Il montre comment la culture d'entreprise a basculé, depuis la privatisation de l'opérateur historique, vers la recherche du profit à court terme, où tous les moyens sont bons pour "cracher du cash". L'humain n'a plus aucune importance, tout se réduit à des tableaux de chiffres, à des objectifs toujours plus inatteignables avec des moyens toujours plus restreints, et jusqu'à une véritable "robotisation" des employés sur les plateaux d'appels - où l'on vient les chercher aux toilettes s'ils sont absents plus de 3 minutes de leur poste de travail. On se croirait revenu au temps des "demoiselles du téléphone"...
Le personnel est une charge, qu'il convient de réduire au minimum si l'on veut pouvoir continuer de servir de généreux dividendes aux actionnaires, et maintenir le cours de l'action sur les marchés boursiers. C'est le nouveau Graal des dirigeants d'entreprises.
Chez France Télécom, "malheureusement", on ne peut pas organiser de "plan social" si facilement. Une partie du personnel est toujours régi par le statut de fonctionnaire, et par ailleurs, l'entreprise affiche une trop bonne santé financière. Il n'en reste pas moins qu'elle a supprimé 22 000 emplois en 3 ans. Comment ? eh bien justement, entre autres via un management par le stress visant à décourager le plus grand nombre possible de salariés, qu'on amène ainsi au "départ volontaire", après une succession de fermetures de sites les obligeant à se déplacer de plus en plus loin pour rejoindre leur lieu de travail, et des reconversions forcées vers des métiers qui n'ont rien à voir avec les compétences d'origine de chacun, et souvent encore moins avec ses aspirations professionnelles. Le tout assorti d'une culture du résultat immédiat et une absence d'accompagnement dans le changement.
Vous vous demandez pourquoi tant de salariés se sont suicidés chez France Télécom ? Lisez ce livre, vous comprendrez.
Au passage, Yvan du Roy rappelle sous l'influence de quels lobbies s'est mise en place la réglementation européenne qui vise à mettre en concurrence toutes les activités de services, y compris celles qui étaient précédemment considérées comme "publics", et d'intérêt national. On y comprend clairement que tout cela n'a rien à voir avec l'efficience, et tout avec l'idéologie... dont on voit bien aujourd'hui qu'elle peut tuer, si si, même quand elle est libérale.
Au delà d'une simple chronique de l'entreprise qui a si tristement fait la une des médias ces dernières semaines, cet ouvrage met en évidence les conséquences de cette "idéologie du chiffre", sa traduction dans le quotidien des salariés, déjà à l'oeuvre dans d'autres entreprises, et qui pourrait bien demain s'étendre encore : France Télécom constitue en effet une sorte de "laboratoire" de la transformation de services publics en entreprises soumises aux règles du capitalisme financier, où on les applique sans doute avec d'autant plus de violence qu'elles y sont "nouvelles", et que les salariés ne sont pas forcément préparés à se défendre contre ces méthodes insidieuses, et absolument scandaleuses.
Florence Noiville, auteure de "J'ai fait HEC et je m'en excuse", interrogée par Marianne 2 explique très bien comment la formation des dirigeants actuels exclut totalement la prise en compte du facteur humain, et conduit donc très logiquement à ce type de dérive.
La crise financière de septembre 2008 n'a rien changé dans la régulation et le fonctionnement du capitalisme financier.
La crise des suicides chez France Télécom restera-t-elle aussi inutile ? Assistera-t-on enfin à une vraie prise de conscience, et surtout de mesures, tant chez les hauts dirigeants d'entreprises que chez les politiques ? C'est à souhaiter, et pour très vite !
Pour une fois, je ne vais pas chercher de critiques de blogueurs pour cet ouvrage. A la place, je vous laisse en compagnie de l'auteur, interviewé par Backchich :
France telecom : "orange stressé"
envoyé par bakchichinfo. - L'info video en direct.
Vous pouvez également lire un extrait de l'ouvrage sur la page d'accueil des éditions La Découverte.

