Biographie de la faim, d'Amélie Nothomb

Le postulat de départ est intéressant : sans faim, point de quête, et la vie devient d'un mortel ennui. L'idée n'est pas tout à fait neuve : c'est à peu de chose près le principe de désir tel que décrit par Freud. D'autant que pour Nothomb, la faim des livres est à prendre en compte, autant que la faim de l'estomac.
L'ouvrage commence donc plutôt bien. Et puis, au fil des pages, cela se gâte, ressemblant de plus en plus à une sorte d'errance mentale, de souvenirs en souvenirs d'une petite fille un peu étrange qui pense qu'à 12 ans elle aura tout connu de la vie et qu'il sera donc nécessaire de se supprimer, puis qui survit on ne sait trop comment à une anorexie aussi sévère que ses faims précédentes. Ah, oui, c'est vrai, pendant ce temps, elle lit de plus belle, ça doit compenser.
Même si on lui fait crédit du second degré, cette auto-biographie (la 4ème de couverture dit assez explicitement "la faim, c'est moi", donc logiquement, "Biographie de la faim", c'est la biographie d'Amélie) est assez complaisante, même si je vous l'accorde, Amélie n'est pas tout à fait banale, et sa vie non plus.
Bon, je suis sans doute un peu sévère, je me suis peut être lassée des mots d'Amélie, dont j'avais dévoré plusieurs livres il y a quelques années de ça. Pour tout dire, je crois que mon préféré reste définivement son premier, "Hygiène de l'assassin", qui décortique les personnages d'une manière inusitée. J'ai de bons souvenirs de "Peplum" ou "Les catilinaires". J'ai décroché avec "Stupeur et tremblements", pourtant Grand Prix du roman de l'Académie Française.
En revanche, "Biographie de la faim" m'a donné envie de lire, ou de relire, quelques uns des nombreux auteurs cités... et a enrichi mon vocabulaire. Je vous livre quelques définitions que j'ai du aller chercher dans le Petit Robert, ça vous fera gagner du temps si vous décidez de vous lancer dans cette lecture :
- Potomanie : habitude de boire souvent de grandes quantités de liquide de toute nature.
- Onomastique : étude, science des noms propres, et spécialement des noms de personnes.
- Hapax : mot, forme, emploi dont on ne peut relever qu'un exemple.

Quelques critiques sur le web ? On en trouve des tonnes, forcément, Nothomb étant l'auteur francophone le plus vendu... Je serai donc sélective : la critique d'Evène est bien troussée, celle de Lire propose des liens vers tout plein d'autres critiques et d'infos autour du livre et de l'auteur, celle du Point est un peu savante. Côté lecteurs, la critique de Delphine sur Paris Etudiant montre des photos rigolotes d'Amélie, le blog Shensais a un joli design, le commentaire est alambiqué sur Inside a dream. Pour finir, les mini commentaires amusants de lecteurs sur un site de Bookcrossing (j'avais dit que j'allais m'y mettre, et puis le temps, toujours le temps qui manque... comment font les autres ??)

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Une rose au paradis, de René Barjavel

Pour tout dire, durant cette lecture, je me suis dit que peut-être je commençais à me lasser de Barjavel, ou que ce livre là était moins puissant que mes précédentes découvertes.
Pourtant, il n'est pas exactement comme les autres, même si on y retrouve les thèmes chers à Barjavel : le cycle de la vie, de la mort et de la résurrection du monde et des humains, qui détruisent leur planète par inconscience et bêtise, ne se sauvant, et la Terre avec eux, que grâce à l'amour, dont Barjavel présente toujours une vision à la fois éblouie et lucide...
Mais il y a aussi du Boris Vian dans ce livre, et l'organisation de la vie dans l'Arche construite par Monsieur Gé me fait penser à "L'Ecume des Jours"... Comme d'habitude, la science fiction chez Barjavel ne nous perd pas dans d'obscures considérations pseudo scientifiques. C'est plutôt une évocation épurée, où les traits principaux de la vie sont tracés avec toujours ce même mélange de réalisme et de poésie, et quelques "oublis" qui semblent volontaires, comme pour nous laisser nous souvenir à tout moment que nous sommes dans un roman.
Et puis la fin du bouquin est magique, sans qu'on puisse disséquer pourquoi. C'est toute l'alchimie de Barjavel, sa profonde humanité sans doute, qui sait lui mettre sous la plume les évocations qui nous touchent, qui nous réconcilient avec notre humaine condition, qui nous rappellent ce que la vie à d'aimable et pourquoi il faut la préserver, sans jamais perdre espoir. Jamais niais, bien qu'il soit selon moi romantique, lucide sans jamais être cruel, Barjavel me rassérène, moi qui suis parfois si pessimiste ces temps-ci en entendant les nouvelles du monde... J'espère au fond de moi que c'est lui qui a raison, et que nous saurons trouver le sursaut nécessaire pour nous tirer d'affaire, si possible avant la catastrophe...
Bref, comme d'habitude, la littérature de Barjavel reste d'actualité, à lire d'urgence pour ne pas sombrer dans la morosité... ni cependant dans l'indifférence ou dans un stupide et béat optimisme !

