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17.4.10

La prospérité du vice, de Daniel Cohen

Je sais, ma présence est rare et mes transitions brutales : après le polar à la suédoise qui n'a de prétention que de vous faire passer un bon moment, voici de quoi alimenter une consistante réflexion... Il y a déjà plusieurs semaines que j'ai lu cet excellent livre, et il continue de me servir de boussole, pour alimenter mes réflexion, et décrypter l'actualité du monde...

Daniel Cohen est économiste, professeur à l’École Normale Supérieure et éditorialiste associé au journal « Le Monde ». Son dernier ouvrage, La prospérité du vice, est sous-titré Une introduction (inquiète) à l’économie.
Relativement court (280 pages) et facile à lire, cet ouvrage n’apporte pas de « solution miracle » pour sortir de la crise dans laquelle nous sommes actuellement. Et c’est certainement l’un de ses grands mérites. L’autre, c’est qu’il retrace, depuis les origines de l’humanité, les différents systèmes économiques, les analyses qui en ont été faites, et les théories fondatrices des grands courants de la pensée économique. La mise en perspective historique et géopolitique permet d’identifier les éléments – innovation, nouvelle contrainte, ambition ou décision politique – qui permettent à un système économique de se mettre en place, mais aussi comment les différentes théories économiques se sont articulées au fil du temps. Pour finir, il retrace efficacement et très intelligiblement le déclenchement de la crise financière, et les contraintes inédites auxquelles l’humanité contemporaine doit faire face pour mettre en place un système qui lui permette, ni plus ni moins, de se survivre à elle-même.
Il pose ainsi un cadre très concret, documenté et argumenté, pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, évacuant au passage quelques idées toutes faites qui perdurent malgré leur inadéquation dans certains discours. Il permet aux plus audacieux de réfléchir à la manière de construire le monde de demain, et à tout un chacun d’évaluer, pour l’immédiat et le futur proche, la validité des solutions qui sont, ou pas, proposées à l’appréciation des citoyens du monde que nous sommes, économie mondialisée oblige, tous devenus.

Pour se convaincre de l’intérêt du livre, on peut consulter l’interview donnée par l’auteur à La Tribune, ou bien lire quelques critiques dans la presse, peut-être un peu plus étoffées que la mienne : "Lisez Cohen !" nous dit Olivier Jay dans le JDD, "Travaux monumentaux" titre Philippe Alexandre pour l'Express, tandis qu'Alain Sueur, sur Le Blog boursier, donne les principales articulations de l'ouvrage.

Si vous êtes séduits par cet économiste, à la fois brillant et limpide, vous pouvez aussi l'écouter dans de nombreuses vidéos sur Dailymotion.

24.9.09

Orange stressé, par Yvan du Roy

En lisant cet ouvrage, on pourrait se croire dans un mauvais roman de science fiction. Malheureusement, il n'en est rien : le travail d'Yvan du Roy repose sur une enquête auprès des salariés de France Télécom, de syndicalistes, de médecins et d'experts de la santé au travail.

Il montre comment la culture d'entreprise a basculé, depuis la privatisation de l'opérateur historique, vers la recherche du profit à court terme, où tous les moyens sont bons pour "cracher du cash". L'humain n'a plus aucune importance, tout se réduit à des tableaux de chiffres, à des objectifs toujours plus inatteignables avec des moyens toujours plus restreints, et jusqu'à une véritable "robotisation" des employés sur les plateaux d'appels - où l'on vient les chercher aux toilettes s'ils sont absents plus de 3 minutes de leur poste de travail. On se croirait revenu au temps des "demoiselles du téléphone"...

Le personnel est une charge, qu'il convient de réduire au minimum si l'on veut pouvoir continuer de servir de généreux dividendes aux actionnaires, et maintenir le cours de l'action sur les marchés boursiers. C'est le nouveau Graal des dirigeants d'entreprises.

Chez France Télécom, "malheureusement", on ne peut pas organiser de "plan social" si facilement. Une partie du personnel est toujours régi par le statut de fonctionnaire, et par ailleurs, l'entreprise affiche une trop bonne santé financière. Il n'en reste pas moins qu'elle a supprimé 22 000 emplois en 3 ans. Comment ? eh bien justement, entre autres via un management par le stress visant à décourager le plus grand nombre possible de salariés, qu'on amène ainsi au "départ volontaire", après une succession de fermetures de sites les obligeant à se déplacer de plus en plus loin pour rejoindre leur lieu de travail, et des reconversions forcées vers des métiers qui n'ont rien à voir avec les compétences d'origine de chacun, et souvent encore moins avec ses aspirations professionnelles. Le tout assorti d'une culture du résultat immédiat et une absence d'accompagnement dans le changement.

