Le con d'Irène, de Louis Aragon

Ce court texte d'Aragon est le second cadeau de Versac, pas moins intéressant que le premier...
On est ici dans une veine proche de celle de Bataille, où l'érotisme est sublime, à la fois morbide et plein de vie pourtant, sordide et somptueux. Comme une blessure nécessaire, dont on voudrait se défaire mais qu'on appelle de ses voeux, il fascine... Je reste toujours un peu interdite devant cette manière d'aborder la question, comme à la lisière d'un monde qui ne serait pas le mien, et dont je ne verrais qu'un seul pan. Certes, il m'est arrivé de me sentir blessée, misérable, trop affamée pour être honnête, pas forcément très propre sur moi ni dans mes pensées intimes... mais Aragon va jusqu'à la boue, au mépris, à l'agonie, ou parfois au rire bouffon et sardonique. Et c'est plutôt un texte métaphysique que réellement érotique : finalement, le tout est de savoir ce qu'on met sous ce mot...
Le suis restée bouche bée cependant, envieuse d'un talent que je n'aurai jamais, et toute frémissante au fond de mon fauteuil, dans les quelques pages où Aragon décrit précisément "Le con d'Irène". L'allégorie est presque mystique... et je me demande jusqu'à quel point les femmes ont fasciné l'auteur, jusqu'à lui faire peur sans doute, mais ce serait trop facile... Question d'époque peut-être, où il n'était pas question par la parole de briser le malaise, d'expurger les peurs, et d'alléger un peu cette ambiance alourdie de parfums trop capiteux...

Allons maintenant voir sur la toile ce qu'en disent les autres... Comme souvent, je partage assez l'avis de CritiquesLibres, qui est quasiment le seul site d'ailleurs à proposer une critique isolée de l'ouvrage. Angelo Rinaldi en parle, et plutôt bien, dans l'Express Livres à l'occasion d'une édition en Pléiade des œuvres d'Aragon. Overdream.com lui se contente de reproduire... le fameux petit chapitre dont je parlais plus haut.

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Bartleby le scribe, d'Herman Melville

Ceux qui ont lu mes dernières notes de lecture savent combien je suis émue lorsqu'on m'offre des livres... parce que c'est rare que quelqu'un ose me proposer ainsi ses propres lectures... Mais un de mes jeunes lecteurs dont la culture littéraire continue de m'esbaudir l'a fait, avec une gentillesse qui m'a beaucoup touchée, pour introduire notre première conversation "IRL". Et je me suis évidemment précipitée sur ces pages : j'ai commencé par Melville, que je connais mal je l'avoue, hors le célèbre "Moby Dick" qui a fait trembler tous les adolescents.
Cette nouvelle nous plonge dans un tout autre univers. Nous sommes ici dans les méandres de la conscience d'un homme de loi new-yorkais du 19ème siècle, qui ma foi ne trouve rien dans ses textes pour se dépêtrer d'une situation embarrassante, mais au contraire semble trouver une sorte de délice à se laisser envahir... Et l'étrange scribe Bartleby va devenir au fil du temps la bonne et la mauvaise conscience de ce conseiller à la Cour de la Chancellerie, sans que le scribe pourtant ne dévoile rien de son mystère... Un bref mais étonnant voyage dans l'âme humaine, à s'offrir en Folio (je découvre que le livre existe en édition bilingue, pour ceux qui voudraient en profiter pour travailler leur anglais...) ou bien encore en CD, pour se l'entendre lire par Daniel Pennac, dont c'est la nouvelle préférée. Tiens tiens... que d'intentions dans ce cadeau, et décidément quel oeil attentif que celui de ce lecteur là... que je remercie en tous cas de me faire faire de telles découvertes.

Pour compléter, quelques commentaires sur ce livre, qui semble-t-il a donné lieu à bien des analyses, ma foi beaucoup plus fouillées que la mienne... Commençons par la jolie page de c'est le livreur, avant d'aller jeter un oeil au compte-rendu d'une soirée "café littéraire" autour de ce livre.

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Là où tombent les anges, de Maurice G.Dantec

Une récente discussion m'a fait découvrir Maurice G. Dantec, il va falloir que je creuse le sujet, qui semble abondant, avec par exemple comme point d'entrée le site du sieur Dantec soi-même, dont j'aime assez le titre "Ne pas subir"...
Avant même d'entrer dans une librairie, vous pouvez sur Les Ours.com télécharger sa nouvelle "Là où tombent les anges", polar noir mâtiné de SF, ma foi assez bien enlevé : bonne littérature de détente pour démarrer le week-end, avec mine de rien quelques observations judicieuses sur la transformation de notre monde... et les permanences de l'être humain !

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Bouquiner, d'Annie François

Pas d'image pour ce post : Annie François ne veut pas que son visage orne le dos de ses livres, eh bien soit, je n'en illustrerai pas non plus mon billet.
De l'avoir évoqué dans ma dernière nouvelle m'a donné envie de relire ce délicieux petit livre. 200 pages de chronique de l'amour des bouquins, que j'ai re-dévoré d'une traite au creux de mes oreillers, qui m'a de nouveau fait sourire, rire, et parfois presque pleurer... Certes, dire que j'aime ce livre ne va pas arranger mon image auprès de ceux qui me prennent pour une intellectuelle bêcheuse : la dame est érudite, avec parfois un vocabulaire et des références ésotériques. Mais elle se rattrape en dévoilant son rapport charnel à la lecture, et des désarrois de petite fille que tout un chacun peut ressentir...
La seule chose qui me fait mal en relisant ce livre, c'est qu'il me rappelle le souhait que nous avions, Guy et moi, d'unir nos bibliothèques et de couvrir de livres les murs de notre maison-château-en-Espagne, celle que nous n'avons finalement pas achetée, notre bel amour ayant chaviré avant que nous l'ayons trouvée... Le seul homme qui osait m'offrir des livres, il commença en beauté avec "Le rivage des Syrtes" de Julien Gracq dans les éditions de José Corti, et à qui je dois certaines de mes plus belles découvertes, celui avec qui parfois nous nous disputions les ouvrages, pressant l'autre de terminer celui que chacun convoitait pour ses propres yeux, celui avec qui je dévalisais régulièrement les librairies, celui qui me lisait la presse tout haut, comme le François d'Annie, pendant que j'essayais en vain de me concentrer sur un livre, celui avec qui j'adorais laisser filer le dimanche après-midi, le nez dans mon bouquin, et la tête appuyée sur son flanc...

Le petit livre d'Annie François a inspiré quelques jolies critiques, sur les sites habituels auxquels je renvoie mes lecteurs. On peut commencer par celle de Lire, puis LeLibraire.com, avant d'aller voir ce qu'en disent les lecteurs, sur CritiquesLibres, Le Club des rats de biblio.net, pour enfin découvrir sur Evene un autre de ses ouvrages, "Scènes de ménage", que j'ai bien envie de lire aussi bien que j'y pressente déjà la perspective de quelques larmes.

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Le grand secret, de René Barjavel

On retrouve dans ce livre les grandes thématiques abordées dans "La nuit des temps" : le progrès scientifique, ses effets et ses dangers, la beauté de la nature, et surtout bien sûr l'amour entre les hommes et les femmes, que le "filtre de vie éternelle" va permettre d'aborder sous un angle différent, mais toujours avec cette approche émerveillée, bien que lucide... J'aime assez cette vision stylisée de l'amour, même si je me demande jusqu'à quel point elle est réaliste...
Mais bon, un livre qui reste à conseiller pour un agréable moment d'évasion et de plaisir.

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