25.9.07

L'aube le soir ou la nuit, de Yasmina Reza

Je l'ai déjà dit, j'aime bien Yasmina Reza, surtout son théâtre. J'avoue avoir été décontenancée lorsque j'ai appris qu'elle avait décidé de suivre Nicolas Sarkozy durant sa campagne électorale, et d'en faire un livre. L'ouvrage a fait l'objet de la publicité que l'on sait. A priori une seconde bonne raison pour que je ne l'achète pas. Et puis, j'ai entendu "le masque et la plume", et je me suis laissée séduire tout haut par la critique de l'ouvrage. Deux jours après, il était sur mon bureau, revêtu d'un joli bandeau rouge sombre décoré de l'écriture manuscrite de l'auteure en lettres dorées : Dino s'était arrêté dans une librairie pour me l'acheter...

Sur le plan littéraire, elle est forte. C'est une femme de théâtre, elle sait camper les personnages. Le Sarko, on l'a vraiment sous les yeux, dans son salon. Bon, c'est vrai qu'il est tellement médiatisé que c'est difficile de ne pas entendre le son de sa voix tinter à son oreille à la seule évocation de son nom, et ça perturbe sans doute un peu la perception qu'on peut avoir du talent de l'auteur en la matière... Elle nous le montre façon "envers du décor", et d'aucuns pourront dire que le petit Nicolas a été "gonflé" de la laisser faire avec une telle liberté. Mais en réalité, il adore qu'on le trouve gonflé, et cela n'a finalement rien d'un exploit...

Au-delà d'un portrait qui n'est pas réellement complaisant, mais encore moins critique - on sent qu'elle est séduite - elle nous livre une réflexion sur ce qui qualifie le mieux cet homme-là : l'ambition. Et la vanité de l'ambition politique, dirai-je même...

Au fil que la campagne se déroule, alors que les sondages sont de plus en plus favorables au candidat - qui poursuit tambour battant son tour de France et autres lieux -, étrangement, le climat du livre devient de plus en plus morne.

Page 126, elle écrit : "Dans mon cahier, les jours s'égrènent et se confondent, frénésie monotone où cependant l'histoire s'écrit. Il n'y a pas de lieux dans la tragédie. Et il n'y pas d'heures non plus. C'est l'aube, le soir ou la nuit."

Elle pointe du doigt la vanité de cette course, la perte de la vie, au sens littéral, page 164 : "Il dit cette phrase en revenant de Bretagne, je suis étranger à mon passé. La seule chose qui m'intéresse, c'est cet après-midi, demain. Je lui demande pourquoi ce n'est pas tout de suite. Je dis ce n'est jamais le présent qui vous intéresse, vous vivez en perpétuel devenir. Il réfléchit. Il en convient. Je dis vous sacrifiez des instants qui ne reviendront jamais, vous brûlez des jours que vous ne connaîtrez jamais. Il dit, oui."

A la toute fin du livre, ils sont à l'Elysée, dont il est désormais le nouveau locataire. Ils parlent en tête à tête, page 183 : "Je suis assise, à la même place que la dernière fois. Et lui sur sa banquette : "Je ne peux pas te dire que je suis malheureux... Me voilà enfin débarrassé de ce fardeau... " Il est en blue-jean. Pendant qu'il parle, il nettoie sa montre avec un mouchoir blanc. "Gagner, c'est plaire, dit-il, mon métier, c'est décider. J'étais beaucoup plus inquiet de ma capacité à plaire."

Hum. C'est pourtant sa capacité à plaire, et son désir en la matière qui sont le plus visibles. Sa capacité à décider, et surtout à mon avis personnel le contenu des décisions, sont nettement plus contestables....

Au final, si la lecture du livre est agréable, et si la démarche pouvait avoir quelque chose de séduisant, d'inusité par sa liberté, le livre ne nous apprend rien qu'on n'ait su avant même d'en ouvrir les pages : comme elle le dit à plusieurs endroits du livre, les hommes politiques, et celui-là en particulier, sont des petits garçons qui jouent leur va-tout pour se prouver qu'ils peuvent séduire, et gagner la place qui brille. C'est dans cette bataille là qu'ils mettent toute leur intelligence et toute leur énergie. Et après ? En refermant ce livre, et pour cet homme-là en particulier, j'ai envie de dire : rien.

