Le Maître et Marguerite, de Mikhaïl Boulgakov

Ce livre, c'est l'un de mes plus vieux amis qui m'en avait conseillé la lecture. Il y a déjà longtemps. Je l'ai commencé, et laissé de côté : je crois que pour chaque livre, il y a un "moment". Tel ouvrage que vous avez adoré vous semblera bizarrement fade ou sans intérêt quelques années après. Tel autre auquel vous n'avez pas accroché hier vous tiendra demain en haleine, sans que vous compreniez forcément pourquoi...

Celui là, je l'ai repris à la rentrée. Et là, je me suis mise à apprécier l'humour décapant de Boulgakov, son sens de l'absurde, sans doute indispensable pour survivre dans la Russie soviétique... en tous cas telle qu'il la décrit, et ses incarnations du Diable, accompagné d'improbables sbires à gueule cassée et d'un chat trop gros et trop humain pour être honnête.

Toute cette petite troupe, et troupe est bien le mot, car elle va se produire aux Variétés, éminent lieu du théâtre moscovite, mais aussi en moult autres endroits de la ville, pour donner aux Moscovites quelques leçons, parfois étonnamment moralistes, parfois beaucoup moins, mais très suivent cuisantes. En tant que prestidigitateur, Woland, le Diable en personne donc, fera notamment pleuvoir sur les spectateurs une pluie de billets de banques, mais aussi quelques vêtements de luxe, qui vaudront aux femmes soit disant les plus distinguées de la ville de se retrouver ... en petite culotte en pleine rue le lendemain. Car, à l'instar du carrosse de Cendrillon, les cadeaux de Woland se volatilisent une fois l'enchantement passé... mais laissent quelques stigmates à ceux qui se sont montrés trop cupides. Ainsi, même quand on manque, il faudrait savoir rester sobre ! Hum, diaboliquement moral en l'occurrence.

La belle Marguerite n'intervient qu'assez tard dans le roman, et on se demande quand l'héroïne du titre va enfin nous apparaitre. Belle, amoureuse du Maître, nostalgique et passionnée, loyale et diabolique, candide et curieuse, Marguerite est une sorte de femme idéale, mais ambigüe, capable d'un amour sans limite et d'un pragmatisme stupéfiant. Il faudra qu'elle en passe par les quatre volontés du Diable, et en l'occurrence qu'elle lui tienne lieu de maîtresse de maison à l'occasion de son bal annuel, que Woland a décidé cette année là de donner à Moscou, pour retrouver son Maître chéri. Le Diable tiendra sa promesse, et elle sera réunie, pour l'éternité, à ce Maître condamné à croupir dans un inénarrable hôpital psychiatrique pour avoir osé écrire une vie de Ponce Pilate...

Je ne sais pas si j'ai tout saisi, dans ce roman foisonnant qui ouvre mille portes sur les différentes facettes de la nature humaine, mais je conserve au final un bon souvenir de ma lecture. Mais je crois que j'ai un peu de mal avec le burlesque, je ne sais pas le déchiffrer...

Le Journal d'une lectrice en fait une bonne critique, sans doute beaucoup plus éclairante que mon billet sur la teneur philosophique du livre, comme celle de Le Gueusif d'ailleurs. Hum, je ne dois pas avoir les yeux en face des trous, moi, en ce moment... Masques de Venise est carrément lyrique, et Lavinie en est toute remuée. Bon, Lilly a eu un peu de mal à entrer dans l'ouvrage, ça me rassure un peu (!!)

Bien sûr, on peut toujours aller lire Wikipedia pour en savoir plus, sur l'auteur et sur le livre.

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Le nouveau Alapage se fiche de ses clients !

Une fois n'est pas coutume, je vais piquer un coup de gueule !

