L'aube le soir ou la nuit, de Yasmina Reza

Je l'ai déjà dit, j'aime bien Yasmina Reza, surtout son théâtre. J'avoue avoir été décontenancée lorsque j'ai appris qu'elle avait décidé de suivre Nicolas Sarkozy durant sa campagne électorale, et d'en faire un livre. L'ouvrage a fait l'objet de la publicité que l'on sait. A priori une seconde bonne raison pour que je ne l'achète pas. Et puis, j'ai entendu "le masque et la plume", et je me suis laissée séduire tout haut par la critique de l'ouvrage. Deux jours après, il était sur mon bureau, revêtu d'un joli bandeau rouge sombre décoré de l'écriture manuscrite de l'auteure en lettres dorées : Dino s'était arrêté dans une librairie pour me l'acheter...

Sur le plan littéraire, elle est forte. C'est une femme de théâtre, elle sait camper les personnages. Le Sarko, on l'a vraiment sous les yeux, dans son salon. Bon, c'est vrai qu'il est tellement médiatisé que c'est difficile de ne pas entendre le son de sa voix tinter à son oreille à la seule évocation de son nom, et ça perturbe sans doute un peu la perception qu'on peut avoir du talent de l'auteur en la matière... Elle nous le montre façon "envers du décor", et d'aucuns pourront dire que le petit Nicolas a été "gonflé" de la laisser faire avec une telle liberté. Mais en réalité, il adore qu'on le trouve gonflé, et cela n'a finalement rien d'un exploit...

Au-delà d'un portrait qui n'est pas réellement complaisant, mais encore moins critique - on sent qu'elle est séduite - elle nous livre une réflexion sur ce qui qualifie le mieux cet homme-là : l'ambition. Et la vanité de l'ambition politique, dirai-je même...

Au fil que la campagne se déroule, alors que les sondages sont de plus en plus favorables au candidat - qui poursuit tambour battant son tour de France et autres lieux -, étrangement, le climat du livre devient de plus en plus morne.

Page 126, elle écrit : "Dans mon cahier, les jours s'égrènent et se confondent, frénésie monotone où cependant l'histoire s'écrit. Il n'y a pas de lieux dans la tragédie. Et il n'y pas d'heures non plus. C'est l'aube, le soir ou la nuit."

Elle pointe du doigt la vanité de cette course, la perte de la vie, au sens littéral, page 164 : "Il dit cette phrase en revenant de Bretagne, je suis étranger à mon passé. La seule chose qui m'intéresse, c'est cet après-midi, demain. Je lui demande pourquoi ce n'est pas tout de suite. Je dis ce n'est jamais le présent qui vous intéresse, vous vivez en perpétuel devenir. Il réfléchit. Il en convient. Je dis vous sacrifiez des instants qui ne reviendront jamais, vous brûlez des jours que vous ne connaîtrez jamais. Il dit, oui."

A la toute fin du livre, ils sont à l'Elysée, dont il est désormais le nouveau locataire. Ils parlent en tête à tête, page 183 : "Je suis assise, à la même place que la dernière fois. Et lui sur sa banquette : "Je ne peux pas te dire que je suis malheureux... Me voilà enfin débarrassé de ce fardeau... " Il est en blue-jean. Pendant qu'il parle, il nettoie sa montre avec un mouchoir blanc. "Gagner, c'est plaire, dit-il, mon métier, c'est décider. J'étais beaucoup plus inquiet de ma capacité à plaire."

Hum. C'est pourtant sa capacité à plaire, et son désir en la matière qui sont le plus visibles. Sa capacité à décider, et surtout à mon avis personnel le contenu des décisions, sont nettement plus contestables....

