La maison Nucingen, d'Honoré de Balzac

L'acquisition du CyBook est l'occasion de me replonger dans mes classiques. La Comédie Humaine est une source quasi inépuisable de bonheurs. Digne fille de mon père, qui l'avait emportée tout entière en Afrique lorsqu'il était jeune géomètre, faisant les relevés topographiques pour de futures routes en pleine brousse, la mienne tient désormais moins de place que son édition complète en Pléiade... que je dédaignerai cependant pas de mettre dans ma bibliothèque s'il m'était un jour proposé d'en hériter... On n'est jamais déçu par Balzac, ni par les éditions de la Pléiade d'ailleurs. Mais certains eBooks en format pdf sont repris des éditions Furne originales, avec les illustrations, ce qui est également très agréable.

La Maison Nucingen fait partie des Etudes de moeurs, Scènes de la vie parisienne. On est ici dans un restaurant, où, dans l'un de ces salons privés qui semblent fort en vogue à cette époque, quatre compères que Balzac désigne comme des "parvenus", discutent autour d'un repas bien arrosé. L'un d'entre eux, Finot, leur raconte avec force détails, comment le baron de Nucingen, banquier de son état, a su manipuler son entourage et intoxiquer le marché en simulant faillite, pour plumer quelques unes de ses pratiques, sans qu'à aucun moment elles ne soupçonnent que c'est lui qui les a ruinées...

Outre la peinture de moeurs, on voit que les manipulations boursières et financières ne datent pas d'aujourd'hui. Un petit tableau ma foi fort instructif, dont la lecture redevient à la mode en cette période de crise.

Deux analyses de ce bref roman, l'une sur le blog Mediene, l'autre sur l'édition critique en ligne de la Comédie Humaine, que je découvre à l'occasion de ce billet, et vers laquelle je reviendrai sûrement. Sur l'argent dans la littérature, on peut aussi consulter le site de Paul Soriano.

En revanche, et contrairement à ce que l'on peut lire ici où là, le synopsis du film éponyme de Raoul Ruiz me semble assez éloigné du roman de Balzac...

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Le coeur cousu, de Carole Martinez

On dirait que les hispanophones ont un talent particulier pour la fantaisie, le merveilleux, l'irrationnel rendu crédible parce que la frontière entre les images du langage et le réel, nos rêves d'enfants malhabiles à interpréter le monde et nos réalités d'adultes est effacée, brouillée, annihilée, tant le contenu des histoires nous touche exactement là où notre fibre humaine est la plus tendre, la plus perméable, la plus crédule...

En lisant Carole Martinez (grâce à la Princesse Mumu qui m'a transmis son enthousiasme), j'ai pensé à Garcia-Marquez (Cent ans de solitude) et à Almodovar (Attache-moi, revu il y a peu). Dans la saga de cette famille de six enfants, contée par la plus jeune des filles, il y a autant de poésie, d'imagination, de couleurs éclatantes, d'émotion. Une manière particulière de tisser les fils d'une histoire qui relève des contes orientaux, qui parle au coeur et à l'âme pour nous faire admettre ce que l'esprit rationnel ne saurait concevoir.

Les femmes s'y transmettent d'incroyables dons, parfois terrifiants, au travers d'une boîte mystérieuse accompagnée de prières ancestrales, et qu'elles ne doivent pas ouvrir avant neuf mois après qu'on la leur ait remise, sous peine de voir s'évanouir le sortilège... Les pouvoirs magiques sont différents pour chacune. Pour la mère, Frasquita, ce sera la couture et la broderie, qui transfigure la beauté des femmes et raccomode les fêlures des hommes. Anita sera une conteuse hors pair, Angela une chanteuse à la voix d'oiseau blessé, Martirio une drôle d'entremetteuse avec le monde des morts, Soledad enfin une écrivaine, pour laisser sur le papier la trace de ces destinées, à la fois lumineuses et funestes, et briser le cercle du sortilège...

Tout au long du récit, on est porté par la plume alerte de Carole Martinez, son indulgence ironique pour les faiblesses humaines, sa tendresse pour le besoin d'amour qui hante chaque coeur humain parfois jusqu'à la folie pure, l'habileté avec laquelle elle coud ensemble la réalité des sentiments et l'univers onirique dans lequel évoluent ses personnages. Une lecture dépaysante, qui laisse des étoiles dans les yeux...



