La nuit des temps, de René Barjavel

La science-fiction, je n'aime pas. Mais un roman d'anticipation qui mêle le romantisme avec la vision la plus lucide de la stupidité humaine... ça me plaît beaucoup. C'est comme ça que je définirais le roman de Barjavel.
Je n'avais jamais lu cet auteur auparavant... sans doute en partie à cause de sa réputation d'être un auteur "facile", voire trop facile, ou trop populaire. Mais après tout, est-ce un défaut que d'offrir un vrai moment d'évasion et d'être apprécié par un public très large ? D'autant que les questions ne sont pas absentes, et que l'homme semble, aujourd'hui plus encore peut-être que lors de l'écriture du livre (démarré en 66, et publié en mars 68), visionnaire. On peut retrouver dans ce livre différents thèmes et angles d'analyse qui sont tout à fait contemporains... ou peut-être intemporels, comme celui de l'éternel recommencement... Avec tout ce que nous savons aujourd'hui, nous continuons, plus que jamais, de nous battre pour des bêtises et de détruire notre planète... Ce qui est réconfortant, chez Barjavel, c'est que l'amour est éternel. Ce qui reste problématique, c'est qu'il ne sauve pas tout...
En attendant, l'écriture de Barjavel captive, et dose avec intelligence quelques explications scientifiques qui rendent les choses plausibles, sans jamais nous noyer dans la complexité, une ode à la nature qui reflète bien son émerveillement devant le "vivant", et une petite plongée dans l'âme humaine, montrant simultanément sa face la plus noble, et sa face la plus stupide...
C'est amusant, cette double approche, avertissement d'un côté, invitation à nous émerveiller de l'autre, me fait penser à celle d'Hubert Reeves, dont j'ai déjà parlé dans un récent post. Un état d'esprit qu'on aimerait pouvoir maintenir en équilibre dans nos propres âmes, pour garder le courage d'être lucides et militants.
Je ne vais pas m'étendre, parce-que beaucoup de choses ont déjà été dites et écrites sur ce roman, et sur la littérature de Barjavel en général. Je vous livre donc une petite sélection de ce que j'ai trouvé sympa.

Pour commencer, le barjaweb, qui permet de découvrir assez largement les oeuvres de Barjavel, et s'ouvre sur une animation du symbole de "l'équation de Zoran", qui contient le secret de l'énergie universelle (beau programme, non ?). Cette page perso résume assez bien, sans trop le déflorer toutefois, ce que l'on peut trouver dans les oeuvres "SF" de Barjavel. Bien sûr, la page d'Evene consacrée à cet ouvrage, et celle de CritiquesLibres, avec leurs critiques de lecteurs.
J'ai lu ce titre au sein du recueil "Romans extraordinaires", des éditions Omnibus : j'adore ces bouquins à la couverture souple qu'on peut ouvrir en grand sans casser le dos !

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The dying animal, de Philip Roth

Je n'avais jamais rien lu de Philip Roth, et tant qu'à faire, j'ai commencé par le dernier, et en anglais. Les critiques sont assez sévères. La plupart, influencés sans doute par l'image qu'ils ont de Roth qui traîne une réputation sulfureuse, y voient essentiellement une histoire de sexe (de plus), et la dernière
lutte d'un homme vieillissant avec les affres du désir, de la jalousie, et la peur de la mort... donc en quelque sorte un sujet "bateau".
Certes, au début du livre, je me suis dit : "Quel muffle! Et si cette jeune Consuela (une de ses étudiantes de 24 ans lorsqu'il en a 62) le plante comme il le craint et l'anticipe, ce sera bien fait pour lui !". Elle le plante en effet. Et il en est malade. A en raconter n'importe quoi sur la libération sexuelle des années 60 et son fils qui n'a rien compris à rien. A se branler tout seul devant son piano (restons dans l'ambiance et le langage très cru de l'auteur). Je n'ai éprouvé aucune compassion - fidèle à mon premier ressenti, et peu d'intérêt sur les banalités qu'il débite à propos de la révolution sexuelle - en ça je rejoins la plupart des critiques.
Là où tout change, c'est à la fin du livre. Quand Consuela revient vers lui, malade d'un cancer du sein qui causera l'amputation totale de la magnifique poitrine qui fascinait David Kepesh. Là, je trouve la réflexion intéressante sur la perception du temps, du passé, de l'amour, modifiées par l'approche de la mort. Tout à coup, les deux personnages deviennent proches... même si c'est peut-être pour de mauvaises raisons. Je ne sais pas trancher en effet entre la sincère compassion de l'homme vieillissant pour la jeune femme malade, et l'éventuel sentiment de revanche de l'abandonné sur celle qui l'a hanté, et qui contre toute attente risque de disparaître avant lui... Mais il est là, il veut être là, le dernier à être là, pour la tenir dans ses bras, confesser ses peines et ses regrets, consoler ses terreurs. Et tout d'un coup je l'ai trouvé beaucoup plus respectable.
Quand au style, j'ai évidemment un peu plus de mal à en juger en anglais. Mais dans l'ensemble, ça m'a paru assez puissant, parce que c'est direct, que l'auteur ne mâche pas ses mots, et j'aime assez cette manière d'interpeller le lecteur.

D'autres critiques ? Voici la présentation de l'éditeur et les critiques des lecteurs sur Amazon, la critique mordante de L'Express Livres, la critique "désolée d'être sévère" d'Evène, les critiques plus favorables de Critiques Libres (j'aime bien ce site).

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