3.3.07

Trois chevaux, de Erri De Luca

Trois chevaux est un petit livre (140 pages), mais une grande lecture ! Je l'ai refermé depuis deux jours, et je suis encore dedans, sous le charme... L'écriture est sobre, mais très élaborée, et l'une des plus originales que j'aie lue, sans que je sache dire vraiment pourquoi. Elle parle de choses essentielles, en tous cas elle me parle.

Le narrateur est un italien revenu au pays après avoir passé une partie de sa vie en Argentine, où il avait suivi la femme qu'il aimait. Elle lui a été ravie par la dictature militaire, et lui même a du fuir, pour en réchapper de justesse, au prix d'un étonnant parcours. Il est désormais jardinier, et il parle bien de la terre et des plantes.

Mais il parle surtout très bien d'amour. D'amitié aussi, celle qu'il entretient avec Selim, l'Africain qui vient régulièrement boire le café avec lui, et qui confectionne des bouquets d'herbes aromatiques ou de mimosa, puisés dans le jardin du narrateur, et qu'il vend dans les restaurants. Le narrateur lui donne tout, sans arrière pensée, refusant de se faire payer. "Laisse tomber, sans toi la floraison serait encore là, dans un jardin fermé. Toi, en revanche, tu es l'adjoint du vent, tu la répands au loin, tu l'épingles sur la poitrine des femmes. Je serais un exploiteur si je prenais un pourcentage sur le vent." Selim paiera sa dette un peu plus tard, d'une manière inattendue...

Il parle de Làila, bien sûr, cette jeune femme qui l'a accosté sans vergogne à la table du restaurant où il prend régulièrement son repas de midi. Elle lui laisse son numéro de téléphone d'une manière qui est quasiment un ordre de l'appeler. Et il le fait. Toujours sans arrière pensée. Sans croire qu'il va tomber amoureux. Mais ça arrive quand même, après quelques semaines et plusieurs dîners partagés. "Elle [...] m'ordonne d'aller chez elle après mon travail sans passer à la maison, et elle s'en va, moi je m'assieds et je suis pris d'une crampe à l'estomac, je le sais, mon corps aime cette femme, il mord pour le dire et il appelle. Je me dois d'obéir à ses braiements, même si je me traîne derrière sa queue. [...] Mon corps aime Làila, alors moi aussi."

Voilà, tout le livre est de la même eau. Et je voudrais avoir la même sagesse simple que cet homme de cinquante ans qui prend les jours les uns après les autres, et partage ce qu'il a sans même y songer. Une profonde humanité se dégage de l'écriture de De Luca, et je vais continuer c'est certain la découverte de cet auteur. J'aime aussi qu'il soit italien... comme l'homme qui partage actuellement ma vie. Aimer la culture italienne, outre que c'est assez facile tant elle comporte de belles et bonnes choses, c'est aussi un hommage symbolique que je rends à celui qui a le courage de me supporter tous les jours...

Devant un grand auteur, tout le monde s'incline. Mondalire reprend plusieurs critiques de presse élogieuses, auxquelles il ajoute la sienne. Littera 05 évoque une méditation, In Cold Blog parle d'un style ciselé, pour JPasquié, c'est un long poème en prose, et j'adhère au commentaire de Côté cour, côté jardin : " Un livre assez court qui se déguste plus qu'il ne se dévore...". Dans les pages du Club des rats de biblio-net, on trouve une bio et une biblio de l'auteur, et les notes des lecteurs oscillent entre 4 et 5/5. Le Matricule des Anges, Chronic'art, A-voir-à-lire.com, livrent aussi de belles critiques. La bibliographie de Comme un roman est commentée, et c'est donc sans doute elle qui me servira de référence pour choisir mes prochains titres de cet auteur. L'article de Wikipedia est encore une ébauche... mais il me reste beaucoup à apprendre sur l'auteur avant d'imaginer pouvoir aller le compléter !

Je me souviens de tout, d'Isabelle Desesquelles

Disons le tout de go, ce livre m'a laissée perplexe. Le résumé de couverture m'avait accrochée, et j'étais aussi je l'avoue intriguée de lire comment écrit la directrice d'une des librairies que je fréquente régulièrement. Elle écrit plutôt bien. Mais j'ai du mal avec le contenu du texte... L'histoire de Laure est une histoire d'amour impossible. Vraiment impossible. Je ne dévoilerai pas pourquoi, car c'est l'un des intérêts du roman de le découvrir... et cette clef laisse le lecteur muet. En soi, cela n'est pas rédhibitoire. Mais il n'y a pas de rédemption, ou en tous cas rien qui me soit apparu comme tel dans la suite du roman. Laure continue de se vouer à cet amour impossible, qui finalement lui prendra toute sa vie, jusqu'à son dernier souffle. Et moi, lectrice, je suis restée oppressée jusqu'à la fin du livre. J'avais mal pour elle. Et l'impression subsiste une fois le livre refermé. Et ça me laisse perplexe... Je ne peux pas dire que le livre soit mauvais, il est même plutôt bon sur le plan littéraire, et assez efficace, puisqu'on peut entrer en empathie avec son héroïne. Mais j'aime qu'une lecture soit jubilatoire, ou qu'elle me livre des clefs qui éclairent ma propre route, ma propre réflexion sur l'humaine condition. Et je ne sais pas quoi faire de ce livre là...

Les bloggeurs qui ont déposé des critiques sur le web sont plus enthousiastes que moi : "sublime" dans les commentaires de Tendre est la nuit, "un réservoir d'amour" selon Gouli, "plein se simplicité et de sensibilité" pour Lilly et ses livres. Le Littéraire.com a aimé aussi, et Le Scribe, librairie montalbanaise que je ne connaissais pas, le classe dans ses coups de coeur.
Tiens intéressante, cette librairie... J'ai plutôt une bonne opinion de tous les romans que j'ai lus parmi leurs coups de coeur, je pourrai donc piocher dans leur sélection pour tenter de nouvelles aventures littéraires.

Sinon, je découvre qu'Isabelle Desesquelles a publié un second roman, "La vie magicienne", dont la lecture me tente bien. Nous verrons si je me sens mieux avec Maxence, son héroïne, qu'avec Laure...
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