3.12.06

La route bleue, d'Hélène Bessette

J'ai trouvé ce bouquin un peu par hasard, au Relais H de l'aéroport d'Orly, un soir où j'avais un peu de temps avant mon vol. C'était une édition originale de 1960, la couverture blanche de Gallimard jaunie par le temps, salie par l'entreposage sur des étagères oubliées, avec ses pages à couper avant de pouvoir lire. Une relique exhumée, parmi quelques autres titres exposés sur un présentoir vertical. J'avais lu quelques temps avant un papier dans L'Humanité sur cet écrivain, "L'insuccès d'Hélène Bessette". Ecrivain de la même génération que Duras, Robbe-Grillet, Sarraute, ou Butor, admirée par Queneau, Hélène Bessette n'a pas rencontré les lecteurs, en dépit de ses qualités littéraires.

En première approche, l'écriture est aride. Des phrases courtes, un décor brossé à petites touches, comme un tableau impressionniste, des personnages campés par leurs seuls dialogues. Et puis, par moment, ça s'envole. Elle se met à jouer avec les mots, les assonances, le rythme et les rimes, le glissement insensible du sens, l'hypnotisme des répétitions, jamais tout à fait identiques. On a qualifié ses romans de "romans poétiques", et il y a de ça. Mais La Route Bleue est à mon avis surtout mélancolique. C'est l'histoire d'un amour qui peut-être aurait pu exister entre ces deux jeunes Français émigrés en Australie, si le jeune homme n'avait pas été si désabusé, voire cynique, s'il n'avait pas eu un penchant trouble pour les garçons, si la jeune fille n'avait pas oublié de renouveler ses papiers, si elle avait manifesté peut-être plus de volonté. On ne sait pas très bien. On flotte dans cet univers flou de la destinée dont on ne sait si elle doit être prise en main, ou si elle s'impose comme une fatalité à l'être humain...

La quatrième de couverture parle d'une peinture de Sydney comme poétique, et d'une "atmosphère de détente que seuls connaissent les heureux pays qui n'ont pas connu les ruines et les destructions des guerres successives". Il est vrai que le livre a été terminé en 1950, et que la souvenir de la guerre devait être encore assez pesant dans les esprits européens. Cependant j'ai senti poindre comme une forme de critique pour un monde un peu frivole, désœuvré, orienté sur la seule recherche du plaisir. Mais c'est peut-être parce que je suis sensible à tous les signes avant-coureurs de la décadence que je sens dans le monde d'aujourd'hui...

Pas de lien Amazon pour ce livre : pas disponible chez le libraire en ligne, donc sans doute pas non plus chez l'éditeur. Et puis après avoir lu cet intéressant article "Apprendre à vivre avec le numérique", je me demande si c'est une bonne idée d'envoyer les lecteurs vers Amazon... N'oublions pas que je suis fille d'anciens libraires (Amazon n'existait pas à l'époque...).

Quelques liens intéressants sur Hélène Bessette, même si je n'ai trouvé aucune critique de La Route Bleue :

4 commentaires:

julien doussinault a dit…

Mais c'était ma librairie! Mais c'ést mon article! Mais c'est mon site internet!
Trois bonnes raisons pour vous remercier de cette très belle note de lecture, et le prétexte pour vous dire que des lectures de "La Route bleue" et d'autres romans d'LNB7 sont prévues lundi 22 janvier au théâtre de la Colline à Paris. L'entrée est libre, il suffit juste de téléphoner pour réserver. L'occasion peut-être de nous rencontrer? En attendant que je vous livre, si vous le voulez, mon commentaire de "La route bleue".

Helene a dit…

Bonjour Julien,
Merci pour ce commentaire et cette inviation... que malheureusement je ne pourrai honorer, n'étant pas sur Paris à cette date. Dommage... A bientôt pour lire votre commentaire sur "La Route bleue" ?

Anonyme a dit…

salut !
le manifeste du roman poétique, de H. Bessette, est disponible EN ENTIER sur

http://omfg.over-blog.fr/article-20878522.html

g/ r/ a dit…

whut ?
5UFU //\\//008 !!
C'est gentil de publier et faire connaître quelques livres de Bessette .. mais pourquoi publier au compte-gouttes une oeuvre qui développe des idées ? Pourquoi des post-face ridicules quand l'auteur moquait les commentaires et les critiques littéraires ? Pourquoi diable écrire une biographie, quand l'oeuvre est une autobiographie poétique très détaillée, choisissant de relater certaines choses et pas d'autres ? Pourquoi insister sur la pauvreté et la "paranoïa" de l'auteur ?

http://omfg.over-blog.fr/article-21833954.html

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