Ce premier roman a reçu neuf prix littéraires, et est couvert d'éloges (mérités) chez les journalistes et dans la blogosphère. Comme j'arrive un peu après la bataille, ce serait trop long de les citer tous. Mais Lectures et autres a déjà fait une petite compilation, tout comme Scriptural. Clarabel a aimé, et Dda pour Biblioblog aussi, elles en parlent avec un certain talent.

Buzz littéraire et le Nouvel Obs nous racontent en prime la petite histoire de l'édition du roman et de son succès.

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Capitalisme et pulsion de mort, de Gilles Dostaler et Bernard Maris

Hum, vous allez dire que j'ai des lectures bien sérieuses en ce moment... Ce n'est pas faux. Utilitaires en tous cas. Besoin de comprendre le monde dans lequel je vis, et de m'orienter dedans.

Dans cet ouvrage, les auteurs, spécialistes de l'économie, mettent en parallèle la pensée de Keynes et celle de Freud. Économie et psychanalyse ? Eh bien c'est un parallèle très pertinent, où il est démontré que la thésaurisation de l'argent est mue par la pulsion de mort, et que le capitalisme nous mène droit à la destruction, de la planète bien sûr, et par contrecoup évident, de l'humanité... ce que bon nombre d'idéologues du libéralisme ou de capitalistes pratiquants semblent régulièrement oublier, à moins qu'ils ne se disent que le déluge, ce sera après eux, et qu'en attendant, autant en profiter...

Totalement dans l'actualité de la crise, cet ouvrage est cependant le fruit de 10 ans de recherche : il arrive juste à point nommé pour nous éclairer sur la nature de ce que nous sommes en train de vivre, et peut-être, trouver des voies pour en sortir "par le haut". Mais si les pays les plus libéraux redécouvrent aujourd'hui le bien fondé de la régulation, et si le "développement durable" apparaît de plus en plus régulièrement comme le nouveau cheval de bataille de nombreux industriels, il sera nécessaire d'être particulièrement vigilant pour qu'il s'agisse d'un véritable tournant de civilisation, et pas seulement d'un remède momentané ou d'un masque aimable pour continuer de plus belle dans la voie de la croissance folle qui nous étouffera sous les immondices de la société de consommation, et de l'économie financière dont on peut aujourd'hui mesurer... la démesure. Oui, il est vraiment temps de prendre un nouveau chemin, car tous les économistes, depuis que cette "science" existe, sont formels : le capitalisme à outrance, c'est de plus en plus de richesses inutiles dans un très petit nombre de mains, pendant que ceux qui les produisent voient leurs revenus s'amenuiser de plus en plus, pour ne leur permettre que de survivre. Keynes, dans ses plus belles utopies, mais Marx aussi d'ailleurs, disait qu'une fois les choses en ordre, il suffirait de 3 heures de travail par jour pour assurer sa subsistance, et que le reste du temps, on pourrait se consacrer à la culture ou au jardinage (ce qui n'est pas forcément la même chose ;-) Cela suppose évidemment un peu plus de sobriété dans nos modes de vie, et un meilleur partage des richesses... Mais ça vaut la peine d'y réfléchir et de se battre, non ?

En attendant, lire cet ouvrage permet de revisiter des pans parfois peu connus de diverses théories économiques et psychanalytiques, de s'apercevoir que bien des choses sont découvertes et énoncées depuis longtemps (relire Aristote), et que les sociétés "primitives" avaient des modes de régulation finalement assez efficaces, à la fois fortes symboliquement et compréhensibles par tous. Et, comme on peut le constater en se penchant sur le mode de vie traditionnel des Indiens d'Amérique par exemple, très respectueux de la nature, qui en contrepartie fournissait l'abondance. Pourquoi ces civilisations n'ont-elles pas survécu ? Hum, parce que pulsion de vie et pulsion de mort sont toujours étroitement liées, parce que l'homme n'est pas "naturellement bon" comme le prétendait Rousseau, mais qu'au contraire c'est un prédateur. Le capitalisme semble être une prédation particulièrement sophistiquée, qui s'est en quelques décennies seulement, approprié le progrès technologique, aliéné le temps des hommes et les croyances religieuses pour proclamer une fausse égalité qui permet à quelques uns seulement de s'approprier les richesses...