Alapage a été racheté cet été par RueDuCommerce. Bon, c'est la vie des affaires.
Mais la nouvelle direction de l'entreprise a une curieuse façon de considérer les clients de la marque :
  • Tous les contenus des espaces clients ont disparu, et en particulier les listes de cadeaux. J'y avais patiemment collecté, au fil des années, une belle liste de livres, disques et DVD, que je transmettais à mes proches chaque fois qu'on me demandait "qu'est-ce qui te ferait plaisir ?". Eh bien, pfffuit ! Tout disparu, sans avertissement préalable pour qu'on puisse sauvegarder ses listes, et sans qu'il soit question de les restaurer. Une bonne centaine de références perdues à tout jamais pour ce qui me concerne... et autant de ventes potentielles perdues pour eux d'ailleurs !
  • Côté espace vendeurs, ce n'est pas mieux ! Ma boutique d'occasion est fermée depuis le mois d'août. Certes, là, on m'a prévenue (j'aurais du me méfier pour les listes de cadeaux à ce moment là... mais j'étais en vacances, dommage !!!), en m'annonçant que les bons d'achat dont je disposais en rémunération de mes ventes précédentes pourraient encore être utilisés, selon un mode opératoire qu'on devait m'envoyer "sous quelques semaines". J'attends toujours !! Perte sèche, quelques dizaines d'euros. Du vol caractérisé, mais ils se la jouent tranquille, sachant bien qu'on ne va pas les attaquer en justice pour un montant si faible. Mais on peut attaquer leur réputation, il paraît que ça fait partie des actifs de l'entreprise de nos jours...
  • Et pendant ce temps, on me spamme toutes les semaines pour me vendre des articles dont je n'ai cure, avec des en-têtes de mail conçues de telle manière que les tris automatiques de mon client de messagerie ne peuvent plus fonctionner. On encombre donc ma boîte de réception, sans aucun égard pour moi, une fois de plus !
Patiente, j'ai attendu quelques temps avant de râler, en me disant qu'il leur fallait peut-être du temps pour mettre en place leur nouvelle interface (ceci dit, il n'y avait pas d'urgence à la changer, et rien d'interdit d'en laisser fonctionner une qui marche pendant qu'on développe la prochaine). Mais rien ne vient, et le service client par téléphone (car bien sûr, pas de mail pour leur écrire, n'est-ce pas) m'a confirmé aujourd'hui que les listes de cadeaux ne seraient jamais restaurées.

Ben ma confiance dans Alapage non plus, elle ne se restaurera jamais : non seulement je n'y mettrai plus les pieds, je me désinscris de leur base pour ne plus être spammée, mais en plus, je les dénonce ici publiquement !

Si d'autres clients sont aussi furax que moi, leurs commentaires sont les bienvenus : à défaut de récupérer son bien, on peut au moins se délester de son amertume ;-)

Les cheveux de Bérénice, de Denis Guedj

Je crois que j'adore les romans historiques, en particulier lorsqu'ils s'intéressent à l'Antiquité. Comme beaucoup de gens je pense, je suis absolument captivée par l'Egypte ancienne. Et ce n'est pas le roman de Denis Guedj qui me fera changer d'avis.

Dans ce roman bien sympathique, il nous raconte comment Eratosthène, alors directeur de la Grande Bibliothèque d'Alexandrie, a réalisé la première mesure de la circonférence de la terre. 300 ans avant JC, et avec 1% d'erreur. Wow!

Comme le fait remarquer le site anthropologie en ligne, qui explique également cette mesure, pourquoi consacrer 400 pages à une explication mathématique qui tient en quelques lignes, et une méthode qu'un élève de seconde pourrait mettre en œuvre ? Pour nous plonger dans le contexte culturel de l'époque. Et c'est bien pour ça que le roman est passionnant.

C'est le début de la dynastie des Ptolémées, pharaons d'origine grecque issus d'Alexandre Le Grand, qui se termine avec la Cléopâtre de César et Antoine que nous connaissons tous. Une dynastie agitée s'il en est, dès ses débuts, et qui fit d'Alexandrie la capitale de l'Egypte.

