magazine Jeune Afrique souligne d'ailleurs que la forme du roman (divisé en 5 parties, dont 4 carnets écrits par l'héroïne, qui s'entremêlent régulièrement dans le récit) était également expérimentale et innovante. J'avoue que pour ma part, cela ne m'a pas du tout gênée : c'est au contraire une manière de regarder les mêmes choses sous des angles différents, et pour le lecteur une sorte de "jeu des correspondances" que j'ai trouvé assez jubilatoire.

Certaines trouvent le livre déprimant, ou fatiguant. Certes, il ne laisse pas le lecteur en repos. Mais c'est le but, et moi, ça me remet en marche plutôt que de m'abattre. Une lectrice trouve les réflexions d'Anna "démodées", voire "agaçantes". Je ne partage pas du tout cette vision, bien au contraire. Le fond des questions reste tout à fait pertinent, et les jeunes femmes qui pensent que le féminisme est un combat d'arrière-garde sont justement celles qui permettent à la société contemporaine de détruire les quelques avancées obtenues par leurs mères ou leurs grand-mères (Lessing pourrait être ma grand-mère, la fille d'Anna ma mère).

Finalement, j'ai préféré aller relire le papier du Monde "Un Nobel soigneusement pesé", ou l'interview de l'auteur réalisée par Didier Jacob du Nouvel Obs à l'occasion de ce Nobel. Lessing montre que même avec les années, elle est restée une "sacrée bonne femme". Personnellement, je lui sais gré des voies qu'elle a ouvertes au travers de ses livres et de ses actions, et je pense que je lirai d'autres romans d'elle... bien qu'il semble difficile de faire mieux que ce Carnet d'or, défini comme son chef d'œuvre.

30.3.08

Neige, d'Orhan Pamuk

J'avais laissé Pamuk de côté : il m'ennuyait, l'histoire n'avançait pas assez vite à mon goût, mais je savais pourtant que je le reprendrai à un moment ou un autre pour le terminer. A cause de l'étonnante densité que l'auteur donne à son personnage principal, le poète Ka, qui ressemble pourtant à un anti-héros... Et parce que le livre contient toutes les contradictions que je perçois dans la civilisation orientale, cette logique tellement différente de la mienne (de celle de l'Occident ?) et dont je ne parviens pas à saisir le fil conducteur...

Je ne comprends pas mieux à l'issue de ma lecture, et reste étonnée que ce personnage mélancolique, souvent lâche, qui ne sait pas exactement ce qu'il veut et se laisse manipuler par les autres, quelque part convaincu qu'il n'a pas droit au bonheur mais le cherche néanmoins avec une étonnante ténacité, dont il peut annuler les effets à tout moment par une maladresse ou finalement une jalousie destructrice, soit aussi attachant.

Ka est donc un poète turc, exilé à Francfort avec un statut de réfugié politique. Il revient en Turquie, et plus précisément à Kars, petite ville perdue aux confins de l'Anatolie, à l'extrême Est du pays, près de la frontière arménienne. Officiellement, c'est pour écrire un article sur les élections municipales, qu'on dit en passe d'être gagnées par les islamistes, et le suicide de jeunes filles voilées auxquelles on interdit l'accès à l'école. En réalité, Ka veut surtout retrouver la belle Ipek, qu'il a connue étudiante, et qu'il rêve de ramener avec lui à Francfort.

Il se retrouve acteur malgré lui d'une série d'événements politiques surréalistes. Les coups d'Etat, menés par les laïcs, se déroulent au Théâtre... avec cependant des morts bien réels jusque sur la scène. L'action des militants islamistes s'emmêle d'histoires d'amour qui ressemblent à celles des feuilletons étrangers qu'ils regardent à la TV, tandis qu'ils se demandent comment convaincre que leur croyance n'a rien à voir avec la pauvreté. Et on a du mal à comprendre où se situe vraiment l'action de l'Etat, dont les fonctionnaires se font assassiner, pendant que sévissent en toute cruauté les services de la Sûreté, alimentés par les "indics" des Renseignements Généraux, à moins que ce soient d'autres personnages de l'ombre qui aient installé partout ces micros qui captent les conversations les plus intimes des protagonistes de l'histoire... Coup d'Etat ou coup de l'Etat ? A la fin du livre, je ne sais toujours pas vraiment démêler les fils...