Vous vous demandez pourquoi tant de salariés se sont suicidés chez France Télécom ? Lisez ce livre, vous comprendrez.

Au passage, Yvan du Roy rappelle sous l'influence de quels lobbies s'est mise en place la réglementation européenne qui vise à mettre en concurrence toutes les activités de services, y compris celles qui étaient précédemment considérées comme "publics", et d'intérêt national. On y comprend clairement que tout cela n'a rien à voir avec l'efficience, et tout avec l'idéologie... dont on voit bien aujourd'hui qu'elle peut tuer, si si, même quand elle est libérale.

Au delà d'une simple chronique de l'entreprise qui a si tristement fait la une des médias ces dernières semaines, cet ouvrage met en évidence les conséquences de cette "idéologie du chiffre", sa traduction dans le quotidien des salariés, déjà à l'oeuvre dans d'autres entreprises, et qui pourrait bien demain s'étendre encore : France Télécom constitue en effet une sorte de "laboratoire" de la transformation de services publics en entreprises soumises aux règles du capitalisme financier, où on les applique sans doute avec d'autant plus de violence qu'elles y sont "nouvelles", et que les salariés ne sont pas forcément préparés à se défendre contre ces méthodes insidieuses, et absolument scandaleuses.

Florence Noiville, auteure de "J'ai fait HEC et je m'en excuse", interrogée par Marianne 2 explique très bien comment la formation des dirigeants actuels exclut totalement la prise en compte du facteur humain, et conduit donc très logiquement à ce type de dérive.

La crise financière de septembre 2008 n'a rien changé dans la régulation et le fonctionnement du capitalisme financier.
La crise des suicides chez France Télécom restera-t-elle aussi inutile ? Assistera-t-on enfin à une vraie prise de conscience, et surtout de mesures, tant chez les hauts dirigeants d'entreprises que chez les politiques ? C'est à souhaiter, et pour très vite !

Pour une fois, je ne vais pas chercher de critiques de blogueurs pour cet ouvrage. A la place, je vous laisse en compagnie de l'auteur, interviewé par Backchich :


France telecom : "orange stressé"
envoyé par bakchichinfo. - L'info video en direct.

Vous pouvez également lire un extrait de l'ouvrage sur la page d'accueil des éditions La Découverte.

28.3.09

Capitalisme et pulsion de mort, de Gilles Dostaler et Bernard Maris

Hum, vous allez dire que j'ai des lectures bien sérieuses en ce moment... Ce n'est pas faux. Utilitaires en tous cas. Besoin de comprendre le monde dans lequel je vis, et de m'orienter dedans.

Dans cet ouvrage, les auteurs, spécialistes de l'économie, mettent en parallèle la pensée de Keynes et celle de Freud. Économie et psychanalyse ? Eh bien c'est un parallèle très pertinent, où il est démontré que la thésaurisation de l'argent est mue par la pulsion de mort, et que le capitalisme nous mène droit à la destruction, de la planète bien sûr, et par contrecoup évident, de l'humanité... ce que bon nombre d'idéologues du libéralisme ou de capitalistes pratiquants semblent régulièrement oublier, à moins qu'ils ne se disent que le déluge, ce sera après eux, et qu'en attendant, autant en profiter...