C'est l'époque de la Grande Bibliothèque, qui nous fait encore rêver aujourd'hui, et le phare vient d'être construit. Les cheveux de Bérénice nous font visiter ces lieux mythiques... et les tavernes du port. Ils nous font également parcourir le Nil, en compagnie de Rekhmirê, un érudit de la culture égyptienne, qui nous raconte l'édification des premières pyramides, pendant que Théo, sympathique aventurier qui fait partie de l'aventure, nous rappelle dans son journal de bord la remarquable organisation administrative de l'Egypte. Bref, ce livre permet de situer bien des choses... et donne envie d'en savoir plus.

Le texte est bien troussé, dynamique, et les personnages dans l'ensemble bien campés, ce qui contribue au plaisir de lecture.

Pour continuer de se rassasier, on pourra donc utilement se référer à anthropologie en ligne concernant la mesure de la terre, avec des explications mathématiques sans doute encore plus claires que celles de Denis Guedj, une photo du puits-nilomètre de Kôm Ombo, et d'autres informations qui ne manqueront pas de passionner les curieux.

Personnellement, j'avais un peu de mal à me repérer dans la chronologie de l'Egypte ancienne. En voici donc trois, qui permettent également à ceux qui ont adoré la série "Rome" de situer les aventures de Cléopâtre : sur le site de l'Université du Québec, sur e-chronologie, et sur L'Internaute, plus succincte, mais avec des liens vers d'autres sites qui permettent de continuer son exploration de l'Egypte des pharaons.

Curieusement, pas de commentaires de bloggeurs sur ce livre, pourtant recommandé par les enseignants comme un bon livre sur le sujet, mais un papier de L'Express, qui parle plus de l'auteur que du livre d'ailleurs. J'espère donc que vous me croirez sur parole et que vous le lirez, avant d'ajouter vos propres remarques sur le net !

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L'Echappée belle, d'Anna Gavalda

Encore un achat d'impulsion, au Virgin de la Gare de l'Est... Parce que c'est Gavalda et que j'aime bien Gavalda. Parce que la couverture est jolie, et que c'est un bel objet. Parce que...

L'échappée belle se lit d'une traite, pour occuper le temps de vider sa cafetière un dimanche matin pluvieux, ou le soir avant de s'endormir. C'est du Gavalda, avec de la tendresse pour les gens ordinaires, des références et des souvenirs qui parlent aux gens de sa génération, un peu avant, un peu après, de la fraîcheur et de la légèreté.

Cette fois, il est question d'un frère et deux sœurs qui décident de "sécher" le mariage d'un cousin pour aller retrouver le quatrième frangin de la famille, et se faire une petite escapade d'ados un peu attardés, peut-être la dernière avant de devenir (vraiment) vieux, et partant, incapables de s'accorder de telles incartades...

C'est gouleyant comme un vin nouveau, et ça se lit sans effort, mais ce n'est pas un "grand cru" Gavalda. Je n'ai pas lu "La consolante", son dernier gros bouquin, mais j'ai lu tous les autres. Et dans les récits courts, je me souviens d'avoir été bien plus frappée par les nouvelles de "J'aimerais bien que quelqu'un m'attende quelque part", mieux écrit, et où les personnages étaient... plus ordinaires ou plus fracassés, et partant, plus intéressants. La fratrie de l'échappée belle est sympathique, mais je n'y ai personnellement trouvé aucune matière à réflexion ou à introspection. C'est juste un divertissement pour occuper une matinée pluvieuse pendant les vacances de Toussaint ou chasser les cauchemars avant de s'endormir... Parfois, ça peut suffire...

La Tribune de Genève a visiblement bien aimé, et publie une interview de l'auteur, tandis que Galvalda herself explique sur Bibliosurf dans quel contexte elle a écrit ce livre.

