Le passé, d'Alan Pauls

Habituellement, je parle des livres que j'ai lus... Celui-là, j'en parlerai donc plus tard. Mais compte-tenu de ce que j'ai entendu à la radio sur ce bouquin, et de la critique de Télérama, je voulais me mettre un pense-bête... qui vous donnera peut-être envie de le lire aussi !
On en reparle ?

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Un garçon d'Italie, de Philippe Besson

Dans ce roman, Philippe Besson fait parler un mort, Luca, retrouvé noyé dans l'Arno, le fleuve qui baigne Florence. Et ce mort, dont on ne saura qu'à la fin si le décès est accidentel, suicidaire ou assassin, nous parle de la vie : ce qui lui manque au fond de son tombeau, c'est la lumière de l'azur (et Dieu sait qu'il est en Italie plus beau sans doute que nulle part ailleurs), le mouvement, et le contact de la chair, la caresse des peaux. Saurait-on mieux résumer ce qui nous attache à la vie et fait le miel de nos jours ?
Pendant que Luca nous décrit ce qu'il ressent depuis son décès, Anna et Leo s'interrogent, Anna surtout, sur les motifs et les circonstances de la disparition, et disent, chacun à leur manière, mais avec la même justesse, ce qu'est le manque face à la mort d'un proche. Elle mène l'enquête aussi, à la recherche d'un personnage dont elle se demande finalement si elle l'a si bien connu que ça...
Ce sont de vraies questions, que Besson pose avec des mots justes, des phrases brèves et bien campées, qui semblent exprimer exactement l'informulable qu'on sent au-dedans de soi sur ces thèmes. Qu'est-ce que la vie ? Qu'est-ce que l'amour ? Qu'est-ce que l'ambivalence ? Est-ce qu'il faut attendre autre chose de l'être aimé que la paix et la liberté qu'il vous offre ? Est-ce qu'on sait vraiment qui sont ceux qu'on aime, ce qu'ils vivent et ce qu'ils ressentent ? Et comment enfin se débrouiller avec leur disparition ? Comment rester vivant, et les conserver en soi, alors qu'ils ne sont plus ? Les personnages de Besson nous offrent des réponses et des champs de réflexion très matures, alors même qu'ils se débattent avec leur désarroi, leurs faiblesses et leurs maladresses bien humaines. Besson nous parle de la mort sans jamais être morbide, même lorsqu'il est précis et descriptif. Il y a dans ce texte une sérénité étonnante. A lire d'urgence, je suis d'accord avec le commentaire du journaliste de l'Express mentionné en couverture du livre. D'abord pour se souvenir combien il est important, avant qu'ils disparaissent, de partager le bonheur de vivre avec ceux qu'on aime...

Tous les lecteurs ont aimé ce livre, je n'ai trouvé que des critiques positives, sur Ecrits-Vains, SuperCoin, MatooBlog, ou Chez Amandine.
J'avais aussi beaucoup aimé "L'arrière saison", construit à partir d'un tableau d'Edward Hopper, peintre américain que j'aime beaucoup aussi, et j'avais trouvé la démarche littéraire intéressante (même si pas si originale que ça, puisque Tracy Chevalier s'est également inspirée d'un tableau pour écrire "La jeune fille à la perle"). Voici donc quelques liens pour mieux faire connaissance avec Philippe Besson, un écrivain plein de finesse qui à mon avis vaut d'être lu. Une interview de lui lorsqu'il a publié "L'arrière saison", sur Delirium, une autre interview à propos de "En l'absence des hommes", et une bibliographie de Besson, sur Encres Vagabondes.

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Ultime retouche, de Françoise Rey

Dino avait emporté ce bouquin dans sa valise, et je n'ai pas résisté à en faire mon bonheur d'un jour de pluie, durant nos vacances italiennes...
Françoise Rey, c'est d'abord de la littérature érotique. Etonnante pour une femme : drue, crue, grasse même parfois, d'une volupté épaisse et dense, toujours étonnamment plausible cependant, et empreinte d'une tendresse pour l'être humain, qui finalement nous ramène à la femme, celle qui sait que l'étreinte, même amoureuse, même furieuse, conserve un rapport avec la tendresse de la mère...
Ce qui est insolite et passionnant dans les écrits de Rey, c'est que l'érotisme se mêle in fine toujours à l'amour, sous-jacent aux scènes les plus hardies, à celles même qui en semblent le plus éloignées. Ses personnages ne sont jamais détachés, ils sont au contraire totalement impliqués dans l'acte sexuel, travaillés au plus profond de leur être par ce qu'ils accomplissent. Même lorsque ça semble fugace et inconséquent, la baise n'est jamais gratuite. Il ne s'agit pas d'un acte sentimental, en tous cas sûrement pas d'une mièvrerie à l'eau de rose, dont Rey est aux antipodes. La baise est au cœur de la vie, elle est la vie même. Baiser, c'est au moins exister, c'est communiquer, c'est partager avec les vivants, sans même parler de donner la vie, ce qui n'est pas ici le propos...
Il y a du Bataille sous la plume de Françoise Rey, en moins morbide, en plus féminin peut-être, mais du solide en tous cas, qui fait que ses écrits attachent, et laissent une trace. Dans « Ultime retouche », il est question du rapport à la mort, et du rapport à la mère. Et Rey réussit ce tour de force de mêler dans son ouvrage la truculence un peu grasse d'un Bérurier, une joie de vivre insouciante et légère, presque enfantine parfois, au confins de l'innocence, un réel érotisme qui remue les entrailles, sans tabou ni faux-semblant, et une réflexion plus profonde qu'il n'y paraît, sur l'amour et sur le deuil, qui cette fois touche au cœur... Elle témoigne en tous cas d'une profonde connaissance de l'être humain, d'une sensibilité qui n'a rien oublié de tous les âges de la vie, d'une belle acuité, et surtout, d'une belle tendresse pour l'être humain, qu'elle sait montrer sous ses multiples facettes, l'air de rien, sous une plume légère. Aucun d'entre-nous n'est blanc ou noir : nous sommes tous un mélange composite, qu'elle sait bien mettre à jour, nous faisant in fine aimer le personnage même qu'elle s'est employée à rendre suspect, et plutôt détestable tout au long du roman. Le tout sur une trame de roman policier que ne renierait pas un auteur de la Série Noire. Bref, une excellente lecture de vacances, à lire sans modération, et à tous les degrés, de la bagatelle à la presque métaphysique !

Comme ce soir je suis fainéante, vous chercherez vous même d'autres critiques sur le web. Je me contente de vous donner le lien vers la page où j'ai trouvé ma photo, et qui propose une bibliographie de Françoise Rey. C'est sur Délirium.

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