Au final, si la lecture du livre est agréable, et si la démarche pouvait avoir quelque chose de séduisant, d'inusité par sa liberté, le livre ne nous apprend rien qu'on n'ait su avant même d'en ouvrir les pages : comme elle le dit à plusieurs endroits du livre, les hommes politiques, et celui-là en particulier, sont des petits garçons qui jouent leur va-tout pour se prouver qu'ils peuvent séduire, et gagner la place qui brille. C'est dans cette bataille là qu'ils mettent toute leur intelligence et toute leur énergie. Et après ? En refermant ce livre, et pour cet homme-là en particulier, j'ai envie de dire : rien.

Bien sûr, vu le battage médiatique savamment orchestré autour du bouquin, des critiques, on en trouve à la pelle sur le net. J'aime bien celle de La République des Lettres, Libé le descend, Le Figaro cire les pompes de Sarko, rien que de très normal... Du billet de Pierre Assouline, je retiendrai finalement le commentaire de Simon, parce que oui, on a dépassé le stade de l'overdose. mais ça n'est pas fini, les gars, on en a pris pour 5 ans (au moins !). Chez FOG (Franz Olivier Giesberg, pour les intimes), je soulignerai aussi les commentaire, celui-là par exemple ,-)
Bon, et les bloggeurs, les vrais, ils n'en parlent pas ? Sans doute à la centcinquantedouzième page de résultats de Google, après tous les journalistes...
Bah, si vous ne l'avez pas lu, vous avez bien raison, retournez plutôt voir "Art", quelqu'un l'a mis à disposition sur DailyMotion... et là est le vrai talent de Reza.

Update du 24 octobre : juste pour poser un lien vers ce papier de Largeur.com, découvert grâce à l'une de mes collègues aujourd'hui. Amusant, je me sens tout à fait en phase avec l'approche de ce critique.

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Le Moine, de Matthew Lewis

Je découvre à l'instant une version eBook de ce livre sur FeedBooks, dans le cadre de mes pérégrinations autour du livre électronique. J'ai lu il y a déjà longtemps l'adaptation d'Antonin Artaud, qui figure en tête de ma liste de "classiques". Celle qui est proposée ici est la traduction de Léon de Wailly, notée comme "la seule exacte" par Artaud dans sa préface. L'occasion de me replonger dans ce texte très prochainement (ma PAL grossit à vue d'oeil, tandis que des sollicitations de tous ordres mangent le temps que je pourrais consacrer à lire...).

Mais je ne résiste pas au plaisir de vous proposer de le découvrir tout de suite, c'est une grande lecture !

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Le Rayon Vert, de Jules Verne

On lit habituellement Jules Verne durant l'adolescence, mais je fais exception à la règle. Je n'étais pas tentée, dans mon esprit, c'était de la littérature de garçon.

Grâce aux eBooks libres et gratuits, on peut accéder gratuitement à la quasi intégralité de l'oeuvre de Jules Verne, et j'ai donc décidé de m'y mettre.

J'ai commencé par Le Rayon Vert, qui nous conte une histoire rocambolesque. Les deux oncles d'Helena Campbell ont décidé de la marier. Seulement voilà, le jeune pédant Aristobulus Ursiclos qu'ils lui proposent pour époux n'est pas du goût de la demoiselle, qui décrète qu'elle se mariera uniquement lorsqu'elle aura vu le rayon vert, ce fugace éclair couleur de jade qu'on ne peut apercevoir qu'au bord de la mer, lorsque le soleil se couche par un soir sans brume ni nuages. Pas forcément simple en Ecosse. Mais il paraît que lorsqu'on l'a vu, on "voit clair dans son coeur comme dans celui des autres". Très indiqué avant de se marier ! Voici donc toute la maisonnée en route pour Oban, au bord de la mer, et de là pour un véritable périple dans les îles Hébrides, à la poursuite du curieux phénomène. De multiple péripéties se mettront en travers des projets de la jeune fille... et Olivier Sinclair de celui des oncles...

Après lecture, je confirme que c'est idéal pour les adolescents qui aiment l'aventure... et pour les amateurs de géographie, car Verne décrit très bien les lieux traversés par ses héros. Les personnages sont moins fouillés.

