31.7.07

Les Bienveillantes finalement est-ce un chef d'oeuvre?

Les Bienveillantes, de Jonathan Littell, s'est vendu a 700 000 exemplaires, et a obtenu deux prix : le Goncourt, et le Grand Prix du roman de l'Académie française. Wikipedia lui consacre un long article d'analyse.

Personnellement, je ne l'ai pas lu. Méfiante à l'égard des prix littéraires, c'est certain, et méfiante aussi face à la mise en évidence du côté sombre et malsain de l'humain, chaque fois que la complaisance m'y semble possible, et j'ai cette intuition, ou cette appréhension, en ce qui concerne ce livre.

En attendant, Eric Lange a consacré aujourd'hui son émission "ça vous dérange" sur France Inter à ce roman. Et qu'on l'ai lu ou pas, le débat est intéressant, car on ne peut nier en effet que cet ouvrage pose des questions fondamentales sur la nature humaine. Fondamentalement bonne, et exceptionnellement noire, ou le contraire ? C'est l'une des questions particulièrement frappante et pertinente, soulevée par Pierre Assouline. Le débat est donc loin d'être clos.

J'en profite pour dire que j'apprécie particulièrement cette émission, assez éclectique dans ses sujets, mais qui pose toujours d'intéressantes questions de société, à podcaster ou à écouter à la carte si on n'est pas disponible entre 12 et 13.

12.7.07

Mal de Pierres, de Miléna Agus

Je ne sais plus où j'ai entendu parler de ce livre... Une chronique radiophonique je crois, qui m'avait suffisamment séduite pour que j'inscrive le titre dans mes projets de lecture. Je l'ai acheté hier midi chez mon libraire de Montreuil. J'ai en effet mes libraires de prédilection dans tous les lieux où je séjourne régulièrement. Et je l'ai lu dans les transports.

Facile à lire, dans un style sobre et direct, Mal de Pierres donne à voir différentes facettes du personnage principal, la grand-mère de la narratrice. Cette grand-mère se décrit parfois elle-même comme "dérangée", et le regard porté sur ses comportements, parfois assez fantasques en effet, diffère selon les protagonistes de l'histoire. Subtilement, l'auteur met en lumière le caractère très subjectif de la santé mentale.
J'aime aussi le point de vue de la narratrice, plein de tendresse, et sans jugement sur la moralité ou la "normalité" de sa grand-mère. Elle l'aime, elle raconte son histoire, et rapporte la vision des différents membres de la famille sur cette femme hors norme, dans une construction intéressante, qui fait partie du plaisir de lecture. Le questionnement de cette grand-mère sur
l'amour, interpelle. Qu'est-ce qui déclenche l'amour ? Que faut-il partager avec l'autre pour l'aimer ? Pourquoi n'est-on pas maître de ses sentiments, et ne peut-on aimer quelqu'un avec qui pourtant on partage les plaisirs de la chair, et qui se montre tout à fait prévenant et attentif à son égard ? Autant de questions que sans doute chacun est amené à se poser à un moment ou l'autre de sa vie, abordées ici d'une manière originale.
Le tout sur fond de Sardaigne, sauvage et belle sous la plume de Miléna Agus, et qu'on a envie d'aller visiter après avoir refermé le livre.

Le livre a plu... D'abord aux critiques littéraires et aux libraires, comme on peut le voir sur la jaquette du livre (procédé marketing "à l'américaine" qui je l'avoue m'irrite un peu...), sur le site de l'éditeur Liana Levi, ou sur @ la lettre On peut également lire la critique de Telerama. Côté lecteurs, c'est plutôt l'enthousiasme, comme on peut le lire sur Critiques Libres et Zazie Web, ou sur les blogs de lecteurs : Cuneipage, BMR & MAM, Chez Clarabel, ou BlogObook. A tel point que, par contrecoup, SeriaLecteur a été déçu. Mais la note de Livres et Lectures était aussi sceptique.

En attendant, Nicole Garcia a acheté les droits pour adapter le livre au cinéma : pas de raison, n'est-ce pas, de ne pas exploiter le succès !

11.7.07

Quelles lectures pour cet été ?

Roman/polar, genre fétiche de l'été, et palmarès des ventes de livres, Ipsos nous dit tout de nos pratiques de lectures et d'achat de livres.
Ce papier fait également le point sur l'évolution de l'édition, de la distribution du livre, et leurs effets sur la consommation d'ouvrages.