Dans ce maelström, Ka se laisse manipuler tour à tour par les différents groupes d'intérêt, peu soucieux d'y laisser des plumes, tant que ces actions lui permettent de se rapprocher de son but : se faire aimer d'Ipek, et la convaincre de partir en Allemagne avec lui. Et c'est finalement ce fil conducteur qui crée le suspens mentionné sur la 4ème de couverture du livre, tout à fait surprenant alors que par moment l'action est d'une effrayante lenteur, qu'on ne comprends pas où elle nous mène... et que cette tourmente politique étouffée (ou favorisée ??) par la neige épaisse qui tombe sans discontinuer sur la ville de Kars n'empêche pas Ka d'être dans une veine poétique abondamment inspirée : durant les trois jours que dure le roman, il écrira pas moins de dix-neuf poèmes, de quoi constituer un livre organisé autour du schéma d'un flocon de neige dont les axes symbolisent la mémoire, la logique et le rêve, et sur lequel il continuera à travailler à son retour en Allemagne, pour peaufiner chaque texte en le soumettant à des lectures publiques.

Finalement, la seule conclusion que je peux en tirer, c'est que l'amour, et sa quête éperdue en tant qu'unique source possible de bonheur sur cette terre, quel que soit le contexte extérieur, constituent in fine le seul point commun entre tous les humains. A la fois but ultime et source d'émancipation... si toutefois il peut être pur, ce qui est moins que certain dans l'ouvrage de Pamuk, où il constitue cependant le seul viatique un peu consistant et durable.

Une lecture déconcertante donc, mais dont il est difficile de se détacher et qui laisse matière à réflexion autour de la Turquie, trait d'union entre l'Orient et l'Occident, et candidate à l'entrée dans l'Union européenne.

Je pense que je lirai Le livre noir ou Istanbul, où il parle de sa ville natale, dont la visite il y a quelques années m'avait captivée.

Les bloggeurs qui parlent de Neige le décrivent tous comme un chef d'oeuvre qu'ils sont heureux d'avoir lu et qu'ils recommandent (la bibliothécaire Sylvie, Frédéric pour Biblioblog, Pitou, ou Bibliotheca), même si la lecture n'a pas toujours été facile, comme pour Chantal sur rats de biblio.net ou une autre Sylvie.

Certains soulignent l'engagement politique de Pamuk, qui a failli le payer cher. Pour en savoir plus, voici une sélection d'articles de presse de tous horizons, pour se faire sa propre opinion : Libé, Lire, El Watan, L'Huma, et Le Figaro, relayé par le site "A ta Turquie".

Pour finir, n'oublions pas que Pamuk a reçu le Nobel de littérature en 2006. Pour entrer dans les pages qui lui sont consacrées sur le site du Prix Nobel, je vous propose la page photos, parce qu'à mes heures je suis un peu midinette, et que je le trouve plutôt bel homme :-) mais vous pouvez préférer sa très sérieuse interview filmée, in English, qui retrace son parcours personnel et d'écrivain.

14.10.07

Doris Lessing, Prix Nobel de littérature 2007

Et à ma grande honte, moi qui pourtant me réclame d'un certain féminisme (celui qui prône l'égalité des droits dans la différence des êtres), je m'aperçois que je n'ai rien lu de celle que Libé qualifie de "rebelle"...

Mais moi, j'ai toujours un métro de retard : je suis en train de lire Neige, d'Orhan Pamuk, le Prix Nobel de l'année dernière.
Rendez-vous donc l'année prochaine ici même pour une petite note de lecture sur Doris Lessing ,-)

31.7.07

Les Bienveillantes finalement est-ce un chef d'oeuvre?

Les Bienveillantes, de Jonathan Littell, s'est vendu a 700 000 exemplaires, et a obtenu deux prix : le Goncourt, et le Grand Prix du roman de l'Académie française. Wikipedia lui consacre un long article d'analyse.

Personnellement, je ne l'ai pas lu. Méfiante à l'égard des prix littéraires, c'est certain, et méfiante aussi face à la mise en évidence du côté sombre et malsain de l'humain, chaque fois que la complaisance m'y semble possible, et j'ai cette intuition, ou cette appréhension, en ce qui concerne ce livre.

En attendant, Eric Lange a consacré aujourd'hui son émission "ça vous dérange" sur France Inter à ce roman. Et qu'on l'ai lu ou pas, le débat est intéressant, car on ne peut nier en effet que cet ouvrage pose des questions fondamentales sur la nature humaine. Fondamentalement bonne, et exceptionnellement noire, ou le contraire ? C'est l'une des questions particulièrement frappante et pertinente, soulevée par Pierre Assouline. Le débat est donc loin d'être clos.

