17.9.05

Ultime retouche, de Françoise Rey

Dino avait emporté ce bouquin dans sa valise, et je n'ai pas résisté à en faire mon bonheur d'un jour de pluie, durant nos vacances italiennes...
Françoise Rey, c'est d'abord de la littérature érotique. Etonnante pour une femme : drue, crue, grasse même parfois, d'une volupté épaisse et dense, toujours étonnamment plausible cependant, et empreinte d'une tendresse pour l'être humain, qui finalement nous ramène à la femme, celle qui sait que l'étreinte, même amoureuse, même furieuse, conserve un rapport avec la tendresse de la mère...
Ce qui est insolite et passionnant dans les écrits de Rey, c'est que l'érotisme se mêle in fine toujours à l'amour, sous-jacent aux scènes les plus hardies, à celles même qui en semblent le plus éloignées. Ses personnages ne sont jamais détachés, ils sont au contraire totalement impliqués dans l'acte sexuel, travaillés au plus profond de leur être par ce qu'ils accomplissent. Même lorsque ça semble fugace et inconséquent, la baise n'est jamais gratuite. Il ne s'agit pas d'un acte sentimental, en tous cas sûrement pas d'une mièvrerie à l'eau de rose, dont Rey est aux antipodes. La baise est au cœur de la vie, elle est la vie même. Baiser, c'est au moins exister, c'est communiquer, c'est partager avec les vivants, sans même parler de donner la vie, ce qui n'est pas ici le propos...
Il y a du Bataille sous la plume de Françoise Rey, en moins morbide, en plus féminin peut-être, mais du solide en tous cas, qui fait que ses écrits attachent, et laissent une trace. Dans « Ultime retouche », il est question du rapport à la mort, et du rapport à la mère. Et Rey réussit ce tour de force de mêler dans son ouvrage la truculence un peu grasse d'un Bérurier, une joie de vivre insouciante et légère, presque enfantine parfois, au confins de l'innocence, un réel érotisme qui remue les entrailles, sans tabou ni faux-semblant, et une réflexion plus profonde qu'il n'y paraît, sur l'amour et sur le deuil, qui cette fois touche au cœur... Elle témoigne en tous cas d'une profonde connaissance de l'être humain, d'une sensibilité qui n'a rien oublié de tous les âges de la vie, d'une belle acuité, et surtout, d'une belle tendresse pour l'être humain, qu'elle sait montrer sous ses multiples facettes, l'air de rien, sous une plume légère. Aucun d'entre-nous n'est blanc ou noir : nous sommes tous un mélange composite, qu'elle sait bien mettre à jour, nous faisant in fine aimer le personnage même qu'elle s'est employée à rendre suspect, et plutôt détestable tout au long du roman. Le tout sur une trame de roman policier que ne renierait pas un auteur de la Série Noire. Bref, une excellente lecture de vacances, à lire sans modération, et à tous les degrés, de la bagatelle à la presque métaphysique !

Comme ce soir je suis fainéante, vous chercherez vous même d'autres critiques sur le web. Je me contente de vous donner le lien vers la page où j'ai trouvé ma photo, et qui propose une bibliographie de Françoise Rey. C'est sur Délirium.

1 commentaire:

clioneige a dit…

Je ne connais pas ce roman et m'empresserai de le lire. De Françoise Rey j'ai bp aimé "La blessure de la neige" et la 1ere nouvelle de "Nuits d'encre".
Je découvre ce blog avec un réel plaisir.

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