Du côté des bloggeurs, pour Laurence sur Biblioblog, c'est "une lecture agréable, mais avec un goût de trop peu" et ma fois, j'aurais tendance à penser comme elle, Cuneipage a plutôt aimé, et j'aime bien les commentaires sur son billet, Romans et lecture ne lui met pas la moyenne, et ActuaLitté redit des choses déjà lues sur Gavalda : "lire Gavalda [...] c'est s'offrir une pâtisserie quand on a envie d'un petit moment de douceur." Bon, on dirait qu'il y a consensus chez les bloggeurs, du moins ceux qui sont tombés sous ma souris. Un bon moment en somme, et sûrement un livre à "relâcher" dans la nature, via un club de bookcrossing ou pas, pour le partager avec d'autres.

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Orange stressé, par Yvan du Roy

En lisant cet ouvrage, on pourrait se croire dans un mauvais roman de science fiction. Malheureusement, il n'en est rien : le travail d'Yvan du Roy repose sur une enquête auprès des salariés de France Télécom, de syndicalistes, de médecins et d'experts de la santé au travail.

Il montre comment la culture d'entreprise a basculé, depuis la privatisation de l'opérateur historique, vers la recherche du profit à court terme, où tous les moyens sont bons pour "cracher du cash". L'humain n'a plus aucune importance, tout se réduit à des tableaux de chiffres, à des objectifs toujours plus inatteignables avec des moyens toujours plus restreints, et jusqu'à une véritable "robotisation" des employés sur les plateaux d'appels - où l'on vient les chercher aux toilettes s'ils sont absents plus de 3 minutes de leur poste de travail. On se croirait revenu au temps des "demoiselles du téléphone"...

Le personnel est une charge, qu'il convient de réduire au minimum si l'on veut pouvoir continuer de servir de généreux dividendes aux actionnaires, et maintenir le cours de l'action sur les marchés boursiers. C'est le nouveau Graal des dirigeants d'entreprises.

Chez France Télécom, "malheureusement", on ne peut pas organiser de "plan social" si facilement. Une partie du personnel est toujours régi par le statut de fonctionnaire, et par ailleurs, l'entreprise affiche une trop bonne santé financière. Il n'en reste pas moins qu'elle a supprimé 22 000 emplois en 3 ans. Comment ? eh bien justement, entre autres via un management par le stress visant à décourager le plus grand nombre possible de salariés, qu'on amène ainsi au "départ volontaire", après une succession de fermetures de sites les obligeant à se déplacer de plus en plus loin pour rejoindre leur lieu de travail, et des reconversions forcées vers des métiers qui n'ont rien à voir avec les compétences d'origine de chacun, et souvent encore moins avec ses aspirations professionnelles. Le tout assorti d'une culture du résultat immédiat et une absence d'accompagnement dans le changement.

Vous vous demandez pourquoi tant de salariés se sont suicidés chez France Télécom ? Lisez ce livre, vous comprendrez.

Au passage, Yvan du Roy rappelle sous l'influence de quels lobbies s'est mise en place la réglementation européenne qui vise à mettre en concurrence toutes les activités de services, y compris celles qui étaient précédemment considérées comme "publics", et d'intérêt national. On y comprend clairement que tout cela n'a rien à voir avec l'efficience, et tout avec l'idéologie... dont on voit bien aujourd'hui qu'elle peut tuer, si si, même quand elle est libérale.

Au delà d'une simple chronique de l'entreprise qui a si tristement fait la une des médias ces dernières semaines, cet ouvrage met en évidence les conséquences de cette "idéologie du chiffre", sa traduction dans le quotidien des salariés, déjà à l'oeuvre dans d'autres entreprises, et qui pourrait bien demain s'étendre encore : France Télécom constitue en effet une sorte de "laboratoire" de la transformation de services publics en entreprises soumises aux règles du capitalisme financier, où on les applique sans doute avec d'autant plus de violence qu'elles y sont "nouvelles", et que les salariés ne sont pas forcément préparés à se défendre contre ces méthodes insidieuses, et absolument scandaleuses.