Je vais sans doute poursuivre ma découverte par Michel Strogoff, dont j'ai vu adolescente une adaptation cinématographique qui m'avait beaucoup marquée, et Les tribulations d'un chinois en Chine, parce-que le titre m'a toujours fait rire, et qu'il s'agit d'un roman d'initiation.

Aucune critique de bloggeur trouvée pour ce livre, mais une intéressante page de Jacques Corvisier sur ce roman et le phénomène du rayon vert, et une bibliographie commentée de Jules Verne sur le site de Philippe Bédard, qui donne également une série de liens vers des sites consacrés à Jules Verne

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Chéri, de Colette

J'ai lu peu de livres de Colette. Le blé en herbe, je crois, et La Chatte. Ma mère faisait la moue lorsqu'on évoquait le nom de cet auteur, et sa réticence m'est restée.

Chéri évoque le monde des courtisanes, celles qui ont su utiliser leur beauté et leurs charmes pour se constituer une "situation" qui leur permet de vivre confortablement en toute indépendance. Léa approche la cinquantaine, et vit, depuis 7 ans, une idylle un peu sulfureuse avec "Chéri", un jeune homme de 24 ans son cadet. Mais voilà que la mère du jeune homme décide qu'il est temps de marier son fils. Léa part en voyage, laissant croire qu'elle a un nouveau galant dans sa vie... Va-t-elle se résoudre à "faire une fin" avec un homme de son âge, tant qu'elle est encore assez belle pour être courtisée ?

Au démarrage, le livre est un peu irritant : univers de frivolité et de paresse, préciosité des décors et du verbe de l'auteure, tournures et vocabulaires parfois franchement désuets, personnages superficiels occupés de leur seule apparence, rapports "vachards" entre les personnage, où il importe surtout de ne pas perdre la face quitte à y perdre toute authenticité. Pourtant, Chéri trouve à notre époque une nouvelle modernité : les questions et les angoisses de Léa rejoignent celles que se posent aujourd'hui les femmes divorcées, qui après avoir profité de leur indépendance, s'interrogent sur la fin de leur vie, et la recherche d'un compagnon stable, après s'être lassées du papillonnage... La fin du livre est inattendue, les personnages finissant par rompre avec les pures apparences pour abattre leurs cartes, et trouver une certaine noblesse qui les rend plus attachants.

A telle enseigne que je lirai sans doute La fin de Chéri... même si Colette de toute évidence n'est pas mon auteur favori.

Apparemment, on ne lit plus beaucoup Colette, car je n'ai pas trouvé d'avis de lecteurs. Par contre, cette analyse psychanalytique du thème de la séparation qui évoque le livre de Colette est intéressante...

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Isabelle, d'André Gide

Me voilà partie dans une nouvelle aventure livresque grâce au test d'un ePaper iLiad qui me permet de lire agréablement des livres électroniques. L'occasion de réviser mes classiques via les bibliothèques numériques gratuites, qui proposent des ouvrages tombés dans le domaine public.

Je ne me souviens pas avoir déjà lu Gide.

Isabelle est un roman assez court, une petite centaine de pages, qui se lit rapidement. Il s'agit d'un souvenir amoureux... qu'on pourrait quasiment qualifier de virtuel, tant la confrontation entre les protagonistes est brève. Le jeune homme, un étudiant, est d'ailleurs autant intrigué et curieux qu'amoureux de cette mystérieuse Isabelle, mère du petit Casimir que l'étudiant rencontre chez ses grands-parents. Je n'en dirai pas davantage pour ne pas déflorer le récit, construit pour ménager un certain suspens.

L'écriture est alerte, et nous fait partager à la fois le mode de vie de l'époque et les émois du jeune homme, vif et enthousiaste comme le veut son jeune âge.

Côté lecteurs, Bibliotheca et La caverne des livres le recommandent. Et pour un commentaire savant, on peut lire Albert Thibaudet.

Le livre est téléchargeable en format html ou txt sur Project Gütenberg.

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