Comme d'habitude, les internautes sont unanimes... ce qui confirme sans doute l'universalité de Barjavel. Quelques citations en vrac : Digital Fashion, le blog d'un amateur de SF, Critiques Libres bien sûr (même s'il est plein de fautes d'orthographe, je partage assez l'avis de ce jeune lecteur... la valeur n'attend pas le nombre des années !), et un petit extrait sur Bouches à oreilles : comme d'habitude, chez Barjavel, ce sont les scènes d'amour qui retiennent l'attention... même si celle-là est moins extraordinaire que celle de "La nuit des temps". Et pour ceux qui découvrent l'auteur, Barjavel a maintenant sa page dans Wikipédia.

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Une relation dangereuse, de Douglas Kennedy

Annonçons tout de suite la couleur : c'est de littérature de gare dont il s'agit. Enfin non, de la littérature d'aéroport, puisque j'ai acheté ce bouquin à Orly il y a peu, après deux jours de déplacement professionnel si bien remplis que j'avais besoin... de me vider la tête ! Je suis donc entrée dans le premier Relais H que j'ai croisé, et quasiment fait "am-stram-gram" sur la tête de gondole. Mission accomplie : ça vide la tête. Et je vous promets que ça ne la remplit avec rien. Idéal pour se reposer, donc éventuellement comme lecture de plage, c'est bientôt la saison.
Deux mots sur l'intrigue ? Ah oui, quand même ! Deux "grands reporters" se rencontrent lors d'une "mission impossible"... ah ben tiens, il m'a tellement vidé la tête, ce bouquin, que je ne sais même plus où ! Peu importe. Les deux célibataires endurcis fondent comme neige au soleil, et démarrent leur idylle au Caire, point de rattachement de leurs missions de correspondants de presse. Elle "tombe enceinte" (j'ai horreur de cette expression... mais elle va bien dans le contexte, et elle me tombe sous les doigts, donc restons dans la facilité), ils se marient, et partent à Londres, où Monsieur s'est vu proposer un poste de responsable du bureau "étranger". Elle accouche d'un charmant petit "Jack"... et là, tout se corse. Enfin, pas tout de suite. L'exposé des affres de la dépression post-natale de la dame est un peu fastidieuse je dois dire, surtout pour de la littérature de vacances. Et c'est une façon un peu trop appuyée à mon goût pour introduire la suite. Un peu trop complaisant aussi pour l'autodénigrement féminin, même s'il est accentué par la maladie de la dame. Je vous passe sous silence le noeud de l'intrigue, il faut au moins ménager le suspens ! La dernière partie du livre est un procès "à l'américaine", même s'il se déroule à Londres, et c'est écrit pour le cinéma.

Quelques critiques sur le web ? Apparemment, tout le monde adore Douglas Kennedy, de Lire (qui néanmoins déplore comme moi la première partie un peu longuette) à Ecrits-Vains, en passant par Evene. A votre place, je ne lirais pas la critique de la Librairie Pantoute, qui dévoile presque tout le suspens. Côté blogs de lecteurs, ou plutôt de lectrices, Mes Livres est d'une inconditionnelle de Kennedy, et seule la Bibliothèque d'Alie descend le livre en flèche. Je ne serais pas si sévère, quoique loin d'être enthousiaste comme les précédents !
Mais celà me rappelle que j'ai sur une étagère de ma bibliothèque l'édition originale de "L'homme qui voulait vivre sa vie", que m'avait conseillé un de mes libraires favoris à l'époque de sa sortie. Je l'avais oublié dans les rayonnages, mais je vais le ressortir : après tout, je changerai peut-être d'avis sur cet auteur américain qui semble si prisé !

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