Totalement dans l'actualité de la crise, cet ouvrage est cependant le fruit de 10 ans de recherche : il arrive juste à point nommé pour nous éclairer sur la nature de ce que nous sommes en train de vivre, et peut-être, trouver des voies pour en sortir "par le haut". Mais si les pays les plus libéraux redécouvrent aujourd'hui le bien fondé de la régulation, et si le "développement durable" apparaît de plus en plus régulièrement comme le nouveau cheval de bataille de nombreux industriels, il sera nécessaire d'être particulièrement vigilant pour qu'il s'agisse d'un véritable tournant de civilisation, et pas seulement d'un remède momentané ou d'un masque aimable pour continuer de plus belle dans la voie de la croissance folle qui nous étouffera sous les immondices de la société de consommation, et de l'économie financière dont on peut aujourd'hui mesurer... la démesure. Oui, il est vraiment temps de prendre un nouveau chemin, car tous les économistes, depuis que cette "science" existe, sont formels : le capitalisme à outrance, c'est de plus en plus de richesses inutiles dans un très petit nombre de mains, pendant que ceux qui les produisent voient leurs revenus s'amenuiser de plus en plus, pour ne leur permettre que de survivre. Keynes, dans ses plus belles utopies, mais Marx aussi d'ailleurs, disait qu'une fois les choses en ordre, il suffirait de 3 heures de travail par jour pour assurer sa subsistance, et que le reste du temps, on pourrait se consacrer à la culture ou au jardinage (ce qui n'est pas forcément la même chose ;-) Cela suppose évidemment un peu plus de sobriété dans nos modes de vie, et un meilleur partage des richesses... Mais ça vaut la peine d'y réfléchir et de se battre, non ?

En attendant, lire cet ouvrage permet de revisiter des pans parfois peu connus de diverses théories économiques et psychanalytiques, de s'apercevoir que bien des choses sont découvertes et énoncées depuis longtemps (relire Aristote), et que les sociétés "primitives" avaient des modes de régulation finalement assez efficaces, à la fois fortes symboliquement et compréhensibles par tous. Et, comme on peut le constater en se penchant sur le mode de vie traditionnel des Indiens d'Amérique par exemple, très respectueux de la nature, qui en contrepartie fournissait l'abondance. Pourquoi ces civilisations n'ont-elles pas survécu ? Hum, parce que pulsion de vie et pulsion de mort sont toujours étroitement liées, parce que l'homme n'est pas "naturellement bon" comme le prétendait Rousseau, mais qu'au contraire c'est un prédateur. Le capitalisme semble être une prédation particulièrement sophistiquée, qui s'est en quelques décennies seulement, approprié le progrès technologique, aliéné le temps des hommes et les croyances religieuses pour proclamer une fausse égalité qui permet à quelques uns seulement de s'approprier les richesses...

Pas identifié de critique d'internaute sur ce livre, mais un papier très explicatif sur Rue89, et une critique assortie d'une vidéo de Bernard Maris sur Marianne2

24.3.09

Les Japonais, de Karyn Poupée

Je m'aperçois que j'ai oublié de vous parler de cet excellent livre, acheté dans le cadre d'une recherche professionnelle, et que j'ai dévoré comme un roman.

Karyn Poupée, française installée au Japon, correspondante de l'AFP et du groupe Chronos, cabinet de réflexion sociologique et prospective, vous fait vivre le Japon comme si vous y étiez.
Pour nous permettre de comprendre le Japon contemporain, elle nous rappelle l'histoire récente de ce pays fascinant, avant de nous plonger dans un quotidien saturé de High-Tech, où tous les acteurs de la société, individus comme entreprises, semblent obsédés par la perfection... et croire que la technologie permettra de l'atteindre.

C'est tour à tour bluffant, sidérant ou ridicule à nos yeux d'occidentaux, mais cela nous permet de comprendre ce qui parfois nous semble inconcevable, et de dégager quelques principes intéressants à transposer dans notre société pourtant si différente.

Le propos de l'auteure, qui semble parfois trop enthousiaste, est pondéré à la fin de l'ouvrage par une réflexion plus critique sur les perspective d'évolution du "modèle japonais".

Truffé de chiffres récents et d'informations concrètes, l'ouvrage est écrit d'une plume alerte, et on dévore ses 500 pages sans s'ennuyer une minute.

Malheureusement, le papier du Monde est en archive payante, mais on peut lire le papier de présentation de BiblioMonde.

Karyn Poupée anime également un blog, "En direct de Tokyo", où vous pourrez trouver des extraits de presse à propos de son livre, et d'autres articles sur la vie au Japon.

Edit du 29 juin : La journaliste Karyn Poupée lauréate du prix Shibusawa-Claudel
Un prix bien mérité ma foi!

23.3.09

L'art de l'essentiel, de Dominique Loreau

Peu de temps pour lire en ce moment... Pour dire le vrai, j'ai passé le dernier mois à travailler non stop, ou presque... Mais un jour que j'avais manqué mon vol et devais donc patienter jusqu'au suivant, je suis allée traîner au Relais H d'Orly Ouest. En général, c'est amusant, les livres qui me sautent dans les mains quasiment par hasard sont en réalité en résonance avec mon ressenti profond du moment.