A lire sur Canal Ipsos

7.7.07

Et vous, comment choisissez-vous vos livres ?

Vous l'avez sans doute remarqué, je raconte souvent dans quelles circonstances j'ai acheté mes bouquins : la promesse d'un bon moment de lecture est déjà un bon moment en soi, et j'adore flâner dans les rayons des librairies... Alors j'ouvre l'enquête, et comme il se doit dans ces cas-là, je commence par expliquer les raisons de mes choix :

Dans une librairie "réelle" :
  • Je connais déjà l'auteur et j'ai aimé ses précédents bouquins, je récidive, c'est banal...
  • J'ai entendu parler de l'auteur : je prends le livre en main, je lis la quatrième de couverture, et si j'ai des doutes, je feuillette l'ouvrage, je grapille quelques phrases ici et là pour voir si je vais aimer le style
  • Un éditeur que j'apprécie et un titre ou une couverture qui m'accrochent l'oeil font la différence. Je suis très sensible aux couvertures, et si je suis séduite, je vais sûrement prendre le livre en main. J'aime beaucoup en général celles d'Actes Sud, et les poches Rivages.
  • Le libraire trombone des petits mots sur les bouquins, et il en recommande au moins deux que j'ai déjà lus et aimés. C'est comme ça que j'ai découvert Nancy Huston, et La Robe de Robert Alexis : des morceaux de choix !
Je peux aussi acheter directement sur le web :
  • Un livre dont un journaliste a fait une critique particulièrement convaincante
  • Un auteur ou un livre recommandé par un ami dont j'apprécie les goûts, ou par un bloggueur qui a aimé au moins deux livres que j'ai appréciés
Et comme c'est la mode, je vais "tagguer" hum... 7 bloggueurs qui aiment lire, pour qu'ils nous disent comment ils choisissent leurs livres, chez un libraire, en ligne... ou pourquoi pas, dans une bibliothèque (là, en général, j'y vais avec ma liste) :
Mais cette liste n'est pas limitative, et vous pouvez bien sûr participer ici même en commentaire, ou directement dans vos pages, sans oublier de laisser un lien ici ! A bientôt... de vous lire.
Et si ça vous tente, faites passer la question : plus on est de fous...

Update du 13 juillet :
C'est la première fois que je lance un questionnaire... et je m'amuse comme une enfant de le voir circuler de blog en blog. Comme le dit Valériane, c'est l'effet réseau... et l'occasion pour moi de découvrir de nouveaux blogs, et différentes manières d'appréhender les livres. C'est amusant, on se croit parfois original sur des comportements finalement très répandus... ou l'inverse, et j'aime beaucoup connaître les comportements et les motivations de mes contemporains (suis pas "marketeuse" pour rien !). Alors, je vogue de blog en blog, découvrir vos réponses, et celles de vos amis... Merci merci à tous ceux qui répondent. Et pour les lecteurs qui préfèrent les chemins guidés par des petits caillloux, je vais poser des liens vers tous les messages qui répondent à ma question... même si c'est quelqu'un d'autre qui la leur a posée. N'oubliez pas de lire les commentaires des notes, il y a d'autres réponses à découvrir ,-)
  • Valclair, le bloggueur de cette liste que je lis depuis le plus longtemps
  • SeriaLecteur (Michel), qui a mis de superbes photos de Bretagne dans son dernier message avant les vacances
  • Lilly
  • Valeriane, peut-être encore plus bavarde que moi, j'adore
  • Choupynette
  • Virginie
  • et ??
Update du 3 août :
Hum, la chaîne se poursuit. Merci à Eric de m'avoir signalé la réponse d'Irène Delse... et pour son aimable commentaire sur le blog d'icelle ,-)
Je poursuis donc mes petits cailloux...
  • Irène Delse, donc dont je connaissais déjà le superbe blog, et dont j'aime bien le ton
  • Chwip, qui a eu la bonne idée de me piquer l'idée et de tagguer Irène
  • Llyn, tagguée par Chwip aussi
Des amateur(es ?? sais pas comment l'écrire, tiens !) de Fantasy, un genre que je ne connais pas du tout. Je devrais peut-être m'y mettre ?