Bien sûr, vu le battage médiatique savamment orchestré autour du bouquin, des critiques, on en trouve à la pelle sur le net. J'aime bien celle de La République des Lettres, Libé le descend, Le Figaro cire les pompes de Sarko, rien que de très normal... Du billet de Pierre Assouline, je retiendrai finalement le commentaire de Simon, parce que oui, on a dépassé le stade de l'overdose. mais ça n'est pas fini, les gars, on en a pris pour 5 ans (au moins !). Chez FOG (Franz Olivier Giesberg, pour les intimes), je soulignerai aussi les commentaire, celui-là par exemple ,-)
Bon, et les bloggeurs, les vrais, ils n'en parlent pas ? Sans doute à la centcinquantedouzième page de résultats de Google, après tous les journalistes...
Bah, si vous ne l'avez pas lu, vous avez bien raison, retournez plutôt voir "Art", quelqu'un l'a mis à disposition sur DailyMotion... et là est le vrai talent de Reza.

Update du 24 octobre : juste pour poser un lien vers ce papier de Largeur.com, découvert grâce à l'une de mes collègues aujourd'hui. Amusant, je me sens tout à fait en phase avec l'approche de ce critique.

3 commentaires:

Francis Mizio a dit…

Bonjour,
Hélas, à mon avis et sauf votre respect, si le vrai talent de Yasmina Réza est dans "Art", alors il ne faut lui en concéder aucun. J'ai toujours été navré et effaré par l'invraisemblable succès de ce texte pauvre véhiculant une platitude d'idées que par glissement j'aurais envie de qualifier de poujadiste. Je ne vous insulte pas et ne cherche pas à vous vexer, mais juste un instant réfléchissons à ce que nous dit "Art"? L'incompréhension devant un tableau blanc, le snobisme, l'art moderne est une fumisterie ? Pffff. C'est une tarte à la crème. Non seulement ce n'est ni drôle ni intéressant, mais en plus c'est bête. Vous avez lu ce livre de Yasmina Reza et il ne vous a dit que ce que vous ne saviez déjà et j'imagine sans difficulté que vous en savez beaucoup plus, êtes capable d'analyser mieux qu'elle et d'en tirer d'autres conclusions bien plus profondes. Et même sur l'art contemporain et les tableaux blancs. La littérature c'est apporter quelque chose au sujet, transcender le réel et les signes, discours, propos, et non pas ressasser des lieux communs. C'est apporter un avis dans l'espoir de le partager et non pas enfoncer des portes ouvertes et dire ce que l'on a envie d'entendre parce que c'est confortable ou démagogue. Dire des banalités comme dans "Art" ou je ne sais quoi d'autre de Y.R. ("Art" m'a découragé de lire quoi que ce soit d'autre de cette auteure), ce n'est pas justement faire de l'art qui est une ambition de remuer la société, les regards, les esprits. Sinon c'est du commerce ou de la démagogie.
Allez, pour ne pas être que négatif je vais vous conseiller un excellent livre que je viens de découvrir à l'occasion de sa réédition en poche : "les actifs corporels" de Benoit Mourad, chez J'ai Lu. Je n'ai aucun intérêt à le faire, je ne connais pas Mourad, mais je pense qu'il est susceptible de vous intéresser. Cordialement FM

Blandine a dit…

Un autre auteur de théâtre a écrit un texte décapant et très juste sur les présidentielles (publié en janvier 2007), qui ne ménage personne - on en a moins entendu parler, forcément... Il s'agit de Tasmanie, de Fabrice Melquiot
http://www.sitartmag.com/fabricemelquiot7.htm

"Profondément ironique et transgressive, ancrée dans l’amertume, Tasmanie se lira comme une mise en garde contre les dérives qui menacent, une pièce qui atteste aussi que le théâtre sait encore être engagé et se faire politique quand il le faut, se nourrir du réel pour mieux le déconstruire et déciller le lecteur / spectateur. "

Virginie a dit…

Si si, je l'ai lu, enfin j'ai tenté : 50 pages et puis basta...
Je n'ai mis aucun commentaire sur ce livre dans mon blog car sinon, je pense que je lui aurais mis un zéro pointé! Alors j'ai préféré m'abstenir...

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