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28.12.08

Un beau ténébreux, de Julien Gracq

J'ai eu envie de lire ce livre parce qu'un autre livre en parlait, mais je ne sais plus lequel. De toute façon, peu de choses à jeter chez cet auteur, il s'agit davantage de choisir dans quel ordre on lira ses livres...

Ce que j'aime chez Gracq, c'est qu'on a l'impression de se trouver dans la peau et dans la cervelle de ses personnages, plus particulièrement ici celles de Gérard, le narrateur qui nous conte un fragment d'histoire de ce beau ténébreux, Allan, au travers d'un journal de vacances en Bretagne.

Une fois de plus, Gracq invente les lieux de l'intrigue... mais on ne s'en aperçoit que si on les cherche sur une carte. Les personnages sont tout aussi crédibles, quatre célibataires et deux couples en vacances dans cette petite station balnéaire, où ils prolongeront leur séjour bien au-delà de l'été... Comme souvent dans les romans, ils ont le loisir de s'attarder, de vivre jusqu'au bout ce qu'ils sentent ou pressentent, de laisser se dérouler les évènements jusqu'à leur dénouement, pour en tirer peut-être toutes les leçons, ou au moins les avoir vécu dans leur intégralité, même si leur mystère in fine reste en partie insondable...

Il est question ici de la condition humaine, du statut qu'on se donne ou que les autres veulent bien vous accorder par le regard qu'ils portent sur vous... sans vous protéger pour autant. Les six personnages, dont certains ne se connaissaient pas avant ce séjour, recréent une mini société où s'exprime toute la complexité des rapports humains. Comme toujours chez Gracq, les sentiments sont dénudés, exposés sans fard, dans leur grandeur comme dans leur trivialité, sans jugement de valeur non plus : juste l'humain aux prises avec l'habituelle difficulté à vivre, avec ses désirs et ses peurs, ses pulsions plus ou moins contrariées par les règles de la vie sociale.

Les paysages, toujours décrits avec minutie, forment un écrin pour l'âme, produisant ou accompagnant l'état d'esprit des personnages, on ne sait pas très bien quoi s'accorde à quoi...

Toute l'histoire tourne autour d'Allan Murchison, personnage haut en couleur qui concentre tous les regards dès qu'il pénètre quelque part, et dont on comprend mal ce qu'il est venu faire dans cette station balnéaire sans prétention, lui qui semble fait pour le faste. Admiration, jalousie, défiance, passion, il déchaîne les sentiments tout autant qu'il intrigue. On finira par savoir ce qu'il est venu faire ici, si bien pressenti par son ami Gregory qui a préféré fuir le théâtre des opérations. On ne saura pas vraiment pourquoi il en est arrivé là, même si on le pressent... Dans l'intervalle, on aura pu observer les réactions qu'il suscite, révélant un peu de la nature de chacun des protagonistes de l'histoire...

On ne lit plus beaucoup Gracq, sans doute parce que l'auteur refusait de se faire éditer en poche. Chez les internautes, Un beau ténébreux ferait plutôt l'unanimité contre lui, sur le blog de Woland ou sur ZazieWeb, tandis qu'Odivo sur Shvoong le trouve angoissant. Pitou est plus nuancé.
Comme d'habitude, je vous recommande de ne lire les critiques qu'après le livre, pour ne pas déflorer votre plaisir de lecture.

On peut aussi lire la présentation du roman sur Cultures France, et sur le site de José Corti, son éditeur.

J'ai volé la photo de l'auteur sur le site du journal Le Devoir, qui a publié une rétrospective de la vie de Gracq, décédé l'an dernier.

17.8.04

La Presqu'île, de Julien Gracq

Je qualifierais volontiers Julien Gracq "d'écrivain des temps morts". Il me semble en effet que, loin de se concentrer sur l'action comme la plupart des auteurs, Gracq s'attarde sur les moments d'attente, la route à parcourir pour atteindre le but, l'évocation des paysages et les subtils changements de la couleur du ciel... Au passage, il nous livre les sensations, les angoisses, le questionnement parfois à peine formulé de ses personnages. Et on a l'impression de pénétrer dans le cerveau de ses personnages, s'entendre leur voix intérieure comme si c'était la nôtre...

La Presqu'île est un recueil de trois nouvelles, assez rapidement lues, et qui peuvent sans doute constituer une bonne introduction à l'oeuvre de Gracq, dont la belle écriture peut sembler un peu abrupte au premier abord. Mais ça vaut la peine d'entrer dans son univers, et d'écouter ces voix, toujours masculines pour les textes que j'ai lus, nous livrer un peu de la substance de la condition humaine... J'ai particulièrement aimé la dernière des trois "Le Roi Cophetua" qui nous livre, sans avoir l'air d'y toucher, l'approche masculine des rencontres sans lendemain.

Vous pourrez ensuite aborder d'autres ouvrages, comme "Le Rivage des Scyrtes", qui vous emmènera dans un univers à la fois très familier, et totalement imaginaire. Ce livre fut le premier cadeau de mon homme... c'était un très bon début !

Tous les livres de Julien Gracq sont édités par les très chouettes éditions José Corti, qui permettent de retrouver le geste délicieux et désuet de couper les pages pour lire l'ouvrage. Les oeuvres de Julien Gracq sont présentées sur le site de l'éditeur.
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