Bon, la question est reprise aussi chez TracesEcrites, avec plein de commentaires intéressants. C'est tout pour aujourd'hui. Mais demain ??

Update du 27 août :
Le questionnaire continue de se répandre... Pas sûr que j'en retrouve toutes les traces, mais voici la moisson du jour :
  • Eric, déjà cité, sur le blog Crise dans les médias. J'aime bien sa réponse sur les choix "à contrepied"... Moi aussi, je me méfie des médias... mais surtout... des prix littéraires. Les petits bandeaux rouges me font fuir. Tant pis si parfois je loupe quelque chose de bien (je peux éventuellement les lire des années après), mais je déteste trop la manière dont ces prix ont été dévoyés en pures opérations marketing. Et ce n'est pas non plus parce qu'on en a vendu X milliers d'exemplaires que ça va m'impressionner.
  • Le Blogasnoow propose une réponse teintée d'humour sur un très joli blog, je reviendrai ,-) En plus, c'est un bookcrosseur, sport auquel je ne me suis pas encore adonnée, bien qu'il me tente depuis que j'en ai entendu parler... J'ai quelques bouquins prêts à lâcher dans la nature, mais pas encore eu le temps (ou l'envie) de choisir où...

Ma femme de ta vie, de Clara Guelfenbein

Encore un livre acheté dans une librairie d'aéroport, pas plus tard qu'hier soir, à la faveur d'un retard d'avion qui ma laissé une demi-heure pour flâner dans les rayons du Relais H. Sur l'étagère des nouveautés, au milieu de bouquins que je qualifierai de purement marketing, il y avait la couverture longue et étroite d'un livre de chez Actes Sud. Je ne connaissais pas l'auteur, dont c'est le second roman. Mais jai plutôt confiance dans les choix de cet éditeur là, et le texte de la quatrième de couverture m'a attirée. J'ai failli le laisser là, encore un livre, alors que j'en avais un autre, à peine commencé, dans mon sac, et des dizaines qui attendent en pile sur mes étagères... je suis même sortie de la boutique, pour fumer une cigarette et prévenir Dino que j'aurai du retard... et puis je suis revenue l'acheter, et je n'ai pas résisté à l'envie de le commencer dans l'avion, avant même de l'avoir recouvert de la rituelle couverture de plastique transparent que j'installe sur tous mes livres pour les manipuler sans les abîmer...

L'histoire n'est pas banale, sans être complètement originale : deux amis d'université qui se trahissent pour l'amour d'une femme, se séparent et se retrouvent quinze ans plus tard. C'est Antonio qui appelle Theo pour l'inviter, sans lui dire qu'il vit avec Clara. Le trio se trouve donc reconstitué, et c'est Theo qui raconte sa version de ce qui s'est passé.

La traduction, de l'espagnol, n'est pas parfaite, surtout au début à vrai dire, et ça m'a un peu irritée dans les premières pages, mais je me suis vite laissée accrocher par le contenu du texte, qui fouille parmi les doutes et les tortures sans doute les plus partagées bien que les plus secrètes de l'âme humaine. "Aucun signe ne me conduirait à son âme, car les signes sont infinis et changeants, et il n'y a pas d'intimité, même pas celle qui permet à un être de toucher l'espace unique et solitaire de l'autre." C'est ce que nous dit Theo dans les dernières pages du livre. Et cette terrifiante certitude le rassérène. Pas moi, mais je sais qu'elle est juste... comme son appréciation de "l'arrogance adolescente qui vous pousse à considérer que tout vous appartient à l'avance"... et le regard à la fois nostalgique, ironique et un peu désabusé qu'on porte sur l'adolescent qu'on fut... Porteur de tous les possibles, la vie devant soi, rempli de rêves idéalistes qu'on est quasi certain de mieux atteindre que les autres avant soi, plein d'énergie pour empoigner la vie, sans imaginer ce que ça sera de se coltiner avec elle... Au fil des années, les certitudes s'effritent, les idéaux s'ébrêchent, on fait, plus ou moins volontairement, des entailles à la loyauté, et pendant tout ce temps, on se demande où est sa légitimité... Loin de renforcer sa carapace, on se fragilise de plus en plus au fil des années, et ceux qui semblaient les plus solides, qui nous servaient de modèles éblouissants, s'avèrent in fine les plus vulnérables. Ils trouvent parfois sur leur chemin celui ou celle qui les sauve de la noyade et leur permet de trouver enfin un peu de sérénité, en acceptant sans doute qu'on peut trouver sa place sans en tenir une grande dans ce bas monde. Ou ils se trouvent une manière élégante et inattendue de quitter la vie, comme Antonio.

