Trois chevaux, de Erri De Luca
Trois chevaux est un petit livre (140 pages), mais une grande lecture ! Je l'ai refermé depuis deux jours, et je suis encore dedans, sous le charme... L'écriture est sobre, mais très élaborée, et l'une des plus originales que j'aie lue, sans que je sache dire vraiment pourquoi. Elle parle de choses essentielles, en tous cas elle me parle.Le narrateur est un italien revenu au pays après avoir passé une partie de sa vie en Argentine, où il avait suivi la femme qu'il aimait. Elle lui a été ravie par la dictature militaire, et lui même a du fuir, pour en réchapper de justesse, au prix d'un étonnant parcours. Il est désormais jardinier, et il parle bien de la terre et des plantes.
Mais il parle surtout très bien d'amour. D'amitié aussi, celle qu'il entretient avec Selim, l'Africain qui vient régulièrement boire le café avec lui, et qui confectionne des bouquets d'herbes aromatiques ou de mimosa, puisés dans le jardin du narrateur, et qu'il vend dans les restaurants. Le narrateur lui donne tout, sans arrière pensée, refusant de se faire payer. "Laisse tomber, sans toi la floraison serait encore là, dans un jardin fermé. Toi, en revanche, tu es l'adjoint du vent, tu la répands au loin, tu l'épingles sur la poitrine des femmes. Je serais un exploiteur si je prenais un pourcentage sur le vent." Selim paiera sa dette un peu plus tard, d'une manière inattendue...
Il parle de Làila, bien sûr, cette jeune femme qui l'a accosté sans vergogne à la table du restaurant où il prend régulièrement son repas de midi. Elle lui laisse son numéro de téléphone d'une manière qui est quasiment un ordre de l'appeler. Et il le fait. Toujours sans arrière pensée. Sans croire qu'il va tomber amoureux. Mais ça arrive quand même, après quelques semaines et plusieurs dîners partagés. "Elle [...] m'ordonne d'aller chez elle après mon travail sans passer à la maison, et elle s'en va, moi je m'assieds et je suis pris d'une crampe à l'estomac, je le sais, mon corps aime cette femme, il mord pour le dire et il appelle. Je me dois d'obéir à ses braiements, même si je me traîne derrière sa queue. [...] Mon corps aime Làila, alors moi aussi."
Voilà, tout le livre est de la même eau. Et je voudrais avoir la même sagesse simple que cet homme de cinquante ans qui prend les jours les uns après les autres, et partage ce qu'il a sans même y songer. Une profonde humanité se dégage de l'écriture de De Luca, et je vais continuer c'est certain la découverte de cet auteur. J'aime aussi qu'il soit italien... comme l'homme qui partage actuellement ma vie. Aimer la culture italienne, outre que c'est assez facile tant elle comporte de belles et bonnes choses, c'est aussi un hommage symbolique que je rends à celui qui a le courage de me supporter tous les jours...
Libellés : roman italien

3 Commentaire(s) :
4.3.07,
Allie a dit :
Je le note ça m'a l'air très bien! :))
21.4.07,
Anonyme a dit :
trés bon livre, c'est un livre plein d'humanité et qui nous améne à réfléchir sur ce qu'est l'existence
4.3.09,
sylvie a dit :
J'ai lu au nom de la mère de cet auteur, et je l'ai trouvé vraiment très beau. Je pense que je vais lire celui-ci aussi. Tu en parles très bien, je note:)
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