20.8.08

La Fausse Veuve, de Florence Ben Sadoun.

Quand on vous propose de recevoir un livre en avant-première pour en parler dans votre blog, c'est forcément flatteur... Et voilà comment je me retrouve avec pour devoir de vacances la lecture et le commentaire de La Fausse Veuve de Florence Ben Sadoun.

Court, le roman se lit en une après-midi de plage... ou de repli stratégique au gîte pour cause de pluie bretonne, comme ce fut mon cas.

Libération personnelle et roman à clef, ce livre permet sans doute aussi à l'auteure de régler quelques comptes avec ceux qui l'ont méprisée, ou qui ont dénié son droit à la douleur, voire sa douleur réelle, alors que son amant, personnage médiatique, était atteint du locked-in syndrome, et qu'elle ne le voyait plus qu'à l'hôpital.

Roman à clef ? Enfin, elle s'avance quasiment à découvert : en lisant ce livre, j'ai immédiatement pensé à Jean-Dominique Bauby, auteur du célèbre Le Scaphandre et le Papillon, dicté via le clignement de son oeil gauche depuis son lit d'hôpital. L'aile de papillon qui orne la couverture du livre apparaît donc comme une correspondance, je n'ose pas dire "un clin d'oeil"...
De retour chez moi, et Internet sous les doigts, les indices concordent parfaitement : la présentation du livre nous indique que l'auteur revient sur le sujet 10 ans après. JD. Bauby est décédé en 1997. Enfin, Florence Ben Sadoun était jusqu'à début 2008 rédactrice en chef adjointe du magazine Elle, tandis que JD Bauby en était avant sa disparition... rédacteur en chef.

Libération personnelle et règlement de compte, car elle y raconte l'étrange et douloureuse fin de cette histoire d'amour, qui venait à peine d'être officialisée, avec un homme brillant désormais contraint de ne s'exprimer qu'au travers du clignement de son oeil gauche, les mots qu'il épelle étant notés sur le cahier qui reste bien en vue au pied du lit, permettant à chaque visiteur de prendre connaissance de toutes ses conversations.
Exhibitionnisme ? la question reste ouverte une fois le livre refermé...

Si l'on comprend bien en quoi écrire ces pages a pu constituer une bonne thérapie pour l'auteure, on s'interroge davantage sur l'intérêt de les livrer au public. Quel apport pour le lecteur ? Ce n'est pas la première fois qu'une "maîtresse" se livre sur les souffrances induites par cette position, d'autant plus lorsque l'amant, à la fois malade et médiatique, est revendiqué par sa famille, son ex-épouse, ses amis et la presse, renvoyant la "maîtresse", fut-elle officielle, au rang d'intruse, voire d'intrigante.

Florence Ben Sadoun en parle sans fausse pudeur. Sans apitoiement non plus, avec la distance des années et de la dignité. L'écriture, à la fois condensée et fragmentée, livre des faits, des souvenirs et des ambiances par touches impressionnistes, qui sollicitent l'attention du lecteur pour lui permettre de reconstituer le fil concret des événements et des sentiments, mais cela fonctionne plutôt bien.
J'aime moins la clause de style qui la fait passer du "tu" au "vous", parfois dans la même phrase, lorsqu'elle s'adresse directement à l'amant disparu. On comprend bien que c'est en référence au vouvoiement qu'il lui imposait pour éviter de se faire démasquer en public. Mais ce type de convention m'apparaît aujourd'hui banale et puérile... sans doute parce que j'en ai usé moi-même en d'autres temps, et que je sais combien c'est un masque inopérant...

Au final, oui, un règlement de compte en bonne et due forme, avec elle-même, avec la souffrance, avec son ex amant parfois, qui fut tyrannique comme le sont tous les amants, avec l'entourage public et privé du patient, vis-à-vis desquels elle marque sa place, comme pour ne pas être emportée dans le tourbillon médiatique qui accompagna et suivit la disparition de cet homme, évidemment brillant.

Et si sa "renaissance" avec un autre homme, aujourd'hui son époux, apparaît heureuse et lumineuse, on se demande aux yeux de qui l'auteure éprouve le besoin de s'en justifier. Qui pourrait de nos jours revendiquer un deuil éternel et une fidélité au-delà de la mort ? J'espère bien que nous sommes aujourd'hui au-delà d'une telle barbarie...

La bonne nouvelle, c'est qu'on peut avec bonheur refaire sa vie après 40 ans, quelles que soient les épreuves que l'on a traversées. Personnellement, le cheminement vers ce renouveau m'aurait d'avantage intéressée que son simple constat, mais la belle Florence ne s'y attarde pas...

Mon billet ne paraît qu'en ce 20 août, selon les souhaits de l'éditeur. D'autres blogueurs n'ont pas respecté (pas eu connaissance de ?) l'embargo, ce qui me permet donc de vous livrer un petit florilège des billets, comme à mon habitude, lues après rédaction du mien : tout le plaisir de lire un ouvrage en avant-première, c'est justement de n'être influencé par personne pour le découvrir et l'apprécier.

Tout le monde a immédiatement fait le lien avec Le Scaphandre et le Papillon. Pour certaines lectrices, cela constituait un motif d'intérêt, tandis que d'autres lectrices ont été troublées par le caractère très autobiographique du livre... Résultat du match ?

Hum, 4 mitigées, 5 convaincues, il semble que Chez les Filles ait bien réussi son opération de "relations-blog". D'autres billets seront certainement à découvrir sur les blogs référencés par la rubrique "Mes lectures" de ce site. Et il sera amusant de lire après coup l'accueil de la presse.

3 commentaires:

amanda a dit…

je l'ai lu et j'ai aimé. Oui il y a peutêtre de l'"impudeur, mais j'y ai vu une femme qui veut se libérer, comme tu le dis, de sa souffrance, de sa honte, de sa douleur. Pour pouvoir vivre à nouveau (et je découvre ton blog)

sylvie a dit…

j'ai aimé ce récit courageux et sans fards ni détours. Mais la parution de ce livre semble bien paradoxal quand on a lu le livre et bien des questions restées sans réponses m'ont rendue un peu mal à l'aise pour écrire mon billet... qui paraît fort tard... mais qui est fait quand même :)

BlueGrey a dit…

J'ai trouvé ce témoignage fondamentalement dichotomique : d'un côté l'auteur dénonce la surmédiatisation de l'accident de son amant (articles de presse, livres, documentaires et adaptation cinématographique) qui l'a "dépossédée" de leur histoire, d'un autre côté elle y participe de fait avec ce récit qui va forcément relancer l'attention des médias...
De plus j'ai trouvé son récit très égocentré et trop plein d'aigreur et de ressentiments, trop vindicatif.
Bref, je n'ai aimé ni le style ni le récit en lui-même...

Related Posts with Thumbnails