Florence Noiville, auteure de "J'ai fait HEC et je m'en excuse", interrogée par Marianne 2 explique très bien comment la formation des dirigeants actuels exclut totalement la prise en compte du facteur humain, et conduit donc très logiquement à ce type de dérive.

La crise financière de septembre 2008 n'a rien changé dans la régulation et le fonctionnement du capitalisme financier.
La crise des suicides chez France Télécom restera-t-elle aussi inutile ? Assistera-t-on enfin à une vraie prise de conscience, et surtout de mesures, tant chez les hauts dirigeants d'entreprises que chez les politiques ? C'est à souhaiter, et pour très vite !

Pour une fois, je ne vais pas chercher de critiques de blogueurs pour cet ouvrage. A la place, je vous laisse en compagnie de l'auteur, interviewé par Backchich :



France telecom : "orange stressé"

envoyé par bakchichinfo. - L'actualité du moment en vidéo.

Vous pouvez également lire un extrait de l'ouvrage sur la page d'accueil des éditions La Découverte.

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L'Argent, d'Emile Zola

Les vacances, et la possession d'une liseuse électronique sont deux excellentes raisons pour (re)lire ses classiques. Comme beaucoup, j'ai lu Zola au collège, et j'avais même assez largement débordé sur le programme scolaire dans mon exploration des Rougon-Macquart.

Mais je n'avais jamais lu L'Argent. La banque, la bourse et les jeux d'argent, ce n'était pas mon truc, je pensais de surcroît que je n'y comprendrais rien. L'un de mes amis m'a conseillé récemment de le lire, et je ne le regrette vraiment pas.

Saccard, personnage principal du livre, décide de se relever de la ruine en montant une banque, qui doit lui permettre de tenir à nouveau le "haut du pavé" parisien. Fort à propos, il rencontre un ingénieur sans le sou, mais plein d'idées : c'est l'époque des grands travaux, tel le canal de Panama, et la spéculation financière bat son plein autour de la mise en place d'infrastructures nouvelles hors d'Europe. Saccard trouve quelques personnalités pour monter son "tour de table" et lancer sa banque, la Banque Universelle, qui financera de grands travaux au delà de la Méditerranée, et encaissera les bénéfices d'exploitation des sociétés nouvellement créées pour exploiter les infrastructures développées. Ladite banque est bien sûr côtée en bourse, et Saccard promet à tous, associés et épargnants, que le cours de ses actions montera jusqu'au ciel... à tous les sens du termes d'ailleurs, car il mêle à son projet l'ambition de sauver le pape, que certains pensaient en danger à Rome.

Le roman d'Emile Zola nous décrit par le menu tous les mécanismes de la spéculation boursière. Comment manipuler l'opinion, la presse, les épargnants - qui se laissent contaminer par la "fièvre du jeu" -, et bien sûr les cours de bourse. Bien sûr, cela n'est pas sans danger, et l'histoire se terminera mal, non seulement pour Saccard, mais davantage encore pour les épargnants qui lui auront fait confiance.

Les différents métiers de la finance sont analysés - banquiers, courtiers, gestion de créances... - comme le caractère des différents protagonistes, finement croqués. Le tout est ficelé dans une intrigue haletante : on ne sait jamais si Saccard va réussir son prochain "coup", ni à quel moment les masques vont tomber. On allie donc l'utile à l'agréable : ce que nous décrit Zola est encore valable aujourd'hui, même si les produits financiers sont aujourd'hui plus complexes encore qu'au XIXème siècle, et permet de bien comprendre l'hérésie de ce qui gouverne, plus que jamais, nos économies modernes. Un cours magistral donc, administré avec tant de brio qu'on ne s'ennuie pas une seconde. Une lecture tout à fait recommandable pour s'initier..." sans se prendre la tête".