J'en profite pour dire que j'apprécie particulièrement cette émission, assez éclectique dans ses sujets, mais qui pose toujours d'intéressantes questions de société, à podcaster ou à écouter à la carte si on n'est pas disponible entre 12 et 13.

30.6.06

Un secret, de Philippe Grimbert

Il paraît qu'il y a des secrets dans toutes les familles... Dans la mienne, je n'en connais pas, je n'en soupçonne pas. Parce qu'ils m'ont été dévoilés, ou parce que je suis sourde ?

Dans la famille de Philippe Grimbert, le secret est consistant, l'enfant perspicace... et l'individu solide d'avoir été capable d'y faire face aussi magistralement. Rassurant pour les patients du psychanalyste, et fascinant pour les lecteurs de l'écrivain.
Si à titre personnel j'ai davantage été touchée par les propos de La petite robe de Paul, j'ai été épatée par Un secret. Comme dans son premier livre, l'écriture est sobre, sans pathos, et plonge au plus profond de l'intime, sans jamais basculer dans l'impudeur. Le poids du sujet n'empêche pas la légèreté, voire la poésie, et j'aime bien la manière dont il reconstitue la rencontre de ses parents, dont il devine les secrets de leur entente.
Bien sûr, on peut retenir la leçon de vie, qui en effet est l'un des fils conducteurs de la psychanalyse : pouvoir dire les choses, leur faire face, ne pas juger, et... évacuer les inutiles culpabilités, comme si la psychanalyse devait d'abord nous délivrer de la pression judéo-chrétienne.
Philippe Grimbert dit au passage des choses que les témoins de la Shoah disent peu sur les conséquences d'un génocide au plus intime des familles. Bref, une intéressante et émouvante plongée dans l'humain, qui mérite la lecture, comme les distinctions qui lui ont été décernées.

Compte tenu de ses prix, l'ouvrage est abondamment commenté sur le web... et je ne restituerai pas tous les liens. Compte tenu de son sujet, il me parait judicieux de ne pas dévoiler le secret : sa découverte fait partie du plaisir de la lecture . Donc, même si j'apprécie la critique de Marie-Dominique Lelièvre pour Lire, je conseille de ne la lire qu'après le livre. L'Express est plus discret, comme les lecteurs du Club des rats de biblio.net, qui se sont conformés à "l'ordre" de Clarabel, première lectrice à commenter l'ouvrage, ou Litera05. La réflexion sur l'identité proposée par Lamed.fr est aussi intéressante. Lire les premières pages du livre sur le site de son éditeur, Grasset, ne dévoile pas le secret. Quant à Film de Culte, le secret qu'il dévoile... c'est que l'ouvrage fera prochainement l'objet d'une adaptation cinématographique. Hum, il y faudra bien de la subtilité !

4.6.06

L'amante du Pharaon, de Naguib Mahfouz

J'ai trouvé ce livre la semaine dernière, à la librairie du Musée du Louvre, en sortant d'une visite des salles d'antiquité égyptienne. J'ai eu envie de rester dans l'ambiance... et je n'ai pas été déçue !
L'Amante du Pharaon ressemble à un conte des Mille et une Nuits, une fable à la fois splendide et tragique, qui stylise sans les caricaturer les grandes passions humaines : amour, pouvoir, richesse...
Le roman nous raconte la passion d'un Phraraon de l'Egypte ancienne pour une courtisane dont la beauté semble enchanter, au double sens du terme, tous les hommes qui l'approchent. Une année, et quatre saisons de l'amour, toutes intenses et intensément vécues par Rhodopis la courtisane, et Mérenrê II, son royal amant.
La psychologie des personnages est présentée sous son double aspect, positif et négatif, sans jugement de valeur. Le lecteur peut ainsi s'attacher à chacun, et vivre avec eux les émotions et les drames auxquels il sont confrontés.
L'écriture est à la fois belle, ferme et efficace. Aucune longueur inutile, et pourtant tout est dit. Amour, espérance, orgueil, peur, grandeur et déchéance. Le ton restitue, sans jamais ennuyer, le caractère un peu grandiloquent des discours officiels, les conversations intimes et les voix intérieures.
Au passage, l'auteur évoque les splendeurs de l'Egypte ancienne que voyages, photographies et musée nous ont fait découvrir... Je ne suis encore jamais allée en Egypte, mais cette lecture en renforce bien sûr le désir, tout autant que la visite du Louvre d'ailleurs.
Je ne connaissais pas Naguib Mahfouz, pourtant Prix Nobel de littérature en 1988. L'amante du Pharaon est l'un de ses premiers romans, paru en 1943, mais il n'a été publié en français qu'en 2005. Je pense que je vais continuer mon exploration de cet auteur...

