La passe dangereuse, de William Somerset Maugham
Je n'avais jamais rien lu de Somerset Maugham, et je m'en faisais une idée un peu superficielle, liée peut-être aux paroles d'une chanson de Souchon... Je suis tombée sur ce livre par hasard, à la Librairie Gallimard de la Place de Clichy, où j'étais entrée pour acheter un autre livre, dont je vous parlerai quand je l'aurai lu. A mon habitude, j'ai flâné entre les tables, et la jolie couverture du livre m'a attiré l'oeil, j'ai été intriguée par le commentaire de la 4ème de couverture... et ma foi, je ne le regrette pas.Le début du livre en effet donne les apparences de la futilité : une jeune anglaise assez fraîchement mariée, trompe son mari, médecin bactériologiste à Hong-Kong, avec un fonctionnaire britannique. Hum. On se trouve immédiatement embarqué au coeur de la problématique de cette jeune écervelée, dont l'infidélité selon toute apparence a été démasquée par l'époux. La suite du roman dévoile peu à peu des personnalités plus complexes qu'on ne l'aurait cru, nous entraînant dans une ville chinoise dévastée par le choléra, et dans un couvent de soeurs françaises qui se dévouent aux jeunes orphelines et aux soldats décimés par la maladie. Le personnage de Kitty prend alors plus d'épaisseur. C'est à travers ses yeux qu'on découvre cet univers, puissamment évoqué malgré une grande économie de mots, et qu'on suit la quête universelle du sens de la vie humaine.
Comme dans tous les romans du début du vingtième, on perçoit la tension permanente des êtres, entre respect des convenances, recherche d'un statut et du confort qui va avec, et la prise en compte de la psychologie personnelle. Dans un monde qui devient plus libre, et où les protagonistes peuvent choisir leur destinée, au moins pour partie, se pose la question des valeurs, et de l'amour sincère comme unique viatique face à la vanité de la condition humaine.
Vite lu, moins de 200 pages, ce roman est à la fois très dépaysant... et incitatif à la réflexion. Somerset Maugham rejoint certaines de mes convictions, et ma foi, comme Kitty, je me dis assez régulièrement que la seule vocation qu'on ait sur cette terre, c'est peut-être de donner un peu de bonheur à ceux qui nous aiment, et en tous cas d'aimer assez ses proches pour être compréhensif et indulgent avec eux... Le meilleur de la vie n'est-il pas de dessiner des sourires sur les visages d'autrui ?
Un film, sorti en mars de cette année, a été tiré du bouquin : Le voile des illusions (d'après le titre original du livre : The Painted Veil). Les critiques restituées sur AlloCiné sont très mitigées, du moins pour la presse, les spectateurs se montrant plus indulgents. Mais le simple visionnage de la bande annonce ne me donne pas envie de voir le film, qui m'apparaît très loin du bouquin : trop d'emphase, pas de respect des dialogues, voire des intentions de l'auteur et de ses personnages, on est semble-t-il assez loin de la sobriété de moyens, et de l'ironie tour à tour mordante ou bienveillante, qui font la force du livre.
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