22.4.07

La vie magicienne, d'Isabelle Desesquelles

Bon, j'ai eu raison de m'entêter, j'ai aimé La vie magicienne. Moi qui me plaignait qu'il n'y ait pas de rédemption dans Je me souviens de tout, eh bien ce nouvel ouvrage n'est que l'histoire d'une rédemption, peut-être même celle de plusieurs. D'abord celle de Maxence, qui part dans le désert pour fuir les pressions qu'elle a subies de la part de son père puis de son mari, et tenter de trouver un second souffle après la mort de son bébé. Elle y rencontrera l'amour inconditionnel... et bien des personnages, plus atypiques les uns que les autres, et tous lancés dans une quête du sens, à laquelle ma foi j'adhère assez bien.
J'aime la description du désert, et les dialogues, parfois totalement intériorisés. J'aime les improbables liens entre tous ces personnages disparates qui partagent un destin commun. J'aime l'incandescence des sentiments et cette manière de faire de l'attente ou de l'absence un temps plein de la relation amoureuse. Il y a de la magie dans ces pages, oui, et comme une énergie calme qui fait du bien dans notre monde agité.
Bien sûr, Isabelle Desesquelles n'aime pas faire dans la facilité, et le "happy end" méthode hollywoodienne n'est pas son truc. Aussi la sérénité retrouvée de Maxence sera-t-elle assez rapidement mise à l'épreuve... A vous de lire le livre pour savoir comment elle s'en sortira... Et pour ceux qui ont lu Je me souviens de tout, vous verrez comment Desesquelles fait le lien entre les deux romans. Hum, le début d'une grande saga ?


Curieusement, on ne trouve pas beaucoup de critiques de cet ouvrage sur le net. La seule bloggeuse qui en parle ne l'a pas aimé. En revanche, Pierre Assouline l'avait distingué lors de sa sortie, et la Librairie Le Scribe en fait l'éloge. Evitez de lire la critique d'allAfrica.com avant de lire le bouquin, car si elle est positive, elle en dit trop et casse le suspens.

Et pour ceux qui me lisent en direct, Isabelle Desesquelles sera l'invitée de Tewfik Hakem sur France Culture le jeudi 3 mai prochain pour son dernier roman, La mer l'emportera. L'émission passe à un horaire incongru pour ceux qui travaillent (15h26), mais avec un peu de chance, on pourra récupérer le podcast.

1.4.07

Tu, mio, de Erri De Luca

Je continue avec Erri De Luca. Tu, mio ("Tu es mien" en italien) résonne moins fort pour moi, en tous cas différemment de Trois chevaux.

Bien que l'auteur ne le dise pas expressément, quelques noms de lieux indiquent avec précision que l'histoire se passe sur l'île d'Ischia, au large de Naples. Je n'y ai passé qu'une seule journée avec Dino il y a bientôt deux ans, et je me souviens d'une profusion de lauriers roses, de belles plages de sable qui brûlaient les pieds, de maisons blanches, de routes accidentées qui nous obligeaient à nous agripper n'importe où pour ne pas tomber dans le bus, de magnifiques vues sur la mer, d'une chaleur écrasante, d'un vendeur de jus d'oranges pressées... et d'une envie de revenir un jour où il y aurait moins de touristes... J'ai adoré Ischia avant même d'avoir le temps de la connaître...

Tu, mio raconte à la fois le basculement de l'adolescence vers l'âge adulte d'un personnage dont on ne connaît pas le nom, et la difficulté de négocier avec une histoire récente qu'on n'a pas vraiment vécue, mais qui imprègne toute la vie de nos parents, en l'occurrence la dernière guerre mondiale. Encore moins simple sans doute pour des italiens qui furent contraints de combattre sous le commandement allemand, et de napolitains qui se sont retrouvés sous une forme d'occupation américaine au sortir de la guerre, Naples étant encore aujourd'hui une base militaire américaine.

Le jeune héros, qui parle à la première personne, partage son temps entre la pêche en mer, où il accompagne son oncle et Nicola, le pêcheur qui a participé à la guerre en Yougoslavie, et les soirées en bandes avec son cousin plus âgé, Daniele, qui joue de la guitare et séduit les touristes étrangères. Il y fait connaissance avec une jeune fille juive, venue passer ses vacances sur l'île, chez une camarade de collège. Contre toute attente, une complicité se noue entre eux, mais les émois d'un premier amour prennent une direction inattendue, qui va modeler l'état d'esprit du jeune garçon au moment où il devient un jeune homme...

L'écriture de De Luca a toujours cette puissance sobre qui nous fait entrer dans la tête des personnages. Et j'adore aussi la couverture du livre, une belle photo de plage noyée dans une lumière dorée...

Les critiques et avis de lecteurs vont toujours dans le même sens : "une écriture épurée, dépouillée et poétique", comme l'évoque Calou. Charlotte ne le dit pas explicitement, mais elle a visiblement aimé, et les deux critiques de lecteurs du Club des rats de biblio-net donnent respectivement 5 et 4 sur 5 à l'ouvrage. Du côté des journalistes-critiques, Culture et Révolution évoque "Un récit rapide, nuancé et d'une belle intensité", tandis-que le Matricule des Anges livre une critique beaucoup plus fournie que la mienne, et à laquelle j'adhère. Les Editions Rivages rappellent seulement le texte de la 4ème de couverture, mais j'aime bien la mise en page du site.

Pour en savoir plus sur l'auteur : Comme un Roman propose un dossier assez complet, avec un mini résumé de ses principaux ouvrage. Esprits Nomades dessine une biographie d'Erri De Luca ponctuée par ses ouvrages et des citations d'interviews.
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