Depuis de longs mois, j'ai envie et besoin d'alléger ma vie. Les modèles proposés par notre belle société de consommation me déplaisent de plus en plus : non seulement ils sont inadaptés et aberrants au regard des ressources de notre planète, mais en plus, ils sont aliénants pour l'homme, et n'apportent aucune satisfaction profonde.

Dépouiller sa manière de vivre n'est pas, contrairement à ce qu'on pourrait croire, une démarche austère, ni une "purge" qu'on devrait avaler comme une punition, mais une libération joyeuse.
C'est ce que dit Dominique Loreau dans ce livre à la belle couverture, et sa lecture m'a singulièrement apaisée et motivée à démarrer enfin ce "grand nettoyage de printemps" bien nécessaire pour libérer l'espace de mon petit appartement. Petit ? Hum, une fois que je me serai débarrassée de toutes les choses inutiles qui l'encombrent, il sera finalement bien assez grand pour moi, et je perdrai moins de temps à chercher mes affaires, à les ranger, à les entretenir, puisque j'en aurai moins. Je me sentirai aussi plus libre de partir emménager ailleurs si finalement j'en ai envie quand même, car le déménagement sera bien plus facile à gérer. Et surtout, je vais commencer à retrouver enfin du temps pour les choses qui m'intéressent vraiment (comme la lecture). Sans parler de cette extraordinaire sérénité qui me gagne en m'apercevant qu'in fine, je n'ai pas besoin de tant que ça pour vivre... et que je serai donc toujours capable d'y pourvoir...

Oui, vraiment, le petit livre de Dominique Loreau fait du bien.

D'après Baronnette, "l'art de la simplicité", son précédent ouvrage, était mieux. Visiblement dans la même veine, si l'on en croit l'entretien de Nouvelles Clés avec l'auteure... Et oui, c'est vrai que sa manière d'aborder les choses est très personnelle, moi non plus je ne suis pas d'accord avec tous les conseils. Mais l'idée générale est intéressante, y compris dans la manière dont elle en fait un "système" pour l'appliquer à tout. Ensuite, il ne reste plus qu'à réfléchir à la manière dont soi-même on veut l'appliquer, pour devenir plus authentique et plus léger...

10.9.06

La soumission librement consentie, de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois

C'est la rentrée : un peu de lecture "sérieuse" s'impose ! Pas d'inquiétude cependant : Beauvois et Joule sont très faciles à lire, et avec humour, ils mettent la psychologie sociale à la porté de tous. Théorie et résultats concrets de recherches-actions alternent pour nous permettre de comprendre les mécanismes de l'engagement.
Vous rêvez de modifier le comportement de vos élèves, de vos équipes, ou tout simplement de vos enfants ? Lisez ce livre, et vous accèderez à des techniques étonnament efficaces.
Il vous faudra cependant au passage laisser de côté quelques idées reçues. Par exemple, récompenses et punitions sont bien moins efficaces que le libre choix explicite. Ou encore, il importe moins de convaincre du bien fondé d'un comportement que d'y engager son auditoire au travers de quelques actes préparatoires, souvent simples, mais judicieusement choisis. Enfin, et ce peut être une idée choquante, quoique déjà exprimée dans le cadre de la psychologie sociale, l'être humain met plus facilement ses opinions (attitudes) en accord avec ses actes (comportements) que l'inverse...
En fin d'ouvrage, les auteurs répondent à la question de l'éthique. Manipulation ? Certes, c'était d'ailleurs dans le titre de leur précédent ouvrage grand public, qui connut un grand succès de librairie, et tout aussi intéressant : Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens. Ils y répondent de manière somme toute assez conventionnelle pour des scientifiques : les techniques en elles-mêmes ne sont porteuses d'aucune morale, c'est à celui qui s'en sert de s'interroger sur la noblesse des buts qu'il poursuit en les utilisant.
Personnellement, je me pose d'autres questions : ces techniques seraient-elles aussi efficaces si tout le monde les connaissait ? Et ne sont-elles pas liées à un environnement culturel précis, susceptible de changer dans le temps et selon les cultures ? En attendant, comme les lecteurs de Beauvois et Joule sont encore minoritaires dans la population, je m'en vais tester quelques uns de leurs principes pour vérifier que j'ai bien tout compris !

