Je redonne ici le résumé de l'éditeur pour situer le roman, dont je vais essayer de ne pas divulgâcher le contenu :
"Milieu des années 60, en Toscane.
Un été caniculaire.
Une famille française en villégiature.
Un événement inattendu.
Des vies qui basculent irrémédiablement.
Un secret qui s'impose aussitôt.
Un écrivain, héritier de cette histoire, en quête de la vérité."
J'ai été surprise par certaines des critiques que j'ai lues sur ce livre, notamment celles du Masque et la Plume...
"Carte postale, livre de plage, drame bourgeois, nommer l'émotion ne suffit pas à la créer..." autant de verbatims qui m'ont fait bondir après avoir terminé ce livre, écouté d'une traite (preuve qu'il m'a captivée). J'ai lu ailleurs que c'était un "roman doux", si je me souviens bien.
Mes impressions à chaud ont été d'une tout autre nature...
Alors d'accord, l'écriture de Philippe Besson n'est pas révolutionnaire, la narration est assez classique, et l'on comprend assez vite de quoi est fait le "secret de famille" qui se noue pendant ces vacances en Toscane, en fait dès que Sandro récite le menu du soir dans la fameuse "pension de famille".
Carte postale de la Toscane ? C'est exactement ce que Paul veut donner à voir à sa famille lors de ce séjour dont il a soigneusement préparé le programme avant de venir. Un programme qui ressemble furieusement à ce qu'étaient des vacances à cette époque (1964), et même un peu plus tard, dans une famille de classe moyenne un peu cultivée.
Mais le contraste entre ces visites convenues, mais pas sans charme, que feront finalement seules la mère et ses filles, pendant que tout autre chose de beaucoup moins convenu et futile se joue à la pension de famille, produit un effet tout à fait efficace pour restituer à la fois l'intime et l'époque.
Philippe Besson a selon moi plutôt du talent pour restituer des ambiances "significatives", sans trop forcer le trait, qui campent bien la problématique qu'il veut faire toucher du doigt.
Drame bourgeois ? Même si la réaction de certains personnages est "conformiste", au sens de conforme aux comportements courants à l'époque où se situent les faits, à cette époque justement, c'était quand même un sacré coup de tonnerre dans un foyer familial apparemment sans nuages, et les principaux protagonistes ont le courage d'assumer leur posture radicale.
Roman de plage ? roman doux ?
Ce qui arrive à cette famille, et à chacun de ses personnages, est d'une violence inouïe... bien que d'une brutalité finalement assez ordinaire dans la société pré-68. L'auteur ne s'appesantit pas sur cette violence, mais il en donne à voir suffisamment pour qu'on puisse en tirer les fils et la ressentir pleinement au fil des pages. Elle est suffisamment puissante pour toucher le petit-fils de Paul et Gaby, qui va chercher à faire la lumière sur ce secret.
Et c'est sans doute cette quête qui m'a le plus touchée.
Bien sûr, on y retrouve quelques poncifs du genre, probablement inévitables. Et la citation du film "Sur la route de Madison", pourtant l'un des films qui
m'a le plus marquée, m'a un peu gênée : la "ficelle" n'est-elle pas trop grosse ?
Mais quand Sandro dit au narrateur "Nous avons attendu si longtemps que quelqu'un vienne", tout est dit du prix qu'il a fallu payer pour vivre un amour "hors des clous", et j'en ai encore les larmes aux yeux. Un choix inverse à celui de Meryl Streep dans le film précité, qui nous renvoie à l'éternel dilemme de l'amour. Vaut-il mieux partir pour le vivre ou rester pour ne pas briser ses autres liens ? C'est le pari dont on n'a jamais la réponse, quel que soit le chemin qu'on choisit.
Pour finir, d'accord, il y a quand même de la douceur dans cette histoire, dont le narrateur vient panser les plaies et renouer les fils.
Finalement, et après avoir écrit ce billet, j'ai eu envie d'aller écouter ce qu'en disait l'auteur, et son interview sur le plateau de la Librairie Mollat me laisse penser que j'ai bien compris ce qu'il voulait partager avec nous dans ce roman. Et côté émotion, je dois dire que la flèche a porté.

