7.7.07

Ma femme de ta vie, de Clara Guelfenbein

Encore un livre acheté dans une librairie d'aéroport, pas plus tard qu'hier soir, à la faveur d'un retard d'avion qui ma laissé une demi-heure pour flâner dans les rayons du Relais H. Sur l'étagère des nouveautés, au milieu de bouquins que je qualifierai de purement marketing, il y avait la couverture longue et étroite d'un livre de chez Actes Sud. Je ne connaissais pas l'auteur, dont c'est le second roman. Mais jai plutôt confiance dans les choix de cet éditeur là, et le texte de la quatrième de couverture m'a attirée. J'ai failli le laisser là, encore un livre, alors que j'en avais un autre, à peine commencé, dans mon sac, et des dizaines qui attendent en pile sur mes étagères... je suis même sortie de la boutique, pour fumer une cigarette et prévenir Dino que j'aurai du retard... et puis je suis revenue l'acheter, et je n'ai pas résisté à l'envie de le commencer dans l'avion, avant même de l'avoir recouvert de la rituelle couverture de plastique transparent que j'installe sur tous mes livres pour les manipuler sans les abîmer...

L'histoire n'est pas banale, sans être complètement originale : deux amis d'université qui se trahissent pour l'amour d'une femme, se séparent et se retrouvent quinze ans plus tard. C'est Antonio qui appelle Theo pour l'inviter, sans lui dire qu'il vit avec Clara. Le trio se trouve donc reconstitué, et c'est Theo qui raconte sa version de ce qui s'est passé.

La traduction, de l'espagnol, n'est pas parfaite, surtout au début à vrai dire, et ça m'a un peu irritée dans les premières pages, mais je me suis vite laissée accrocher par le contenu du texte, qui fouille parmi les doutes et les tortures sans doute les plus partagées bien que les plus secrètes de l'âme humaine. "Aucun signe ne me conduirait à son âme, car les signes sont infinis et changeants, et il n'y a pas d'intimité, même pas celle qui permet à un être de toucher l'espace unique et solitaire de l'autre." C'est ce que nous dit Theo dans les dernières pages du livre. Et cette terrifiante certitude le rassérène. Pas moi, mais je sais qu'elle est juste... comme son appréciation de "l'arrogance adolescente qui vous pousse à considérer que tout vous appartient à l'avance"... et le regard à la fois nostalgique, ironique et un peu désabusé qu'on porte sur l'adolescent qu'on fut... Porteur de tous les possibles, la vie devant soi, rempli de rêves idéalistes qu'on est quasi certain de mieux atteindre que les autres avant soi, plein d'énergie pour empoigner la vie, sans imaginer ce que ça sera de se coltiner avec elle... Au fil des années, les certitudes s'effritent, les idéaux s'ébrêchent, on fait, plus ou moins volontairement, des entailles à la loyauté, et pendant tout ce temps, on se demande où est sa légitimité... Loin de renforcer sa carapace, on se fragilise de plus en plus au fil des années, et ceux qui semblaient les plus solides, qui nous servaient de modèles éblouissants, s'avèrent in fine les plus vulnérables. Ils trouvent parfois sur leur chemin celui ou celle qui les sauve de la noyade et leur permet de trouver enfin un peu de sérénité, en acceptant sans doute qu'on peut trouver sa place sans en tenir une grande dans ce bas monde. Ou ils se trouvent une manière élégante et inattendue de quitter la vie, comme Antonio.

Carla Guelfenbein a le même âge que moi, et ce qu'elle écrit me taraude, sans avoir eu besoin de me trouver dans des situations aussi radicales que celles de ses personnages : on a toujours une bonne occasion de trahir, ou de se sentir trahi, même dans la vie la plus banale... et surtout de s'interroger, encore et encore, sur comment communiquer avec les autres, surtout sur le long cours... Une lecture fascinante, qui m'a torturé l'estomac, mais que j'avais hâte de pouvoir reprendre ce soir, une fois mon travail achevé, et qui va me hanter je pense encore longtemps après avoir refermé les belles pages ivoire des éditions Actes Sud.

Encore peu de critiques (le livre vient de sortir), mais toutes positives. Cherchez l'erreur, et identifiez qui a copié qui, entre Le journal d'un journaliste et Izdi Livres d'un côté, Evene et Le Lysard de l'autre... La librairie Vaux-Livres, qui a visiblement lu le bouquin avant sa diffusion commerciale, livre au moins une critique originale, et gratifie le livre d'un coup de coeur de l'été. Et si vous voulez juste lire le petit texte de la couverture qui a suffi à me convaincre, il est sur le site de l'éditeur.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Superbe critique pour un superbe livre ! Bravo pour la justesse des mots choisis et la poésie de ce texte (le vôtre !)

Helene a dit…

Merci, quel plaisir de découvrir un commentaire aussi élogieux !!
Mais en général, la qualité de la critique tient d'abord à la qualité du livre critiqué : un bon livre, ça inspire :-)

Anonyme a dit…

Désespérant de platitude et du peu d'étude des personnages. Niveau "Nous deux " versions 2014

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