Peu de commentaires de lecteurs sur le net. On trouve une présentation du livre assez détaillée sur le site de Philippe Coutant, une recension sur les Cahiers Pédagogiques, et une fiche de lecture sur Radio Canada. Psychologie Sociale propose une interview de Robert-Vincent Joule. Sur un site de la Commision Européenne, on peut voir la vidéo d'une conférence de Robert-Vincent Joule, (en français, même si le titre de la conférence est donné en anglais) qui présente les principaux thèmes abordés dans le livre. On peut aussi trouver quelques analyses découlant directement des recherches de Beauvois et Joule, sur les sectes ou le tabaggisme. Enfin, deux étudiants de l'université de Bretagne Sud ont testé la théorie dans une expérimentation sur l'e-mail. Intéressant.

14.8.06

Le pacte d'Awa, d'Agnès Boussuge et Elise Thiébaut

Revenons en Afrique : je n'ai pas terminé de lire la moisson de bouquins identifiés suite à la conférence "Sexualité et ordre social en Afrique". Le pacte d'Awa, pour en finir avec les mutilations sexuelles, est un petit ouvrage documentaire très bien fait et très facile à lire.

Témoignages, chiffres clefs, actions entreprises par les associations pour faire reculer ces pratiques, explications historiques, culturelles et religieuses : en quelques dizaines de pages, on comprend le phénomène, son ampleur, et comment on peut agir. A mettre entre toutes les mains, en particulier celles des pédagogues ... et des enfants (à partir de 13 ans) d'origine africaine, qui peuvent être confrontés à ces pratiques en Europe, ou lors d'un retour au pays, parfois à l'insu de leurs parents.

On peut trouver une bonne présentation du livre sur Afrik.com, et sur Les Pénélopes.

22.5.06

La fin de la télévision, de Jean-Louis Missika

Jean-Louis Missika est spécialiste des médias, enseigne la communication politique à Sciences-Po Paris, et dirige une société de conseil en stratégie.
Il a récemment commis cet excellent petit bouquin pour tout comprendre de l'évolution de la télévision, de ses débuts à son futur. La mise en perspective est très intéressante, et j'aime bien l'analyse sociologique, à la portée de tous sans pour autant être simpliste.
A mon avis aussi utile aux professionnels du domaine qu'aux simples téléspectateurs qui veulent comprendre ce qu'est leur télévision, et ce qu'elle va devenir.
Si vous vous intéressez au sujet, une fois n'est pas coutume, je vais commencer par des liens vidéo, vers l'intéressante émission 8-Fi, que l'on peut voir depuis le site ZDNet :
Restons dans les "nouveaux médias", avec le chat de Jean-Louis Missika sur l'Internaute, et le forum du NouvelObs.
Poursuivons avec des interviews audio, sur Radio Canada, et sur TéléramaRadio.
Des retranscriptions d'interviews, sur LaLibre, quotidien belge, Technikart, TV Bruits, et La Croix.
Trois critiques, plutôt positives, sur le blog de Guillaume Planet, dans la revue Esprit, et sur "la république des livres", le blog de Pierre Assouline.
Pour finir, les archives de l'émission de France Culture, pour sa bibliographie, qui vous permettra d'élargir votre point de vue sur la question.

7.5.06

Essai d'exploration de l'inconscient, de Carl Gustav Jung

Dernier ouvrage écrit par Jung, Essai d'exploration de l'inconscient peut être considéré comme une bonne introduction à l'oeuvre du psychanalyste, qui commença par adopter les théories freudiennes avant de s'en éloigner très largement pour suivre sa propre route. Introduction, parce que le livre est très facile à lire. Mais aussi parce qu'il donne envie d'en savoir plus.
Certes, on peut assez aisément adhérer à l'idée que chaque être humain est double : celui qu'il donne à voir, non seulement dans sa vie sociale, mais même à lui même, et qui constitue son être conscient. Et puis le personnage inconscient, peut-être le plus vrai, mais pas forcément le plus fréquentable pour autant : tout individu doit trouver un juste équilibre entre ces deux instances de sa personnalité. Encore faut-il pour cela laisser les messages de l'inconscient nous parler, ce qu'il font notamment au travers des rêves. Mais les interpréter n'est pas si simple... Ce constat est à la fois rassurant - nous ne nous réduisons pas à une série de comportements stéréotypés qu'on pourrait décoder au moyen d'une banale table de correspondance - et en même temps très frustrant : il est quasiment impossible de mener l'introspection soi-même, sauf à y consacrer sa vie comme le fit Jung lui-même. Pour décrypter ce que nous sommes, et parvenir (peut-être) à une synthèse harmonieuse entre notre conscient et notre inconscient, il faut l'aide d'un thérapeuthe loyal qui accepte de faire la démarche avec soi, une démarche unique pour chacun. Il faut qu'un vrai lien de confiance s'établisse. Pas forcément évident...

