10.8.08

Quo Vadis ? d'Henryk Sienkiewicz

Je poursuis dans les Prix Nobel de littérature avec Quo Vadis ?, que j'ai eu envie de lire suite à notre dernier séjour à Rome. La connaissance de la topographie locale et la visite des sites antiques aident à mieux s'imaginer le décor de l'action, et le mode de vie des romains dans le courant du premier siècle après JC.

C'est en effet l'un des mérites du roman de Sienkiewicz : à quelques anachronismes près (que je ne suis pas capable d'identifier moi-même mais qui sont signalés dans la préface) il nous donne à voir un pan de l'histoire antique, documenté par ses propres séjours à Rome et la lecture de Tacite et Suétone, pour nous décrire les personnages et événements mémorables du règne de Néron.

Au coeur du roman, l'incendie de Rome, commandité par cet empereur décadent, en mal de spectacle et incommodé par les odeurs du quartier populaire de Suburre, puis la persécution des premiers chrétiens, accusés d'avoir mis le feu à la ville éternelle, et livrés en pâture au peuple de Rome, dans des jeux du cirque vraisemblablement sans égal en matière de raffinement dans la cruauté.

La trame romanesque est alimentée par les amours contrariées de la belle Lygie et de Marcus Vinicius, qui se convertira pour elle au christianisme en dépit du septicisme de Pétrone, auteur du Satirycon, oncle et mentor du jeune romain. Les rebondissements ne manquent pas, et tiennent le lecteur en haleine.

Sienkiewicz souhaitait surtout par ce roman faire oeuvre d'édification, et c'est parfois trop visible. Mais s'il fustige la décadence de la société romaine et de sa classe dirigeante, on le sent malgré tout fasciné par le raffinement de cette civilisation, jusque dans sa barbarie la plus abjecte.

L'incendie de Rome et les jeux du cirque qui s'ensuivent sont magistralement décrits, avec un luxe de détails par moments insoutenables, mais qui sonnent assez juste, en dépit d'un lyrisme parfois exagéré et passé de mode. Ce lyrisme touche à son paroxysme lorsque l'auteur décrit les manifestations de la foi chrétienne, la mort des apôtres Pierre et Paul, ou l'évolution des états-d'âme de Vinicius. Le jeune héros, bouillant guerrier voulant tout soumettre à sa force et à ses désirs, se transforme au fil du roman en "Agneau de Dieu" prêt à se sacrifier pour sa nouvelle divinité... mais surtout sans doute pour sa belle Lygie. On pense parfois à ... la Comtesse de Ségur, dans ces moments où chacun se repend de ses fautes, et où l'on se pardonne mutuellement en versant force larmes, en se promettant de vivre pour toujours dans les bons principes et les bons sentiments de la charité chrétienne.

Il faut cependant reconnaître que la plume est alerte et talentueuse, et sait rendre digeste ce qui pourrait être risible ou irritant. La munificience des romains, et en particulier le luxe inouï des festins organisé par César ou par ses courtisans, est magnifiquement décrit. On est ébloui, étourdi, jusqu'à l'écoeurement, devant l'incroyable débauche de ces fêtes. Mets et vins en abondance et de toutes les régions du monde, parfums d'épices exhaltés par les brûle-parfums, pétales de fleurs et pistils de safran répandus sur les dalles de marbre, incroyables orgies sexuelles jusqu'au petit matin, on reste parfois incrédule devant tant de richesse, de gaspillage et de licence.
Mais le dernier festin de Pétrone, comble de de raffinement mêlant le macabre à la musique et à la poésie, touche au sublime, et contrebalance de manière assez curieuse d'ailleurs lorsqu'on connaît les intentions de l'auteur, la narration des derniers épisodes de la vie de Vinicius, ou le dernier chemin des Apôtres vers leur Seigneur pour l'éternité. Aussi édifiant qu'il se veuille, Sienkiewicz reste jusqu'à la fin fasciné et séduit par le mode des vie des nobles romains.

Au final, cette fresque épique se lit comme un bon roman d'aventure. Au delà de la glorification de la foi chrétienne, il laisse aussi à réfléchir sur la civilisation en général, et les marques de sa décadence... Derrière le paroxysme du luxe et du raffinement pour quelques uns - encore visibles de nos jours dans les splendides vestiges de la Rome antique - , l'amoralité, la misère, la barbarie, et finalement la chute... Hum, celà aussi est éternel...

Si QuoVadis ? fut un best-seller international, pas de trace visible dans les blogs de lecteurs. Ce sont surtout des adaptations cinématographiques de l'oeuvre qu'on parle sur le web.

On pourra cependant s'informer sur Sienkiewicz via Evene, lire chez Aelius Philologus une comparaison du traitement de la personnalité de Néron dans différentes oeuvres littéraires dont Quo Vadis ? et approfondir l'étude de l'oeuvre via le travail personnel de recherche d'un internaute qui le propose sur le site quovadis.oeuvre.free.fr.

Et chez Fabula, on apprend que l'un des traducteurs de l'oeuvre, Albin de Cigala, a commis une suite intitulée Urbi et Orbi, qui suit les deux héros Lygie et Marcus Vinicius, après la mort de Néron. Bon roman ou pur commerce ? A vous de voir, si vous n'en avez pas assez d'aventures épiques et antiques.

2 commentaires:

cathe a dit…

C'est vrai que l'on connait surtout le film, mais en effet je crois que le livre vaut la peine d'être découvert. Tu as eu raison d'en faire ta "lecture de l'été" :-)

rose a dit…

Je l'ai lu il y a quelques années avec plaisir, c'est amusant comme tu le dis de voir comment le 19e siècle évoquait l'Antiquité...

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