11.2.05

Extase, de Susan Minot

C'est fou tout ce qui peut se passer dans la tête d'un homme et d'une femme durant une fellation... Mais non, il ne s'agit pas d'un texte érotique, contrairement à ce que pourraient laisser penser le titre du livre, et mon introduction ! C'est plutôt une réflexion sur les raisons qu'on a d'aimer l'autre, y compris et surtout peut-être à cause de ses failles. Pourquoi accepte-t-on une relation bancale ? Pourquoi ne quitte-t-on pas l'autre ? Pourquoi ne parvient-on pas à choisir entre deux amours ?
Parce que l'amour est un perpétuel compromis entre deux êtres éminemment imparfaits, pleins de paradoxes et parfois de lâcheté, parce qu'au fond on ne sait pas ce qu'on peut attendre de l'amour, ce qu'on pourrait trouver (et offrir) de mieux que ce qu'on a déjà, ou que l'on croit avoir.
Ce sont toutes ces questions que (se) posent les personnages de Susan Minot, dans un texte court et facile à lire qui rassemble néanmoins la majeure partie des interrogations de notre époque sur la relation ce couple. Je l'ai préféré aux nouvelles du recueil "Une vie passionnante"... dont le titre était pourtant prometteur, mais qui m'a laissé comme un goût d'inachevé à la fin de chaque nouvelle. Les personnages de son roman sont à mon avis mieux campés. Et l'auteur sait dire leur "petite voix intérieure", ce qui permet au lecteur de se mettre dans la peau des personnages, et de mêler sa propre voix aux leurs... car les questions qu'ils posent, les remarques qu'il se font, nous nous les sommes tous formulés un jour ou l'autre.

Dans l'ensemble, le livre a plu aux critiques, de l'Express à Lire en passant par Le Temps. Elle laisse les lecteurs un peu plus perplexes sur ZazieWeb, un site de lecteurs que je ne connaissais pas encore.

14.1.05

Le con d'Irène, de Louis Aragon

Ce court texte d'Aragon est le second cadeau de Versac, pas moins intéressant que le premier...
On est ici dans une veine proche de celle de Bataille, où l'érotisme est sublime, à la fois morbide et plein de vie pourtant, sordide et somptueux. Comme une blessure nécessaire, dont on voudrait se défaire mais qu'on appelle de ses voeux, il fascine... Je reste toujours un peu interdite devant cette manière d'aborder la question, comme à la lisière d'un monde qui ne serait pas le mien, et dont je ne verrais qu'un seul pan. Certes, il m'est arrivé de me sentir blessée, misérable, trop affamée pour être honnête, pas forcément très propre sur moi ni dans mes pensées intimes... mais Aragon va jusqu'à la boue, au mépris, à l'agonie, ou parfois au rire bouffon et sardonique. Et c'est plutôt un texte métaphysique que réellement érotique : finalement, le tout est de savoir ce qu'on met sous ce mot...
Le suis restée bouche bée cependant, envieuse d'un talent que je n'aurai jamais, et toute frémissante au fond de mon fauteuil, dans les quelques pages où Aragon décrit précisément "Le con d'Irène". L'allégorie est presque mystique... et je me demande jusqu'à quel point les femmes ont fasciné l'auteur, jusqu'à lui faire peur sans doute, mais ce serait trop facile... Question d'époque peut-être, où il n'était pas question par la parole de briser le malaise, d'expurger les peurs, et d'alléger un peu cette ambiance alourdie de parfums trop capiteux...

Allons maintenant voir sur la toile ce qu'en disent les autres... Comme souvent, je partage assez l'avis de CritiquesLibres, qui est quasiment le seul site d'ailleurs à proposer une critique isolée de l'ouvrage. Angelo Rinaldi en parle, et plutôt bien, dans l'Express Livres à l'occasion d'une édition en Pléiade des œuvres d'Aragon. Overdream.com lui se contente de reproduire... le fameux petit chapitre dont je parlais plus haut.

13.1.05

Bartleby le scribe, d'Herman Melville

Ceux qui ont lu mes dernières notes de lecture savent combien je suis émue lorsqu'on m'offre des livres... parce que c'est rare que quelqu'un ose me proposer ainsi ses propres lectures... Mais un de mes jeunes lecteurs dont la culture littéraire continue de m'esbaudir l'a fait, avec une gentillesse qui m'a beaucoup touchée, pour introduire notre première conversation "IRL". Et je me suis évidemment précipitée sur ces pages : j'ai commencé par Melville, que je connais mal je l'avoue, hors le célèbre "Moby Dick" qui a fait trembler tous les adolescents.
Cette nouvelle nous plonge dans un tout autre univers. Nous sommes ici dans les méandres de la conscience d'un homme de loi new-yorkais du 19ème siècle, qui ma foi ne trouve rien dans ses textes pour se dépêtrer d'une situation embarrassante, mais au contraire semble trouver une sorte de délice à se laisser envahir... Et l'étrange scribe Bartleby va devenir au fil du temps la bonne et la mauvaise conscience de ce conseiller à la Cour de la Chancellerie, sans que le scribe pourtant ne dévoile rien de son mystère... Un bref mais étonnant voyage dans l'âme humaine, à s'offrir en Folio (je découvre que le livre existe en édition bilingue, pour ceux qui voudraient en profiter pour travailler leur anglais...) ou bien encore en CD, pour se l'entendre lire par Daniel Pennac, dont c'est la nouvelle préférée. Tiens tiens... que d'intentions dans ce cadeau, et décidément quel oeil attentif que celui de ce lecteur là... que je remercie en tous cas de me faire faire de telles découvertes.

Pour compléter, quelques commentaires sur ce livre, qui semble-t-il a donné lieu à bien des analyses, ma foi beaucoup plus fouillées que la mienne... Commençons par la jolie page de c'est le livreur, avant d'aller jeter un oeil au compte-rendu d'une soirée "café littéraire" autour de ce livre.
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