Au passage, Jung pointe du doigt la société occidentale contemporaine et son matérialisme, son rationalisme, qui écarte non seulement les croyances, religieuses ou profanes, mais aussi toute pensée symbolique. Cet état de fait accentue les tensions à l'intérieur de chaque individu, rendant sans doute plus indispensable que jamais une démarche volontaire de réflexion et de recherche personnelle, non seulement de son propre équilibre, mais aussi des forces nécessaires pour lutter contre les dérives de l'inconscient collectif, dont les expressions les plus négatives sont en permanence susceptibles d'émerger, et de nous submerger. C'est ainsi notamment qu'il explique le "succès" du nazisme en Allemagne... Effrayant, lorsqu'on voit l'impact grandissant des discours d'extrème-droite dans les pays d'Europe actuellement...

Il y a certainement des centaines de liens sur Jung et son oeuvre. Je n'en donnerai que deux, comme point de départ d'une exploration plus détaillée : la fiche biographique de Wikipedia, et la fiche de présentation du livre sur C.G.Jung, un site entièrement consacré à Jung, avec notamment la présentation de quelques concepts clefs dans l'oeuvre de Jung.

22.4.06

Faut-il brûler le modèle social français ? d'Alain Lefebvre et Dominique Méda

Pour écrire ce bouquin, les auteurs ont utilisé une technique couramment pratiquée en entreprise aujourd'hui : le benchmark, qui consiste à identifier les "meilleurs élèves de la classe" dans un domaine donné, et de se comparer à eux, dans le but notamment d'en adopter les meilleures pratiques.
La technique est froide et efficace. Elle fait de ce livre un excellent ouvrage de référence, exempt de toute attitude partisane, qui se contente de démontrer, chiffres et analyses sociologiques à l'appui, ce qui est reproductible ou non, soutenable ou non sur le long terme pour préserver et développer un modèle social protecteur, redistributif, et constituant un filet de sécurité permettant aux citoyens de s'adapter à l'évolution du monde économique avec un minimum de risque.
Les pays nordiques, à partir de situations souvent plus critiques que les nôtres, sont parvenus à mettre en place ce type de société, qui répond en grande partie à ce que tout citoyen occidental, et sans doute tout particulièrement français, peut souhaiter. Le caractère vertueux de ces modèles est avéré, tant sur le plan de l'efficacité économique que du confort social. L'ouvrage démontre que le modèle est transposable dans notre pays. Et les pays nordiques sont tous disposés à mettre à notre disposition leur savoir-faire et leurs analyses, pour nous permettre de gagner en efficacité en utilisant l'expérience d'autrui.

Libération a interviewé les auteurs, qui présentent les points clefs du livre. Pierre Bilger, l'ancien patron d'Alsthom qui a rendu ses 4 millions d'indemnités de départ, fait l'éloge du livre et de la démarche proposée. Daniel Gacoin, consultant expert du domaine social, se montre plus critique en ce qui concerne les voies proposées, qui lui semblent un peu floues. La pédagogie est à construire, oui, c'est certain, ça a toujours été le cas en France, où l'on voudrait pouvoir en faire l'économie... Pour finir, le blog du collectif "Sauvons l'Europe"de Sciences Po, aborde les mêmes thématiques dans un post intitulé "Sauver le modèle social européen".

Update : Les Echos proposent une série de liens et documents intéressants sous l'intitulé : Le modèle social nordique, quelques références, dont le blog d'Alain Lefèvre.