Pas identifié de critique d'internaute sur ce livre, mais un papier très explicatif sur Rue89, et une critique assortie d'une vidéo de Bernard Maris sur Marianne2

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Les Japonais, de Karyn Poupée

Je m'aperçois que j'ai oublié de vous parler de cet excellent livre, acheté dans le cadre d'une recherche professionnelle, et que j'ai dévoré comme un roman.

Karyn Poupée, française installée au Japon, correspondante de l'AFP et du groupe Chronos, cabinet de réflexion sociologique et prospective, vous fait vivre le Japon comme si vous y étiez.
Pour nous permettre de comprendre le Japon contemporain, elle nous rappelle l'histoire récente de ce pays fascinant, avant de nous plonger dans un quotidien saturé de High-Tech, où tous les acteurs de la société, individus comme entreprises, semblent obsédés par la perfection... et croire que la technologie permettra de l'atteindre.

C'est tour à tour bluffant, sidérant ou ridicule à nos yeux d'occidentaux, mais cela nous permet de comprendre ce qui parfois nous semble inconcevable, et de dégager quelques principes intéressants à transposer dans notre société pourtant si différente.

Le propos de l'auteure, qui semble parfois trop enthousiaste, est pondéré à la fin de l'ouvrage par une réflexion plus critique sur les perspective d'évolution du "modèle japonais".

Truffé de chiffres récents et d'informations concrètes, l'ouvrage est écrit d'une plume alerte, et on dévore ses 500 pages sans s'ennuyer une minute.

Malheureusement, le papier du Monde est en archive payante, mais on peut lire le papier de présentation de BiblioMonde.

Karyn Poupée anime également un blog, "En direct de Tokyo", où vous pourrez trouver des extraits de presse à propos de son livre, et d'autres articles sur la vie au Japon.

Edit du 29 juin : La journaliste Karyn Poupée lauréate du prix Shibusawa-Claudel
Un prix bien mérité ma foi!

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L'art de l'essentiel, de Dominique Loreau

Peu de temps pour lire en ce moment... Pour dire le vrai, j'ai passé le dernier mois à travailler non stop, ou presque... Mais un jour que j'avais manqué mon vol et devais donc patienter jusqu'au suivant, je suis allée traîner au Relais H d'Orly Ouest. En général, c'est amusant, les livres qui me sautent dans les mains quasiment par hasard sont en réalité en résonance avec mon ressenti profond du moment.

Depuis de longs mois, j'ai envie et besoin d'alléger ma vie. Les modèles proposés par notre belle société de consommation me déplaisent de plus en plus : non seulement ils sont inadaptés et aberrants au regard des ressources de notre planète, mais en plus, ils sont aliénants pour l'homme, et n'apportent aucune satisfaction profonde.

Dépouiller sa manière de vivre n'est pas, contrairement à ce qu'on pourrait croire, une démarche austère, ni une "purge" qu'on devrait avaler comme une punition, mais une libération joyeuse.
C'est ce que dit Dominique Loreau dans ce livre à la belle couverture, et sa lecture m'a singulièrement apaisée et motivée à démarrer enfin ce "grand nettoyage de printemps" bien nécessaire pour libérer l'espace de mon petit appartement. Petit ? Hum, une fois que je me serai débarrassée de toutes les choses inutiles qui l'encombrent, il sera finalement bien assez grand pour moi, et je perdrai moins de temps à chercher mes affaires, à les ranger, à les entretenir, puisque j'en aurai moins. Je me sentirai aussi plus libre de partir emménager ailleurs si finalement j'en ai envie quand même, car le déménagement sera bien plus facile à gérer. Et surtout, je vais commencer à retrouver enfin du temps pour les choses qui m'intéressent vraiment (comme la lecture). Sans parler de cette extraordinaire sérénité qui me gagne en m'apercevant qu'in fine, je n'ai pas besoin de tant que ça pour vivre... et que je serai donc toujours capable d'y pourvoir...

Oui, vraiment, le petit livre de Dominique Loreau fait du bien.

D'après Baronnette, "l'art de la simplicité", son précédent ouvrage, était mieux. Visiblement dans la même veine, si l'on en croit l'entretien de Nouvelles Clés avec l'auteure... Et oui, c'est vrai que sa manière d'aborder les choses est très personnelle, moi non plus je ne suis pas d'accord avec tous les conseils. Mais l'idée générale est intéressante, y compris dans la manière dont elle en fait un "système" pour l'appliquer à tout. Ensuite, il ne reste plus qu'à réfléchir à la manière dont soi-même on veut l'appliquer, pour devenir plus authentique et plus léger...