Carla Guelfenbein a le même âge que moi, et ce qu'elle écrit me taraude, sans avoir eu besoin de me trouver dans des situations aussi radicales que celles de ses personnages : on a toujours une bonne occasion de trahir, ou de se sentir trahi, même dans la vie la plus banale... et surtout de s'interroger, encore et encore, sur comment communiquer avec les autres, surtout sur le long cours... Une lecture fascinante, qui m'a torturé l'estomac, mais que j'avais hâte de pouvoir reprendre ce soir, une fois mon travail achevé, et qui va me hanter je pense encore longtemps après avoir refermé les belles pages ivoire des éditions Actes Sud.

Encore peu de critiques (le livre vient de sortir), mais toutes positives. Cherchez l'erreur, et identifiez qui a copié qui, entre Le journal d'un journaliste et Izdi Livres d'un côté, Evene et Le Lysard de l'autre... La librairie Vaux-Livres, qui a visiblement lu le bouquin avant sa diffusion commerciale, livre au moins une critique originale, et gratifie le livre d'un coup de coeur de l'été. Et si vous voulez juste lire le petit texte de la couverture qui a suffi à me convaincre, il est sur le site de l'éditeur.

3.7.07

Bethsabée ou l'éloge de l'adultère, de Marek Halter

J'ai acheté ce livre dans une librairie d'aéroport, un jour où j'avais un peu de temps avant le décollage. Je connaissais l'auteur de nom, mais c'est le premier livre que je lis de lui.

Marek Halter nous propose de relire la Bible avec les yeux des femmes. Ici, c'est un épisode célèbre du second Livre de Samuel (ancien testament) : David et Bethsabée. Je viens d'aller lire le texte original, et son intéressant commentaire sur Bibliques, pour constater qu'en effet, Halter ne travestit rien : la trame du récit est, quasiment mot pour mot, celle du texte original. Il a seulement ajouté le point de vue de Bethsabée, qui n'est pas du tout abordé dans la Bible, mais qui fait l'essentiel du texte de Marek Halter. J'aime beaucoup la démarche, qui met en lumière toute la modernité de l'Ancien Testament, que j'avais déjà constatée il y a quelques années en m'y plongeant pour préparer les textes de ma messe de mariage. Si peu de choses pouvaient à mes yeux être "sauvées" du Nouveau Testament pour illustrer la manière dont j'entendais établir mes relations de couple, j'avais en revanche été frappée par la richesse de l'Ancien Testament. Au delà de la seule religion, il n'est pas surprenant que ces textes soient parvenus jusqu'à nous, et conservent autant d'impact sur notre civilisation : ceux qui l'ont écrit visiblement avaient beaucoup vu et compris de l'âme humaine, et des relations entre les humains. Nous pouvons les lire et les relire encore, les méditer et en tirer bien des enseignements, pas toujours aussi "moralistes" ou "ringards" qu'on pourrait le croire. L'épisode de David et Bethsabée est à cet égard édifiant : le second fils né de cette union adultérine entre un Roi d'Israël et la femme d'un de ses fidèles soldats fut "béni de Dieu", ce fut le Roi Salomon...

Marek Halter, en ajoutant la voix de Bethsabée au texte sacré, fait de cet épisode un beau moment de sensualité, et soulève de nouvelles questions quant à la justice et à la morale, quant à la place des femmes dans la société. Il se lit très vite, mais laisse une impression très vive, et l'on ne peut que saluer la prouesse : dans un cadre totalement contraint, et à partir d'une histoire dont tout le monde connaît la fin, il nous livre un petit ouvrage palpitant et débordant de vie. Hum, je vais peut-être continuer à fouiller du côté de cet auteur là...

Chez les blogueuses, les avis sont partagés... Bernie (j'aime toujours autant le design de son blog) et Rachel ont aimé, mais Chaperlipopette et Hydromielle trouvent en revanche que l'auteur ne s'est pas foulé... Est-ce que je deviendrais trop indulgente ? Lisez, et vous me direz...
Related Posts with Thumbnails