15.3.06

La révolte du pronétariat, de Joël de Rosnay

Dans cet ouvrage, Joël de Rosnay propose une vision de la transformation qui s'opère dans la société contemporaine au travers de l'interactivité du web, et plus particulièrement de la modification des rapports aux médias. Hier "mass media" tels la télévision, avec ses messages délivrés par un émetteur unique vers des millions de téléspectateurs. Aujourd'hui, et surtout demain, grâce aux blogs, wikis, et autres sites de journalisme collaboratif, émis par "les masses pour les masses". En poussant un peu plus loin le raisonnement, le web pourrait permettre l'émergence d'une intelligence collective, qu'il s'agisse de co-développer nos applications de demain, ou de partager la connaissance.

Joël de Rosnay nous précise qu'il a souhaité valoriser les pans positifs de ces évolutions technologiques, et du courant participatif qui semble en effet émerger ces dernières années. Cependant, il me semble que faire l'économie "du versant noir de la force", c'est amputer la valeur du livre et le raisonnement du lecteur.

En tant que chercheur, on s'attendrait à une plus grande rigueur méthodologique. L'observation des tendances de fond de la société ne s'analyse pas seulement au travers des thèmes à la mode dans les médias, les "blogs de geeks", et autres initiés des nouveautés technologiques du moment. Il manque à la fois un enracinement historique, une analyse sociologique et une vraie prospective économique, qui pourraient nous permettre de mieux situer la tendance, d'évaluer s'il s'agit d'un épiphénomène ou d'un bouleversement de fond de la société contemporaine.

Si j'adhère assez bien à l'idée d'écosystème, et de sélection darwinienne des nouvelles applications du web 2.0 qui naissent quasiment chaque jour sur le web, je suis nettement plus mitigée sur nombre d'autres points.

Je m'attacherai plus particulièrement à l'analyse du modèle économique. Apparemment gratuit pour les utilisateurs, il est essentiellement basé sur la construction d'audiences monétisables, revendues aux annonceurs publicitaires. Ceci a des conséquences en matière de liberté d'expression et d'information.

Ce principe pousse à la concentration, que l'on peut déjà voir à l'oeuvre au travers des nombreux rachats de start-ups par Yahoo!, ou par des grands groupes de presse, tels Rupert Murdoch avec MySpace. On peut légitimement se demander ce qu'il en sera demain des "espaces de liberté". L'attitude de Google en Chine, si décriée dans les médias ces derniers temps, est emblématique de ce qui peut se passer : que l'opinion publique manque de puissance dans un pays à la démocratie douteuse, et la liberté disparaît.

Concernant plus précisément les blogs, si quelques uns commencent en effet à émerger en termes d'audience, il ne faut pas se faire d'illusion : il y aura peu d'élus. Parce qu'il faut du temps (et des compétences) pour écrire un bon blog et l'alimenter régulièrement. Parce qu'il faut du temps pour lire, et que les internautes se concentreront sur quelques blogs et sites, ceux-là même dont parlent... les grands médias. Voir par exemple l'excellent blog de Jean-Michel Billaut dont les audiences ont bondi... juste quand Le Monde s'est mis à en parler. D'autre part, les systèmes de tags et de notation divers permettant aux internautes d'indexer des contenus concentrent également les audiences, comme le fait le Page Rank de Google. En conclusion, peu seront ceux qui pourront en tirer profit, sauf peut-être pour renforcer leur crédibilité dans leur environnement professionnel. Mais en aucun cas le moyen de se passer d'un salaire dans un job bien réel... comme c'est le cas d'ailleurs également pour les écrivains qui publient des livres de papier : seuls une vingtaine en France peuvent vivre exclusivement de leur plume.

Par ailleurs, au moment où tous les grands journaux réduisent drastiquement le nombre de journalistes (voir tous les récents conflits de presse, et souvenons nous que TF1 n'a plus que 4 ou 5 envoyés permanents à l'étranger), et où tous les journaux recopient les dépêches de 3 ou 4 grandes agences, Joël de Rosnay rêve que les bloggeurs de tous les pays pallient ces carences, en rendant compte de ce qui se passe près de chez eux. OK, l'idée est belle. Mais je suis toujours sceptique lorsqu'il s'agit de remplacer des compétences professionnelles (même si nous les trouvons régulièrement défaillantes) par des amateurs. Comment rendront-ils compte de l'information ? Comment la recouperont-ils ? Comment saurons nous "d'où" ils parlent, quelles idées ils défendent, en l'absence de toute "enseigne" de presse pour donner une indication sur leur ligne éditoriale ?

