L'amant de Lady Chatterley, de DH Lawrence

Après avoir (enfin) vu le film éblouissant de Pascale Ferran, j'ai évidemment eu envie de relire le livre, qui trainait dans ma bibliothèque, et que j'avais du lire il y a fort longtemps, en un temps sans doute où je n'avais pas forcément la maturité nécessaire pour en saisir toutes les subtilités... Il en va ainsi de ces livres qui sondent l'âme et le comportement humain en profondeur : il faut avoir vécu pour les écrire, mais aussi pour en saisir toute la portée. Ils ont valeur éducative certes, mais restent bien souvent incompris de ceux qui n'ont pas ne serait-ce qu'effleuré l'expérience qu'ils cherchent à transmettre. Il est des choses qu'il faut avoir vécu dans sa chair, et c'est ici bien le terme qui convient, des émotions qu'il faut avoir éprouvées, fut-ce une seule fois, pour pouvoir les reconnaître dans une oeuvre artistique, et suivre l'auteur dans sa démonstration...

Même si je n'ai pas la bonne version de l'ouvrage (j'ai la troisième édition, et non la seconde sur laquelle s'est appuyée Pascale Ferran pour préparer son film), je confirme que le film respecte l'esprit de l'écrivain, et transcrit parfaitement son propos. Elle le concentre sur la relation entre Constance et le garde-chasse, et l'épure en grande partie du propos social, ce qui a mon sens permet de mieux saisir l'essentiel de ce que veut nous dire Lawrence, et permet de conserver l'universalité et l'intemporalité du propos.

Cependant, l'analyse sociale, outre le scandale du "mélange des classes", n'est pas sans intérêt. Je reste assez frappée, globalement, par la modernité et la lucidité des auteurs du début du XXième siècle (on la retrouve chez Edith Wharton, Henry James, Conrad) sur l'évolution de la société et des rapports entre les humains. Lawrence stigmatise le rapport à l'argent, l'acquérir, mais surtout le dépenser, devenant le but de l'existence : on dépense pour se sentir vivre, mais en réalité, dépenser et rechercher l'argent empêche de vivre les vrais rapports humains. Je me demande si ce n'a pas été plus ou moins vrai à toutes les époques (je ne crois pas à un "âge d'or" en la matière), mais c'est assurément exacerbé à la nôtre, et il est étonnant de constater que c'était déjà si visible il y a presque un siècle. Lawrence propose d'en sortir, au moins individuellement si ce n'est collectivement, par une relation vraie entre un homme et une femme. Je continue de prétendre que c'est la dernière vraie aventure humaine à la portée de chacun, et c'est au coeur du propos de Lawrence. Et j'adhère entièrement à sa manière de voir : comment se noue l'intimité, comment se construit la confiance, comment les émotions du corps et du coeur sont indissociables... Bergman fait dire à l'un de ses personnages, dans Scènes de la vie conjugale je crois, qu'il faut "une bonne camaraderie et une solide entente sexuelle" pour qu'un couple existe et dure, et c'est exactement ça. Le bon partenaire est celui qui comble les failles de l'autre, et l'éveille ou le réveille à la vie, j'allais dire à l'envie... Mais je ne suis pas très douée pour disserter là dessus, sauf peut-être quand j'écris une lettre d'amour. Lawrence le fait beaucoup mieux que moi évidemment. Et son livre est une sorte d'initiation à l'amour, et bien sûr pas seulement à la sexualité ou à l'érotisme, comme on l'a trop souvent mis en avant, ce qui en a fait un écrivain sulfureux. C'est l'un de ses personnages qui le dit, défendre sa sexualité vous met au ban de la société, avoir une vraie liberté en la matière (et il n'est pas question ici de "libération sexuelle", Lawrence fustige les rapports froids et superficiels comme le donjuanisme) vous met au ban de la société. C'est d'ailleurs sans doute un but intéressant en soi... même si cela peut nous confiner à l'individualisme qui achève de détruire notre société. Mais si nous ne parvenons pas à l'universelle fraternité qui pourrait nous sauver collectivement, autant au moins s'en sortir personnellement, enfin, en couple !

Dans l'ensemble, les lecteurs aiment, comme on peut le lire sur Voix au chapitre, ou dans le blog Zone livre. Quelques infos sur Lawrence et Lady Chattereley dans Wikipedia.

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Curieusement, ce n'est pas la version utilisée par Pascale Ferran qui reprend l'affiche du film, mais la troisième, L'amant de Lady Chatterley, donc celle que j'ai lue. Mais je mets aussi le lien vers Lady Chatterley et l'homme des bois, que je me promets bien de lire un de ces jours.

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La note sensible, de Valentine Goby


La littérature contemporaine donne naissance à des filles étranges qui choisissent de renoncer par avance à l'amour qu'elles pressentent, la souffrance qu'elles en envisagent étant supérieure aux bonheurs qu'elles imaginent pouvoir en retirer. Nonobstant ce refus bizarre de la dernière aventure vraie qu'il soit possible à chacun d'explorer dans notre monde moderne, Valentine Goby démontre avec brio ce que j'ai en d'autres temps touché du doigt : on peut vivre les sensations et les sentiments quasiment aussi fort qu'en vrai par le simple truchement d'une plume et d'une solide imagination. La jeune et fantasque Inès n'en manque pas, et ce qu'elle raconte constitue une expérience parfaitement plausible...
La seule chose qui me fasse enrager, c'est que les héros, ou anti-héros, de romans ont toujours le temps de se livrer à l'imaginaire et à l'introspection, des jobs qui permettent une absence mentale, la seule présence "mécanique" pouvant suffire à donner le change et à remplir la fonction, pendant qu'on occupe son âme à des choses bien plus intéressantes... Bon, tant pis pour moi, je n'ai pas choisi le bon métier, et comme on n'a que ce qu'on mérite, sans doute ai-je eu longtemps envie de fuir l'introspection et une imagination trop fertile.
En attendant, lisez La note sensible : quand on n'a pas le temps de cultiver son propre imaginaire, on peut toujours se ressourcer à celui des autres. Celui de Valentine Goby est ma foi attachant, avec une touche de loufoquerie qui de nos jours peut passer pour quasi normale, mais qui rafraichit l'esprit.

Beaucoup de commentaires sur ce livre dans les blogs : il a visiblement plu. Comme Florinette, j'ai eu envie de relire la préface une fois le livre terminé. Elle est moins paresseuse que moi, elle vous l'a recopiée. L'auteure du blog "Conduite en état livresque" (déjà j'adore nom du blog) a "lu" une version audio, qu'on peut trouver chez Lire en tous sens. Lilly et ses livres change d'opinion en cours de rédaction de sa critique, et vous donne, elle, l'explication de ce qu'est "la note sensible" en musique (j'ai découvert en lisant le livre, moi qui me piquais de connaître un peu la musique !). Flo adore Valentine Goby, mais je retiens aussi son idée du "swap de livre". Dommage, la clôture était hier, je ne pourrai pas participer cette fois-ci... Mondalire présente une courte biblio de la jeune Valentine Goby, et une présentation de La note sensible. Bon, je mets encore un lien vers La Sirène de Sorrente, parce-que j'aime bien le design du blog et le ton décalé, et je termine par la présentation du livre sur la page de son éditeur Gallimard, aussi parce qu'il y a un lien vers une critique de Belle du Seigneur par Valentine Goby, qui a adoré, comme moi !

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