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Le concile de pierre, de Jean-Christophe Grangé

J'avais besoin de me saoûler l'âme, de m'anesthésier l'esprit : Grangé est excellent pour cela, il a une imagination débordante. Et l'avantage d'un thriller, c'est que pour faire cesser l'angoisse, il suffit de fermer le livre...

Plus inquiétant à mon avis que Les Rivières pourpres, Le concile de pierre nous plonge dans l'irrationnel, à la limite du fantastique, tout en restant ancré dans le réel au travers de sa très pragmatique héroïne, Diane Thiberge. Cette jeune femme d'une trentaine d'année, éthologue, se trouve plongée dans une hallucinante et dangereuse aventure lorsqu'elle cherche à comprendre l'étrange accident par lequel elle a manqué de tuer son fils adoptif, Lucien. Elle est loin d'imaginer alors à quel point cet accident est lié à celui qu'elle a subi, encore adolescente, et qui a conditionné toute sa vie...

Grangé en profite cette fois-ci pour nous décrire tour à tour Paris, et les territoires sauvages de la Mongolie, aux confins de la Sibérie. Visiblement sensible aux paysages et à la lumière, il sait construire l'ambiance, et écrit plutôt bien, même si certaines phrases sont parfois bancales, ou certains mots un peu trop "choisis". On est en tous cas toujours porté par les incessants rebondissements, ponctués de suffisamment d'explications pour qu'on ne perdre jamais le fil de l'intrigue : parfait pour se laisser emporter, sans avoir aucun effort à faire que de tourner les pages...

Pour cet opus, les avis des internautes sont plus mitigés. Positifs sur le forum épopée littéraire, chez Livresse littéraire et sur rats de biblio-net, ils sont nettement plus critiques sur zazieweb ou chez Bibliothéca, qui conseille carrément de faire l'impasse sur ce titre de Grangé. On lui reproche un manque de crédibilité dans dernière partie du roman, proche du fantastique. Personnellement, je n'attache pas d'importance fondamentale à cet aspect du livre, je suis davantage séduite par l'imagination et le dépaysement offert au lecteur : c'est ce que je cherche dans ce type d'ouvrage, et lorsque je le trouve, je ne boude pas mon plaisir.

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Les Rivières pourpres, de Jean-Christophe Grangé

Quitte à lire un thriller, autant choisir le meilleur du genre en français, non ? C'est Dino qui m'a conseillé Grangé et Les Rivières pourpres, et ma foi, c'était un bon conseil.

Je n'en dirai pas trop, pour conserver intact le plaisir de ceux qui n'ont pas encore lu ce roman, à l'intrigue incroyable, originale et remarquablement construite.

Le commissaire Niémans est appelé à la rescousse de Paris pour élucider un meurtre commis dans une petite ville d'Isère, où l'on a retrouvé, suspendu au dessus d'un charmant lac de montagne, un cadavre horriblement mutilé. En parallèle, un jeune inspecteur, Karim Abdouf, tente de comprendre de mystérieux cambriolages dans une école primaire et la profanation d'une tombe d'enfant, dans un petit village du Lot. Au départ, on peine à voir le rapport entre les deux enquêtes. Mais la route des deux flics hors normes va cependant se croiser, pour reconstituer le puzzle d'une hallucinante machination, qui remonte à plusieurs décennies.

Tous les ingrédients sont réunis : une écriture fluide, une intrigue rythmée de nombreux rebondissements, une dose d'horreur - qui reste cependant très soutenable dans un roman -, un mobile sophistiqué qui ne se dévoile que très progressivement, la psychologie des flics hantés par leurs propres démons. Bref, 400 pages qu'on ne lâche pas avant la fin...

Sur Ciao, les internautes sont unanimes et recommandent chaleureusement la lecture du livre, comme sur Rats de biblio-net, à une exception près.

A lire plutôt après le livre, la présentation détaillée du roman et du film qui en a été tiré, sur le site de Jean-Christophe Grangé. Pour en savoir plus sur l'auteur, on peut aussi consulter sa fiche Wikipedia.

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