Quant à ceux qui développent ces fameuses applications du web 2.0, Flickr et autres del.icio.us, les meilleurs en effet s'en sortent... en se vendant aux grands groupes, et en perdant aussi leur liberté. Certains sans doute la reprendront pour recréer ailleurs de nouvelles applications plus innovantes encore. Pendant ce temps, combien de développeurs n'ont pas touché un cent en contrepartie des lignes de codes qu'ils ont mises à la disposition des utilisateurs ? Et si les grands groupes préfèrent acheter des start-ups que de développer leurs applications "maison", c'est évidemment parce que ça leur coûte moins cher. On ne paie que ce qui marche, pas le risque pris par ceux qui ont débroussaillé pour d'autres sans connaître le succès. Globalement, ce nouveau mode de fonctionnement est destructeur de valeur, parce qu'il remplace des services payants par des services "gratuits", et parce qu'il ne paie pas la R&D. En exacerbant la compétition de la sorte, et en en faussant les règles du jeu, on accroît à terme les inégalités, et on laisse "sur le carreau" des gens dont le travail était rémunéré dans les systèmes précédents. Personnellement, je ne crois pas à la théorie de "la main invisible". Elle ne profite qu'aux nantis.

L'intelligence collective ? Oui, elle pourrait fonctionner efficacement... si on la laissait faire. A titre d'exemple, on peut constater que les réseaux de communication les plus robustes sont... ceux des fourmilières, suivis de près par les villes médiévales, les médinas et les bidonvilles. Toutes constructions qui ne sont organisées par aucun "grand architecte". Dès que vous mettez un urbaniste ou n'importe quel chef dans le coup, ça se gâte... Dans le monde d'Internet, il y en a déjà qui ont les moyens de jouer aux "grands architectes" et de gâter le travail !

Comme d'habitude, voici quelques liens pour lire d'autres critiques... et même un lien pour acheter le bouquin, si je ne vous ai pas découragé ! Hubert Guillaud d'InternetActu est assez critique, et Joël de Rosnay lui répond en commentaire. Le Point propose deux critiques, celle d'Eric Dupin, et celle de Claude Allègre, qui en fait le point de départ d'un intéressant débat sur la gratuité, qu'il faudrait ma foi poursuivre, c'est d'actualité.
L'endroit où vous trouverez le plus de critiques... c'est sur le blog "La révolte du pronétariat" ouvert pour accompagner la sortie du livre. Le Journal du Net propose la retranscription d'un chat avec l'auteur.

18.12.04

Conversations impudiques, de Madeleine Chapsal & Edouard Servan-Schreiber

Ce livre, tout le monde devrait le lire.

Sans tabou mais sans vulgarité, il parle de la sexualité comme peu de livres en parlent. Au delà des découvertes qu'il nous propose (je crois que chacun y apprendra au moins une chose qu'il ne savait pas ou mal), il fait la part belle à la connaissance de soi, à l'émotion et aux sentiments, ingrédients indispensables selon moi à une sexualité épanouie.

Il dit surtout que la sexualité est communication, et que pour la réussir il faut communiquer. Ce genre de conversation impudique, on devrait l'avoir dans chaque couple, même si comme d'ailleurs c'est bien dit dans le livre, ce n'est pas toujours simple d'en parler, et surtout de trouver les mots justes, qui ouvrent sur un véritable échange sans blesser l'autre. On devrait aussi sûrement en parler avec ses meilleurs amis, ne serait-ce que pour s'apercevoir qu'on n'est pas seul à s'interroger, à se sentir maladroit, à se "débrouiller" comme on peut pour apprendre à se connaître et à connaître l'autre. Car pour moi, ce livre nous parle avant tout de la condition humaine, et met en perspective ce que nous avons d'universel face à la sexualité (le doute, l'émotion, les échecs, les pulsions...), et ce que nous avons de spécifique, d'unique, qui rend fragile (mais passionnante) la recherche du compagnon ou de la compagne avec qui s'autoriser cet état d'abandon qui permet le vrai partage.

Peu de critiques de ce livre sur le web. Une fiche synthétique sur psychologies.com, une critique intéressante sur newsfutures.com, et le papier le plus complet sur le blog du Centre de ressources pour l'égalité entre les sexes.
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