Wikipedia propose bien sûr une intéressante biographie de l'auteur, et pour nous rafraîchir la mémoire, la liste des Prix Nobel de littérature. Aucune critique de lecteur sur le web. La présentation de l'éditeur propose des critiques de presse, et RFI une interview sonore des traducteurs du roman, dont on peut saluer le travail.

10.10.04

Les âmes grises, de Philippe Claudel

Prix Renaudot 2003, Prix des lectrices de Elle 2003... Pas forcément le genre de littérature que je lis habituellement : je me méfie des prix littéraires. Mais il me faisait de l'oeil sur la table de la bibliothèque de prêt que je fréquente épisodiquement, alors, je l'ai lu... et au fond je n'ai pas grand chose à en dire.

Le style est efficace, original, et crée une ambiance très spécifique, et très homogène d'un bout à l'autre du roman. L'auteur ne ménage pas ses personnages, et les croque même parfois avec férocité. Mais, même si bien sûr j'ai cessé de croire depuis longtemps que les humains étaient noirs ou blancs, j'ai achevé le livre un peu accablée : sommes-nous tous aussi gris que ces personnages ? Les relations humaines sont-elles si lourdes, toujours ? Bien sûr, le narrateur n'a plus vingt ans, et il est vrai qu'avec les années, on perd pas mal de ses illusions, et son insouciance aussi. Mais il n'est dans ce livre aucun personnage que j'aurais aimé être, dont j'aurais pu supporter la vie... Alors bien sûr, l'histoire est bien ficelée, on a envie d'en connaître le fin mot, même si je m'inscris en faux sur l'idée de "suspens à la Simenon" évoquée par certains critiques, et ça vous porte malgré tout jusqu'à la fin du livre. Mais elle laisse un goût amer dans la bouche, et peut-être en ce moment ai-je davantage envie d'être distraite...

D'autres avis, souvent plus enthousiastes que le mien, dans la revue Lire, et sur Alapage.

25.6.04

La Frontière, de Patrick Bard

Je lis assez peu de romans policiers, ce n'est pas mon genre littéraire préféré. Mais celui-là est assez bien ficelé, bien documenté, et basé sur des faits réels qui donnent à réfléchir. Ce pourrait être une sorte de version romancée du "No Logo" de Naomi Klein : nous sommes dans les "maquiladoras" mexicaines, à la frontière des Etats-Unis, où les ouvrières sont employées dans des conditions scandaleuses pour produire les objets de consommation du monde occidental, des vêtements de marque à l'électro-ménager.
Patrick Bard ne nous fait pas la morale cependant : il nous livre des faits, emballés dans une intrigue qui nous tient en haleine d'un bout à l'autre de l'ouvrage... et digne des meilleurs romans noirs (il a d'ailleurs reçu le prix Polar Michel Lebrun 2002). Ames sensibles, s'abstenir, ça baigne dans l'hémoglobine et les vapeurs toxiques !
J'avoue une petite faiblesse pour la langue de cet auteur-là... mais là je cesse d'être objective, car je connais personnellement l'auteur, et je savoure de retrouver sous sa plume des expressions que j'ai entendues dans sa bouche, il y a quelques temps déjà : pour dire vrai, je l'avais un peu perdu de vue ces dernières années... lorsque j'ai eu la surprise d'entendre sa voix sur France Inter la semaine dernière. J'ai donc foncé sur mon Google préféré pour voir ce qu'il me racontait sur cet ami-là... et il y avait de quoi !
Je le connaissais surtout en tant que photographe, et j'ai aussi fait l'acquisition d'un de ces derniers livres de photos "Transsibériens", dans lequel il nous livre trois voyages dans ces trains mythiques que je rêve d'emprunter un jour (le bouquin reste nettement plus abordable que le voyage...)

Pour en savoir plus sur Patrick Bard et ses oeuvres, voici quelques liens :
- Une interview de l'auteur sur Arts Sombres
- Une présentation de Patrick Bard sur le site de l'agence Editing
- Une présentation et quelques photos de l'ouvrage "Transsibériens" sur Chambres Noires

Bonne lecture !
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