Wikipedia nous cite les événements et personnages réels dont Zola a pu s'inspirer pour écrire son roman, et nous apprend en outre que Saccard sévissait déjà dans La Curée. Peut-être une prochaine lecture ? La bibliothèque de Cléanthe, qui a visiblement beaucoup aimé aussi, nous offre une analyse approfondie de sa lecture.

Les heureux possesseurs de liseuses électroniques peuvent se procurer gratuitement le livre sur eBooks libres et gratuits.

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Club Dumas, d'Arturo Pérez-Reverte

Comme à l'accoutumée, j'ai passé un bon moment avec Arturo Pérez-Reverte.

J'aime ses héros ambigus, qui tentent de se montrer plus méchants qu'ils ne sont pour se protéger et colmater leurs blessures intimes... qu'ils parviennent parfois à cicatriser sans l'avoir cherché, sans y croire vraiment, mais en acceptant ce qui se présente, avec un fatalisme incrédule.

J'aime son écriture précise, ses descriptions focalisées sur le plan resserré de l'action et la physionomie des personnages.

J'aime sa manière de nouer les intrigues autour d'objets du passé (comme dans Le Tableau du Maître flamand, sans doute un de ses meilleurs titres), dont les secrets ont traversé les siècles pour (peut-être...) se révéler à notre époque, ranimés par des individus aux intentions parfois ingénues, parfois franchement machiavéliques.

Dans Club Dumas, le manuscrit des Trois Mousquetaires voit son destin entremêlé avec un vieux traité de démonologie, les Neufs Portes du Royaume des Ombres, imprimé à Venise en 1666, et sensé permettre l'invocation du Diable en personne par celui qui en décryptera les clefs.

Corso, chasseur de livres rares à la solde des libraires et des bibliophiles, tente de démêler les fils et de comprendre les liens entre ces deux ouvrages. Un sosie de Rochefort semble cependant déterminé à lui barrer la route, et une plantureuse, mais vénéneuse veuve blonde (Milady ??) est prête à tout pour récupérer le manuscrit du Vin d'Anjou, chapitre des Trois Mousquetaires cédé par son défunt mari à un libraire ami de Corso.

Aux frais de Varo Borja, libraire à Tolède et bibliophile sans scrupule, Corso se rend au Portugal puis à Paris, pour rencontrer les propriétaires des deux autres exemplaires connus des Neufs Portes du Royaume des Ombres, personnages fantasques et hauts en couleurs. Il voyage sous la surveillance d'une certaine Irene Adler... (célèbre héroïne de Conan Doyle), jeune fille ravissante, dont Corso ne parvient pas à identifier pour qui elle travaille.

Comme toujours chez Pérez-Reverte, l'intrigue est bien menée, sans temps mort, l'auteur prenant cependant le temps de donner au lecteur tous les détails dont ses héros disposent pour résoudre l'énigme. Le livre est ainsi parsemé de gravures et de petits schémas explicatifs tracés par Corso. On y apprend aussi quelques techniques anciennes d'impression et de reliure, et des procédés de restauration de livres anciens.

Le tout est généreusement arrosé de gin Bols, carburant de prédilection de Lucas Corso. Mais je ne saurais pas vous dire si cette marque est vraiment meilleure que les autres : il semble qu'on ne la trouve pas en France. A lire donc dans un bar espagnol pour se mettre totalement dans l'ambiance !

Peu de critiques de lecteurs, mais je n'ai fait il est vrai qu'une recherche rapide. Sur le forum Hyjoo, les lecteurs sont plutôt enthousiastes, pour ce livre et Pérez-Reverte en général. Sur le Club des rats de biblio-net, une seule critique, mitigée.

J'ai lu ce livre dans le cadre d'un partenariat entre Blog-O-Book et Le Livre de Poche, que je remercie de m'avoir envoyé ce livre. J'ai en particulier apprécié de pouvoir choisir ma lecture au sein d'une liste d'ouvrages.

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